Droits de l’homme et contre vérités

par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

mardi 10 juillet 2007

Dans la page Débats de son numéro daté du 10 juillet, Le Monde a publié un article collectif intitulé « Jouer Ramallah contre Gaza, c’est choisir la politique du pire », signé par les responsables de plusieurs associations membres de la « Plate-forme des ONG françaises pour la Palestine ». On ne s’étonnera pas que sous un tel patronage, ce texte fourmille de contre vérités sur lesquelles nous nous proposons de revenir.


En revanche, eu égard aux origines de certaines de ces associations, les propos tenus ne manquent pas de surprendre.

Ainsi en est-il de la Ligue des droits de l’homme, créée en 1998 par Lucien Herr et Victor Basch pour défendre le capitaine Dreyfus, et surtout de la Cimade (Comité intermouvements auprès des évacués), magnifique association protestante, créée en 1939, qui, notamment, sous l’instigation de Madeleine Barrot, décédée en 1995, vint en aide avec tant de dévouement - et de risques - auprès des Juifs persécutés durant la Shoah.

Le Comité catholique contre la faim et le développement (CCFD) est, pour sa part, bien connu par ses prises de position idéologiques qui estompent quelque peu sa contribution à l’aide aux populations des pays du Tiers monde.

Quant à l’Association France Palestine solidarité, son titre est suffisamment évocateur de son orientation, que confirment les nombreuses prises de position anti-israéliennes, qui la caractérisent et dont son site Internet donne un vaste aperçu.

Et nous avons avoir ignoré, jusqu’à présent, l’existence du CRID (Centre de recherche et d’information sur le développement, qui se présente comme un Collectif de 53 associations françaises de solidarité internationale.

Et parmi ces associations on retrouve....la Ligue des droits de l’homme, la Cimade et le CCFD (mais aussi le Secours catholique) et..... l’Union juive française pour la paix qui, sur son site Internet, annonce qu’elle participera, en septembre prochain, à la Fête de l’Humanité et dont le dernier numéro de sa revue (« De l’autre côté ») est consacré à « La religion sioniste » avec un texte d’un Rabbin Sholem ben Schneersohn et un autre de Yeshayahou Leibowitz (Michel Warschawski, quant à lui, collabore au site de France Palestine solidarité).

Mais me rétorquera t-on, que reprochez-vous à ce texte collectif ?

Nous passerons sur la tonalité anti-américaine primaire, dont témoigne, notamment, un intertitre qui considère que « Au Proche-Orient, les dirigeants européens ont tout intérêt à se distinguer de l’approche américaine, dont le fiasco n’est plus à démontrer ».

Mais nous ne pouvons nous empêcher de relever le simplisme de l’affirmation selon laquelle « une perspective réelle du règlement du conflit et de fin de l'occupation peut, à la fois, transcender les divisions palestiniennes et réduire l’influence des radicaux » (souligné par nous).

Ainsi Israël est-il responsable des affrontements interpalestiniens !

Et, au passage, on constatera que c’est l’occupation qui constitue un obstacle à la paix.

Or, non seulement Israël n’a pas connu la paix depuis sa création en 1948 jusqu’en 1967, donc avant même que ne se pose la question du franchissement de la « Ligne verte », mais, de plus, les tirs de roquettes n’ont pas cessé - et se sont même amplifiés - depuis la Bande de Gaza, après le départ des Israéliens, civils et militaires, à l’automne 2005.

Bien évidemment, Israël est accusé de « n’avoir eu de cesse » d’affaiblir Mahmoud Abbas, « même avant la victoire du Hamas aux élections de janvier 2006 ».

Et ces grands sages hypocrites de s’interroger sur les intentions des autorités israéliennes : « Sont-elles prêtes de leur côté à devenir de réels partenaires pour la paix ».

Comme chacun sait Israël ne rêve que de combats, d’où l’appellation de son armée : Tsahal (Force de défense d’Israël).

Mais il est vrai que « le désastre auquel nous assistons aujourd’hui est le fruit amer de quarante ans d’occupation et de l’échec d’un processus de paix dont le gouvernement israélien a largement contribué à saper les bases, en confisquant toujours davantage de terres pour poursuivre la colonisation de la Cisjordanie, en réprimant dans le sang le soulèvement populaire palestinien d'octobre 2000 .... » (souligné par nous).

Car, bien évidemment, c’est Israël qui a suscité l’Intifada et pas Yasser Arafat, qui, sur la lancée du récent retrait israélien du sud-Liban, en voulait toujours plus....

La mauvaise foi de nos « bonnes âmes » va jusqu’à mettre en garde la société israélienne qui « n’a rien à gagner à s’installer dans une situation de ségrégation où chacun est appelé à aller garder les portes de la prison où sont enfermés les Palestiniens ».

A se demander si ceux qui ont signé le texte l’ont seulement lu (mais en tout cas les nombreux donateurs de certaines de ces associations seraient bien avisés de s’interroger sur l’emploi fait de leurs dons...).

Et quand les (ou le) rédacteur(s) de ce texte invite(nt) à « entendre l’aspiration profonde de la société palestinienne à l’unité », nous nous demandons si, en réalité, il ne s’agit pas de faire écho à deux sondages d’opinion récents, qui sont lourds de conséquences.

D’une part, d’après un sondage d’opinion réalisé, il y a quelques jours, on apprend que 67% des Palestiniens sont pour un seul Etat, donc contestent le droit à l’existence de l’Etat d’Israël, et d’autre part, et surtout, 63,6% des personnes interrogées « s’opposent totalement ou partiellement à la cessation de tout type d’ activisme à l’intérieur d’Israël » (le terme souligné désigne bien évidemment, selon le vocabulaire politiquement correct, les actions terroristes ; donc près des deux tiers des Palestiniens sont pour la poursuite d’actions terroristes).

Où sont, alors, les « valeurs de liberté, de justice et de dignité humaine » auxquels les signataires du texte entendent se référer ?


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