Révision du plan de soutien américain aux forces de M. Abbas, ou le nouvel équilibre de la Terreur au Proche-Orient

Marc Brzustowski

mercredi 7 mars 2007

Sous la pression du Congrès, les Etats-Unis sont en train de réviser de part en part leur plan d’aide aux forces loyales de Mahmoud Abbas, qui devaient prochainement se voir créditer d’une nouvelle dotation de 86 millions de $. On sait depuis longtemps, que les USA entraînent la brigade Badr à Zarka en Jordanie, sous les bons offices du Général Keith Dayton, coordinateur pour la sécurité dans les Territoires.


Mais leur mission était de préserver entières les chances du « partenaire » labellisé dans le cadre de la lutte d’influence l’opposant au Hamas d’Haniyeh. Absorbant, selon les derniers accords, ce groupe marqué comme « terroriste » par le Département d’Etat, sous le masque d’un Gouvernement réunifiant toutes les tendances, y compris et surtout les plus extrémistes, il y aurait donc maldonne envers le protecteur américain. Il se retrouve, désormais en situation de faillite quant à la perspicacité de ses « investissements » à fonds perdus, ne sachant plus, tel le cyclope Polyphème, distinguer les moutons noirs des moutons blancs, dans ce vaste échange de maillots trempés de sueur et de sang.

Ce n’est sans doute pas un hasard si un article du Washington Times, ces derniers jours, mettait en cause d’autres dotations (à hauteur de plus de 2. 3 millions de $), via l’ONG USAID, en direction des universités palestiniennes (Al Qds, Gaza) inféodées au Hamas, où l’on enseigne l’art de mourir en martyre pour la Cause. L’article a été partiellement démenti de sources autorisées. Néanmoins, il intervient comme une sonnette d’alarme, dans la perspective d’un gouvernement d’Union Nationale qui irait comme un gant à la main de fer du Hamas, à l’issue de l’accord de la Mecque.

Toute l’infrastructure de la politique de financement de « la paix » dont le destin était confié à l’ex-OLP depuis 1993 n’aurait finalement servie qu’ à accélérer, à pas de loup, les conditions d’un règne sans partage des Islamistes sur l’A.P, cette fois encore « modérés » par l’argent Wahhabite. Les Chartes fondatrices seraient portées à leur point de fusion incandescente, l’Amérique ne parvenant que difficilement à écarquiller les yeux sur l’un des plus gros mensonges (C.Glick) de l’histoire des 50 dernières années : la feinte d’une totale absence d’engagement de l’OLP dans le meurtre d’Américains, autant que d’autres Occidentaux, durant sa lutte sans merci contre Israël ...

Chacun des protagonistes du Quartette semble maintenant bien comprendre, avec des motivations, du reste, fort diverses (Europe, Russie, ONU) que ce plan servirait essentiellement de garantie provisoire, pendant que le Hamas finirait de désosser ce qu’il reste de la domination du Fatah au sein des institutions palestiniennes infiltrées en profondeur ; lequel mouvement de « libération » semble avoir recherché un sursis comme planche de salut dans le cadre de cet accord, plutôt que de rendre gorge, tôt ou tard.

De fait, cette « Union sacrée à couteaux tirés » n’empêche absolument pas les règlements de compte de se poursuivre en coulisses, ou les négociations pour la nomination de ministres représentant l’un ou l’autre courant de traîner en longueur. Puisque, en bout de course, elle ne signifie que l’inversion des rapports de force en faveur des troupes de Meshaal et Marzouk à qui, de surcroît, l’on offre l’asile politique dans le Golfe, contre l’ancien refuge de Damas. La demeure damascène des Emirs du Hamas, d’abord jugée sujette à pression, deviendra demain, fort précaire, dès que la Maison Assad aurait la tête sur le billot d’un Tribunal International pour le meurtre d’Hariri. On voit donc qu’ils n’auront d’autres choix que d’opter entre un pays du Golfe persique... ou l’enferrement doré, mais définitif à Téhéran, dont on ne s’échappe pas sur un coup de tête.

Progressivement, les choses palestiniennes semblent rentrer dans le nouvel ordre institué sous la gouverne d’Haniyeh, au détriment de ceux que les accords d’Oslo nous ont habitués à être présentés comme les « modérés » du camp palestinien : les héritiers de Yasser Arafat, avec les moins antipathiques de ces respectabilités de la « vieille garde », Abbas, Dahlan, Radjoub et quelques pacificateurs qui semblent avoir perdu la partie sur le terrain. Aujourd’hui, les Jeunes Turcs du Fatah se réfèrent à des personnages aussi recommandables que Marwan Barghouti, chef des Tanzim et des Brigades Al Aqsa, purgeant un peine de prison à vie en Israël, en tant que commanditaire de quelques-uns des pires méfaits de l’Intifada II. Celui-ci, présenté parfois comme le « Mandela » emblématique du terrorisme palestinien est l’axe cardinal de la paix saoudienne conçue dès 2003. Elle offre, selon la version sunnite ajoutée à sa condition de prisonnier-négociateur : la reconnaissance contre de nouveaux retraits aux frontières dites de 67, un retour non-négociable de réfugiés de 49 et leurs descendants, la libération de milliers de Palestiniens emprisonnés, dont la sienne, de façon très improbable, mais qui sait, dans le cadre inouï d’un accord historique ?.

