A propos du chant d’un cygne

par David Ruziť, professeur ťmťrite des universitťs, spťcialiste de droit international

vendredi 15 juin 2007

La presse s’est fait l’ťcho ces derniers jours du rapport de fin de mission, rťdigť en mai dernier, par le coordonnateur spťcial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Mr Alvaro de Soto (www.desinfos.com/article.php?id_article=7433).


Bien √©videmment, Le Monde ,, dat√© du 15 juin s’est empress√© de consacrer √† la fois son √©ditorial et pr√®s d’une demi-page √† un document « confidentiel », dont le journal britannique Guardian venait de faire √©tat.

Si en caract√®res typographiques « moyens », le journal fran√ßais indique que « Alvaro de Soto d√©nonce la politique des Etats-Unis, d’Isra√ęl et des Nations unies sur la Palestine », c’est en gros caract√®res qu’il est √©crit que « L’envoy√© de l’ONU accuse Washington d’avoir encourag√© le chaos palestinien ».

De fait, on ne peut qu’inviter les internautes √† aller sur Internet, o√Ļ sur le site, en anglais, de l’Encyclop√©die Wikipedia, ils trouveront un lien leur donnant acc√®s aux 52 pages de ce document qui a, sans doute, √©t√© adress√© √† Ban Ki-moon, en tant que successeur de Kofi Annan, qui avait nomm√© le diplomate p√©ruvien √† son poste, en 2005.

On doit regretter - pour ne pas dire condamner - la divulgation de ce rapport, qui avait vocation √† rester confidentiel. De fait, d’apr√®s certaines informations, le Secr√©taire g√©n√©ral aurait jug√© comme « profond√©ment regrettable « que ce rapport ait √©t√© publi√© dans la presse ». En tout cas, il est √©vident que « les points de vue contenus dans le rapport ne devraient pas √™tre consid√©r√©s comme la politique officielle de l’ONU ».

Malheureusement ces consid√©rations n’apparaissent pas dans les communiqu√©s de presse √©manant de la porte-parole de Ban Ki-moon, ou de son adjointe.

Toujours est-il qu’Alvaro de Soto qui, apr√®s 25 ans pass√©s au service des Nations unies - plus que le temps qu’il a consacr√© √† servir son pays - a, sans doute, pris sa retraite √† 64 ans, a pris soin de pr√©ciser qu‚Äėil s’agissait d’un travail personnel, tout en remerciant les quelques coll√®gues auxquels il l’avait soumis - √† un stade avanc√© de sa r√©daction - pour les pr√©cisions, corrections et suggestions qu’ils lui avaient faites.

Nous n’avons pas l’intention de reprendre les accusations port√©es contre les Etats-Unis et Isra√ęl, largement reprises, notamment, par Le Monde , mais d’√©voquer quelques remarques surprenantes que nous avons relev√©es dans ce document.

On rel√®vera, tout d’abord, que ce sp√©cialiste des « causes perdues » (avant d’op√©rer au Moyen-Orient, Alvaro de Soto s’occupa aux Nations unies du Sahara occidental, de Chypre et du Myanmar-ex Birmanie....) ne trouve pratiquement rien √† redire au comportement du Hamas (√† propos duquel il consid√®re que les Etats-Unis et Isra√ęl ont tort de la consid√©rer comme un « √©piph√©nom√®ne » - en fran√ßais dans le texte).

Il condamne le « traitement erron√© » que ces deux pays r√©servent √† ce mouvement auquel il n’attribue qu’un m√©pris (contempt) √† l’√©gard des accords d’Oslo.

On comprend mieux cette consid√©ration si l’on sait que pour l’ancien Secr√©taire g√©n√©ral adjoint des Nations unies, la demande d’Isra√ęl √† √™tre reconnu avant toute n√©gociation est « irr√©aliste ». Pour cela il croit devoir pr√©ciser que parfois la demande porte sur « la reconnaissance du droit d’Isra√ęl d’exister en tant qu’Etat juif », alors que selon lui, il n’y a pas de consensus en Isra√ęl m√™me sur le caract√®re juif de cet Etat.

Alvaro de Soto fait semblant de confondre l’id√©e d’un Etat th√©ocratique (juif), qui effectivement n’est pas accept√© par la grande majorit√© des Isra√©liens, alors que mis √† part une minorit√©, pratiquement tous les Isra√©liens sont favorables, comme le rappelait Shimon P√©r√®s, dans Le Figaro , √† un Etat √† majorit√© d√©mographique juif, ce qui est tout √† fait diff√©rent.

Mais, il est vrai que lui aussi, « fait la chanson et la chante », lorsqu’il croit pouvoir constater que l’id√©e de la « solution d’un Etat » gagne du terrain.

L’ancien envoy√© sp√©cial au Moyen-Orient n’a malheureusement pas tort de penser que la mise en place d’un Etat palestinien n’est pas pour demain, mais s’il pense que celle d’un seul Etat a plus de chances d’aboutir, on est tent√© de lui rappeler cette chanson de Juliette Gr√©co : « Ce que tu te gourres (fillette, fillette)..... »

Avec de telles id√©es, il √©tait temps qu’Alvaro de Soto mette un terme √† sa mission qui, effectivement, n’a gu√®re √©t√© couronn√©e de succ√®s, pas plus, d’ailleurs, que celle de son pr√©d√©cesseur le norv√©gien Roed-Larsen, qui, lui, resta en place 5 ans.

Tous les espoirs semblent permis avec la nomination d’un successeur - alors qu’Alvaro de Soto se croyant irrempla√ßable, s’interrogeait sur l’utilit√© de son poste.

De fait, le britannique Micha√ęl C. Williams √©tait auparavant le Conseiller sp√©cial du Secr√©taire g√©n√©ral pour la situation au Moyen-Orient. Avant cela, il fut le Directeur de la Division Asie et Pacifique au D√©partement des affaires politiques (secteur g√©ographique qu’il avait couvert en tant que journaliste √† la BBC et √† Amnesty international), apr√®s avoir √©t√© de 1999 √† 2005, le Conseiller sp√©cial de deux Ministres des affaires √©trang√®res britanniques, Robin Cook, de 1999 √† 2001, et Jack Straw de 2001 √† 2005.

Mais Williams avait déjà servi aux Nations unies dans les années 90,

S’il est vrai que parfois, avec le d√©part d’un employ√©, on sait ce que l’on perd, sans savoir ce que l’on va gagner, avec Alvaro de Soto, la cause de la paix, elle, n’a, certainement, pas perdu un grand serviteur.

M√™me au moment de d√©missionner, Alvaro de Soto aurait d√Ľ se souvenir du devoir de r√©serve et de discr√©tion auquel est tenu un fonctionnaire international, pour ne pas ternir l’image d’impartialit√© de l’Organisation qu’il a servi.


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