Qui veut vraiment la paix au Moyen-Orient ?

Par Shimon Pérčs, Président de l’État d’Israël | Le Figaro

jeudi 14 juin 2007

Quarante ans aprčs la guerre des Six-Jours, la perspective d’une paix entre Israéliens et Palestiniens semble toujours aussi lointaine. Israël persiste dans son refus de considérer le nouveau gouvernement d’unité nationale palestinien comme un partenaire de négociations parce que le Hamas en fait partie. Quelle est l’origine de ce paradoxe apparent ? Quelle issue envisager ?


Le gouvernement palestinien est uni sur le plan administratif, mais divisĂ© politiquement. Les Palestiniens ont Ă©lu un gouvernement qui applique deux politiques diffĂ©rentes. Sur le plan politique, le premier ministre palestinien, Ismail Haniyeh, reste opposĂ© Ă  la reconnaissance d’IsraĂ«l et au respect des accords existants. Il a dĂ©clarĂ© qu’il Ă©tait en faveur de la poursuite de la rĂ©sistance, sous toutes ses formes. Peut-on en dĂ©duire que cette attitude est garante d’un effort de bonne volontĂ© pour conclure un accord de paix ?

C’est cette question mĂŞme que doit se poser l’Union europĂ©enne lorsqu’elle dĂ©battra de reprendre ou non l’aide financière Ă  l’AutoritĂ© palestinienne. L’UE doit clairement faire comprendre au Hamas qu’elle n’a pas l’intention de financer la terreur, ni de financer un refus de nĂ©gocier un accord de paix. Si les Palestiniens souhaitent obtenir une aide de l’Union europĂ©enne - un principe auquel j’adhère sans rĂ©serve -, ils doivent ĂŞtre prĂŞts Ă  conclure un accord de paix et non Ă  relancer les hostilitĂ©s. Après tout, ce n’est pas le Hamas en tant que parti qui est contestable ; ce qui l’est, par contre, ce sont ses politiques et ses objectifs. Nous n’avons rien contre le Hamas ; nous sommes contre ses politiques belliqueuses, que l’exercice du gouvernement n’a pas modifiĂ©es.

Il fut une Ă©poque oĂą l’OLP avait le mĂŞme point de vue que le Hamas aujourd’hui. Puis l’OLP a changĂ©. Si le gouvernement palestinien modifiait son attitude, il ne rencontrerait aucune objection de notre part. Nous sommes ouverts aux nĂ©gociations. Nous sommes favorables Ă  la « solution des deux États ». Nous acceptons la « feuille de route » pour le Moyen-Orient. Mais nous sommes opposĂ©s Ă  la terreur.

Un autre point que nous ne pouvons accepter est le « droit de retour » pour les Palestiniens. Si ce droit Ă©tait reconnu, il y aurait en IsraĂ«l une majoritĂ© palestinienne au lieu d’une majoritĂ© juive - ce qui signifie la fin de l’État hĂ©breu. Ce n’est pas une question de religion, mais de dĂ©mographie : un État arabe est un pays oĂą les Arabes sont majoritaires et un État juif est un pays oĂą les Juifs sont majoritaires. Et de fait, le « droit de retour » contredit l’idĂ©e mĂŞme de la solution des deux États, puisqu’il implique un État unique - un État palestinien. Personne en IsraĂ«l ne peut accepter ça.

Il existe par ailleurs d’autres problèmes dans la rĂ©gion auxquels IsraĂ«l - et le reste du monde - est confrontĂ©. Le gouvernement palestinien d’union nationale actuel a vu le jour grâce Ă  la mĂ©diation de l’Arabie saoudite, une intervention destinĂ©e Ă  contrecarrer l’ambition affichĂ©e de l’Iran d’accroĂ®tre son influence, non seulement en Irak, mais aussi au Liban, Ă  Gaza et en Cisjordanie.

IsraĂ«l ne peut avoir aucun contrĂ´le sur cet aspect de la situation. La lutte actuelle dans le monde musulman entre les chiites et les sunnites Ă©voque les guerres de religion entre les catholiques et les protestants en Europe au XVIIe siècle. Il n’est donc pas Ă©tonnant que les Saoudiens, les Jordaniens, les Égyptiens et les États du Golfe cherchent Ă  rĂ©sister aux ambitions hĂ©gĂ©moniques de l’Iran dans la rĂ©gion.

L’Iran reprĂ©sente une menace qui associe le fanatisme religieux Ă  la dĂ©termination Ă  se doter d’armes nuclĂ©aires. L’Iran est le seul pays Ă  dĂ©clarer qu’il souhaite dĂ©truire un autre pays membre des Nations unies. C’est une menace que n’importe quel pays est obligĂ© de prendre au sĂ©rieux. Lorsque le prĂ©sident d’un pays se lance dans des discours dĂ©lirants, qu’il nie l’Holocauste, et qu’il ne cache pas son ambition de contrĂ´ler le Moyen-Orient, qui peut garantir que la menace n’est pas rĂ©elle ?

IsraĂ«l souhaite - ou plutĂ´t a dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin - la paix et la stabilitĂ© au Moyen-Orient, et nous continuerons Ă  faire tout ce qui est en notre pouvoir pour y parvenir. Mais nous ne pouvons pas atteindre seuls cet objectif, et encore moins en nĂ©gociant avec des interlocuteurs dont la vision d’un Moyen-Orient stable et en paix n’inclut pas IsraĂ«l.


Project Syndicate/HVG, 2007. Traduit de l’anglais par Julia Gallin.


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