ę BientŰt une fontaine parisienne au cúur de Jťrusalem Ľ

Nathalie Szerman © IsraŽl Magazine

dimanche 15 juillet 2007

David Soussana, peintre, sculpteur et architecte, directeur de la galerie municipale de Jťrusalem et conseiller artistique du maire, ancien consul gťnťral d’IsraŽl ŗ Monaco et Marseille, Chevalier des Arts et des Lettres, ťvoque son parcours de franco-israťlien qui a influť sur son temps, nous parle des artistes en IsraŽl et annonce le projet franco-israťlien de construire une rťplique de la fontaine de la place Jean Cocteau ŗ Jťrusalem.


David Soussana, chapeau d’artiste sur la t√™te et cigare √† la bouche, nous guide √† travers son √©tonnante demeure de Mevasseret Tsion : partout, des peintures, des colonnes, des mosa√Įques, des sculptures... Pas un espace n’a √©t√© oubli√©. Et tout au fond de cette somptueuse retraite se trouve l’atelier de l’artiste, o√Ļ il passe des nuits enti√®res, car la nuit est sa muse... L√† s’entassent des centaines de tableaux. David Soussana, qui se d√©finit comme un « peintre figuratif moderne », jette son d√©volu sur un tableau repr√©sentant des collines et des groupes √©pars de petites habitations blanch√Ętres recouvertes de tra√ģn√©es rouges. : « Regardez, ce sont les implantations. »

Aider par l’art les quartiers d√©favoris√©s

« J’ai longtemps √©t√© un artiste politiquement engag√©. La premi√®re exposition de rue √† J√©rusalem, c’est moi qui en ai √©t√© l’initiateur. J’ai choisi le quartier difficile de Katamon, pour sensibiliser la population. C’√©tait en 1974. L’exposition a eu un impact d√©tonnant. » Il nous tend une brochure de photos en noir et blanc datant de la m√™me √©poque : « C’est J√©rusalem comme tout le monde ne la conna√ģt pas. » Des blocs de b√©ton align√©s avec du linge qui pend aux fen√™tres : « Des milliers d’enfants ont grandi l√†-dedans. » En donnant √† voir cette r√©alit√© par des photos, David Soussana a tent√© de lutter contre le ph√©nom√®ne √©mergeant des cit√©s √† J√©rusalem.

Sur sa lanc√©e, il a √©labor√© en 1977 un projet de recherche pour l’am√©lioration de l’environnement des quartiers d√©favoris√©s de la ville. Et c’est dans le quartier √©galement difficile de Kyriat Yovel, et √† Katamon toujours, qu’il a choisi d’ouvrir des ateliers d’expression artistique.

Une Hanoukia de 25 m√®tres de haut, toute blanche, la plus haute jamais dress√©e en Isra√ęl, sera inaugur√©e pour Hanoukka 2007 √† J√©rusalem

Son th√®me de pr√©dilection : l’√™tre humain. Il a r√©alis√© une collection d’acryliques sur toile intitul√©e « Adam » qui donne √† voir l’√™tre humain sous toutes ses formes. Mais c’est peut-√™tre par la sculpture que David Soussana a repr√©sent√© l’Homme avec le plus de force : une sculpture de huit m√®tres ayant n√©cessit√© la bagatelle de quelques tonnes d’acier lui a √©t√© command√©e par l’UNESCO en 1998. Egalement nomm√©e « Adam », elle met en sc√®ne quatre individus en mouvement, de tailles et de couleurs diff√©rentes : tous le genre humain s’y retrouve. Elle est expos√©e Tarragone, en Espagne, face aux murailles romaines.

David Soussana a expos√© d’abord √† la galerie Kagonovitz de Paris en 1966, puis √† Lisbonne, Madrid, Barcelone, New York, Mexico, et bien s√Ľr Tel-Aviv et J√©rusalem : 25 expositions individuelles et 35 expositions collectives. Mais ce dont il est le plus fier, c’est d’une sculpture repr√©sentant les sept portes de J√©rusalem, √©rig√©e √† Marseille et rebaptis√©e dans la troisi√®me ville de France « La Porte de l’Orient ». Elle a √©t√© inaugur√©e en 1986 sur le site de la Vieille-Chapelle et est consid√©r√©e aujourd’hui comme l’une des Ňďuvres majeures du patrimoine artistique de la ville.

