Mobilisation contre l’agression antisémite d’un rabbin à Lille

Véronique Chemla

lundi 8 décembre 2003

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Mardi 2 décembre, vers 11 h 40. Le rabbin de la communauté juive de Lille, Elie Dahan, marche dans la rue Béthune, une rue piétonne de la métropole du Nord. Deux collégiennes sortent d’une salle de cinéma, et le croisant, l’une d’elles dit « Tiens, v’là un juif ». Sa camarade hurle : « Sale Juif ». Dans l’indifférence des passants…


« Pour montrer que cette insulte n’est pas banale » , le rabbin interroge l’adolescente qui l’a injurié : « Sais-tu que ce que tu as fait est un délit ? Veux-tu aller au commissariat de police ? ». Cette élève nie avoir proféré cette insulte. Et le rabbin lui indique qu’elle « a de la chance qu’il soit pressé ». A peine s’est-il éloigné que retentit : « Juif, crève ! ». M. Dahan se retourne. Il remarque que ces deux adolescentes font partie d’un groupe scolaire encadré par deux surveillantes qui présentent des excuses. Il obtient les noms des adolescentes de 4e (14 ans) du collège Jean-Moulin (Wattignies) et porte plainte, « à titre personnel et comme rabbin, pour que la jeunesse sache qu’on ne peut pas proférer des insultes, notamment antisémites ».
Le Procureur de la République le suit dans sa plainte.
La principale de ce collège l’assure que « tout le corps enseignant est outré, le soutient et regrette que les insultes deviennent banales ». Quant au rectorat, il demande aux directeurs d’établissements scolaires et aux enseignants de porter plainte face à des actes antisémites et que lesdites élèves passent en conseil de discipline.
Le 3 décembre, à la demande du Procureur de la République de Lille, « qui ne veut plus rien laisser passer », ces adolescentes sont amenées au poste de police, menottes aux mains. L’une d’elles reste huit heures en garde à vue. Inculpées, elles seront bientôt jugées pour injure à caractère racial.
Le 4 décembre, au matin, un texte rappelant les valeurs de la république, l’incident et les sanctions pénales à l’antisémitisme est lu dans toutes les classes de ce collège. Il est aussi collé dans le carnet de correspondance des élèves, donc porté à la connaissance de leurs parents. Spontanément, certains collégiens ont adressé au Rabbin des « messages de sympathie pour exprimer leur choc et l’inviter à ne pas assimiler tous les élèves du collège à l’action de ces jeunes ».
Curieusement, la Maire de Lille, la socialiste Martine Aubry ne s’est pas manifestée auprès de M. Dahan. (-NDLR- Le 5 décembre, Mme Aubry écrit au Rabbin Elie Dahan : « Emue et révoltée par ces faits d’une extrême gravité, je suis inquiète, comme vous du développement de ce genre d’actes inadmissibles qu’il convient de combattre avec fermeté et transmets sa solidarité à l’ensemble de la communauté juive de Lille ». On peut regretter que Mme Aubry n’ait pas condamné officiellement,par communiqué de presse et sur le site de la Mairie ces actes graves.)
Ce même jour, M. Dahan et deux autres dirigeants de la communauté juive sont conviés par le préfet à une réunion destinée à préparer le comité interministériel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Y assistent une vingtaine de personnes dont le Procureur général, le recteur d’académie, des responsables de la sécurité, de la DST, des Renseignements généraux, de la Gendarmerie et de la police. Face à cet auditoire attentif, M. Dahan fait part de l’inquiétude des Juifs français quant à leur avenir dans la patrie des droits de l’homme.
« Avec le rectorat et le Procureur, nous allons initier une action pédagogique, une réunion avec les enseignants, une visite à la synagogue. Depuis dix ans, le président de la communauté juive, le Dr Jean-Claude Kolmar et moi accueillons dans la synagogue de Lille des enseignants et des élèves ou étudiants. Ceux-ci ont l’impression de visiter un musée et découvrent des objets, excentriques pour eux, vus seulement dans le film de Gérard Oury, » Les Aventures de Rabbi Jacob « , tel qu’un Séfer Torah » , conclut M. Dahan.
Depuis l’incendie du lycée de Gagny le 15 novembre 2003, ce Rabbin est accompagné par un policier lors de ses déplacements officiels (vers la synagogue, etc.)… Portant la kippa, son fils, âgé de trois, se promenait avec sa mère à Lille, quand de jeunes Maghrébins lui ont craché dessus…


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