IsmaÔl Haniyeh, pur, dur et naÔf ?

par David Ruziť, professeur ťmťrite des universitťs, spťcialiste de droit international

jeudi 12 juillet 2007

Gr‚ce ŗ l’envoyť spťcial du Monde ŗ Gaza (et par ailleurs correspondant permanent ŗ Jťrusalem), nous pouvons constater que, ę droit dans ses bottes Ľ, IsmaÔl Haniyeh, ex-premier ministre palestinien et dirigeant du Hamas reste fidŤle ŗ ses certitudes.
C’est ce qui ressort de l’entretien qu’il a eu avec Michel BŰle-Richard et qui est publiť dans le numťro datť du 12 juillet.


Tout d’abord, il a √©t√© question du soldat isra√©lien Gilad Shalit, qui, d’apr√®s une information, dont s’est fait l’√©cho, le m√™me journal, il y a quelques jours, mais non reprise dans l’entretien, aurait √©t√© vendu par l’Arm√©e de l’Islam, une bande de terroristes autonomes, qui avait d√©j√†, sans doute proc√©d√© de la m√™me mani√®re avec le journaliste de la BBC Alan Johnston.

Et l√† tout beno√ģtement ou tout aussi cyniquement, le leader palestinien assure que son mouvement a « toujours veill√© √† mettre fin aux souffrances » de Gilad Shalit, mais il se permet de comparer son sort avec celui des « 11 000 prisonniers palestiniens incarc√©r√©s en Isra√ęl qui souffrent de la m√™me mani√®re », oubliant seulement que dans un cas il s’agit d’un soldat tomb√© dans une embuscade tendue par une bande arm√©e, non identifiable √† distance, tandis que les Palestiniens emprisonn√©s sont loin d’√™tre des « enfants de chŇďur ».

Puis, abordant les suites de la lib√©ration d’Alan Johnston, qu’il faut, effectivement mettre √† l’actif du Hamas, Isma√Įl Haniyeh √©voque sa « d√©ception » devant « l’aveuglement » des Europ√©ens.

A l’en croire, alors que le Hamas aurait tout fait pour la lib√©ration de Johnston, car cela correspondait √† ses « principes », ses « traditions » et ses « convictions », « la communaut√© internationale soutient l’occupant contre l’occup√© ».

A croire que le chef palestinien ne s’est pas rendu compte que la Bande de Gaza, dans laquelle le journaliste britannique a √©t√© enlev√©, est libre de toute occupation depuis l’automne 2005.

A moins qu’√† l’instar d’Esa√ľ qui aurait achet√© le droit d’a√ģnesse pour un plat de lentilles, Isma√Įl Haniyeh pensait qu’il pourrait, en contrepartie des 6 millions de dollars en plus d’une importante cargaison d’armes vers√©s √† la bande de Mountaz Dougmouch, obtenir le d√©part des Isra√©liens de la Cisjordanie.

Et lorsqu’il est interrog√© sur le conflit qui l’oppose au Fatah, le dirigeant du Hamas accuse le mouvement adverse de n’avoir jamais accept√© les r√©sultats des √©lections du 25 janvier 2006.

Qui plus est, il consid√®re que « son comportement a d√©montr√© qu’il √©tait alli√© avec des √©l√©ments ext√©rieurs qui lui ont fourni des armes et de l’argent ».

Des noms, des noms !!!

Les voil√† : « le soutien venait d’Isra√ęl et des Etats-Unis ».

Dans la suite de l’entretien, Isma√Įl Haniyeh se hasarde √† des comparaisons douteuses.

Ainsi, √©voquant « l’embargo a√©rien, terrestre et maritime » de la Bande de Gaza, il n’h√©site pas √† dire qu’ « en Cisjordanie c’est √† peu pr√®s la m√™me chose ».

Or, il y a plus qu’une diff√©rence d’ « √† peu pr√®s », ne serait-ce qu’√† en juger par les nombreux d√©placements de Mahmoud Abbas √† l’√©tranger.

Isma√Įl Haniyeh omet de dire que c’est l’Egypte qui a coup√© les relations terrestres avec le territoire d√©sormais soumis √† l’autorit√© exclusive du Hamas et qu’Isra√ęl est oblig√© de contr√īler l’acc√®s a√©rien et maritime, pour emp√™cher les livraisons d’armes.

Et la fin de l’entretien porte, bien √©videmment, sur les rapports futurs avec Isra√ęl.

« Notre position est toujours la m√™me. Un Etat palestinien dans les fronti√®res d’avant la guerre de1967 avec J√©rusalem-Est comme capitale. C’est notre objectif, avec ensuite une tr√™ve de longue dur√©e avec Isra√ęl ».

Et, l√† encore, avec cynisme et/ou candeur, l’ancien premier ministre palestinien, n’est finalement pas loin du but poursuivi par Yasser Arafat qui avait, certes, lui, reconnu, formellement, en 1993, l’Etat d’Isra√ęl, mais qui ne cachait pas, par de nombreuses d√©clarations faites par la suite, que son objectif final √©tait la lib√©ration de toute la Palestine.

Car, dans la d√©claration finale d’Isma√Įl Haniyeh, il ne manque que l’adjectif « premier » pour caract√©riser l’objectif de la cr√©ation d’un Etat palestinien aux dimensions r√©duites, avant d’envisager, au terme d’une tr√™ve avec Isra√ęl, l’objectif final de la lib√©ration de toute l’√©tendue du territoire situ√© entre le Jourdain et la M√©diterran√©e.


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