Une autre sculpture de sa conception, non moins m√©morable, verra le jour pour Hanoukka 2007 sur l’esplanade de la mairie de J√©rusalem : il s’agit d’une Hanoukia de 25 m√®tres de haut, toute blanche, la plus haute jamais dress√©e en Isra√ęl.

Consul d’Isra√ęl √† Monaco et Marseille : « Je pense que le gouvernement devrait syst√©matiquement choisir pour ambassadeurs des hommes d’art et de culture »

« Etre consul √† Monaco ? Un r√™ve, » se souvient Soussana. « J’avais des relations non protocolaires avec le prince Rainier. J’ai pass√© cinq ans dans le cadre magnifique de Monaco, cinq ans de vacances pay√©es... La communaut√© juive de Monaco est tr√®s restreinte. Cette nomination √©tait plus politique que diplomatique. Shimon Peres m’avait nomm√© pour me remercier de mes actions. » Etre consul √† Marseille fut moins idyllique : « La communaut√© juive de Marseille est assez turbulente, riche en pr√©sidents de toutes sortes. Ce fut dur de travailler avec autant de pr√©sidents ! » David Soussana d√©pense √† Marseille les forces accumul√©es √† Monaco : « Il y avait du pain sur la planche. J’ai cr√©√© √† Marseille le premier institut culturel d’Isra√ęl en France. »

A Marseille, il s’exerce √† la diplomatie : « D’un c√īt√©, j’√©tais diplomate officiel, de l’autre, artiste. C’est en me servant de cette deuxi√®me carte que je rompais la glace. Engager la conversation sur un sujet culturel ou artistique est la meilleure fa√ßon de trouver un terrain d’entente avec son interlocuteur. C’est pourquoi je pense que le gouvernement devrait syst√©matiquement choisir pour ambassadeurs des hommes d’art et de culture, √† l’instar des peintes Arieh Aroch [ambassadeur d’Isra√ęl au Br√©sil de 1956 √† 19 59 et en Su√®de de 1959 √† 1962] et Reuven Rubin [nomm√© en 1948 premier ambassadeur d’Isra√ęl en Roumanie]. Si le contact est bon d√®s le d√©part, toutes les portes s’ouvrent. Par ailleurs, il est important de nommer des personnes sachant partager un verre de cognac ou fumer ensemble un cigare », estime-t-il en tirant sur le sien, « plut√īt que des visages froids. »

Très haut niveau des artistes israéliens

« La situation des artistes est mauvaise en Isra√ęl. Ils doivent pour la plupart travailler comme instituteurs ou professeurs pour pouvoir vivre. En revanche, le niveau g√©n√©ral est excellent et la diversit√© insondable : chacun puise dans son patrimoine culturel. Il n’y a pas une seule sorte d’art juif. N√© √† Tanger, que j’ai quitt√© √† l’√Ęge de 17 ans, je me d√©finis pour ma part comme ’Juif espagnol’ ».

Afin d’am√©liorer la situation des artistes en Isra√ęl, David Soussana sugg√®re que pour chaque b√Ętiment construit, 1% du budget soit consacr√© √† l’art, ce qui permettrait √† un artiste de r√©aliser une Ňďuvre adapt√©e √† la construction. « Cette loi existe d√©j√†, notamment en France et en Gr√®ce. Mais je n’ai pas r√©ussi √† la faire passer en Isra√ęl. »

Une manifestation de rue haute en couleur lanc√©e en 2002, a laquelle a particip√© David Soussana, a t√Ęch√© de promouvoir les artistes de J√©rusalem : chacun de souvient de la parade des 80 lions peints chacun par un artiste diff√©rent et dans un style diff√©rent, initi√©e par Aliza Olmert avec le soutien de Peugeot Isra√ęl. « Le premier de ces lions », enti√®rement blanc, se trouve aujourd’hui dans le jardin de notre h√īte.

La fontaine de la place Jean Cocteau bient√īt sur la place de Paris √† J√©rusalem

« Je reviens d’un rendez-vous √† Paris avec [le maire de J√©rusalem Ouri] Lupoliansky et [le maire de Paris Bertrand] Delano√ę. Nous avons conclu de construire une fontaine parisienne sur la place de Paris √† J√©rusalem. Nous avons long√© tout Paris en qu√™te d’une fontaine adapt√©e √† la ville sainte. Il n’a pas √©t√© facile d’en trouver une d√©pourvue de repr√©sentations de femmes nues ! Nous avons opt√© pour la fontaine de la place Jean Cocteau. C’est une initiative conjointe des mairies de J√©rusalem et de Paris. »


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