Pour l’heure, la « réconciliation » inter-palestinienne semble toujours rythmé par les hoquets du métronome mollachique. Elle n’apporte cruellement, en effet, aucune réponse aux exigences du quartette, à commencer par la reconnaissance d’Israël, et n’a aucune ambition de lutter contre le terrorisme. Ou plus précisément, cette « lutte » ne passe que par l’intégration des djihadistes au sein des unités loyalistes, comme cela, du reste, a toujours été le cas depuis l’avènement d’Oslo. Tout au plus offrira t-elle une proposition de trève de longue durée à un ennemi, Israël, dont on ne reconnaît nullement le droit foncier à l’existence, pendant que les milices et bastions du Hamas continuent de se renforcer, en vue d’une confrontation plus décisive... Ainsi en est-il de ces forteresses souterraines construites à Gaza sur le modèle du réseau de labyrinthes conçus par le Hezbollah au Sud-Liban, qui ont mis en péril les troupes d’élite de Tsahal pendant plusieurs semaines, durant l’été dernier et qui fleurissent à couvert, aujourd’hui sur ce territoire récemment concédé, disait-on, pour le mieux-être de tous, à commencer par celui, plus qu’éprouvé, des voisins proches de Sderot. On ne peut s’étonner, dans le même registre, des mises en garde véhémentes de Youval Diskin, responsable du Shin Beth, quant au nombre croissant de terroristes du Hamas partant en formation en Iran, via le terminal de Rafah confié à la vigilance d’Européens qui auraient une fâcheuse tendance à observer tout cela de biais. Ce type d’encadrement par les Pasdaran, à moyen terme, lui apparaît bien plus dangereux que n’importe quel niveau de trafic d’armements par les tunnels, l’un n’allant pas sans l’autre, car aux bons outils il faut de bons ouvriers.

Froidement, pendant que les parlementaires, le gouvernement, Tsahal, la défense passive, le contrôleur de l’Etat à Jérusalem se disputent sur l’urgence à publier les premiers résultats intermédiaires à propos du précédent conflit (reportés à 4 mois), le Hamas et Téhéran sont patiemment en train de tisser les mailles de leur toile d’araignée au Sud, de façon à mettre en place une nouvelle plateforme prête au déclenchement d’un autre conflit de même ordre, avec des atouts de niveau bientôt équivalents à la menace hezbollahnie.

Concernant l’avenir de la paix, on est en droit de se demander quels mécanismes de régulation des tensions inter-palestiniennes et anti-israéliennes l’Arabie Saoudite croit avoir réussi à mettre en place. Que vient-elle faire dans cette galère en reprenant à hauteur d’un milliard de $, le contrôle de cette situation explosive ? Vraisemblablement sont-ce là les dernières trouvailles sorties du keffieh, permettant de se présenter en Etat « stabilisateur » de l’ensemble régional, d’offrir encore des voies de négociation honorable à l’Iran, tout en préservant la face des Occidentaux, sans plus de « partenaire » pour faire croire à leur fiction de la fin des conflits. Il s’agit surtout de ménager les conditions visant à repousser un embrasement généralisé de la région, au moment où les menaces se multiplient et où nul ne paraît plus immune. Non à cause de la très traditionnelle guerre israélo-palestinienne, mais bien en raison d’une confrontation sunnite-shi’ite à vif sur au moins trois fronts : Liban, Territoires et Iraq (avec, à la clé, la conférence de Bagdad, prévue le 10 mars). On peut admettre que le Hamas se soit tourné vers le plus offrant, celui qui lui garantit un suicide plus lent de la cause, tout en ne le dissuadant pas de s’approvisionner aux différents râteliers. Ces grandes manoeuvres diplomatiques, de toute évidence, ne semblent nullement gêner la poursuite du parrainage iranien des groupes islamistes autour du Hamas, Djihad islamique, etc. Au contraire, semblent t-elles lui offrir un parapluie protecteur, dans le conflit sécuritaire qui oppose l’Iran à Washington et au reste du monde, permettant une redistribution des cartes, en vue de la déstabilisation à retardement de la Région. Certain que Riyad ne pouvait escompter a minima « faire la paix » entre les Palestiniens sans en référer au Guide Suprême du terrorisme moyen-oriental...

Il y a fort à parier que Riyad et Téhéran se soient entendus sur le dos de Damas, pour chacun à sa façon, préserver ses intérêts essentiels dans cette partie de poker menteur : pourquoi ne pas laisser se constituer un Tribunal International dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Rafic Hariri, pour calmer les soutiens occidentaux du Liban et l’Arabie Saoudite, son mentor ? On laisse le plus lourd de l’accusation porter sur le cercle rapproché autour de Bashar Al Assad. S’il s’effondre, pourra t-on se partager ce qu’il restera d’un Régime voyou devenu encombrant et de la souveraineté de la Syrie à l’issue d’une condamnation internationale. On peut encore transposer ce même canevas, en ce qui concerne les affaires internes libanaises, comme on étend les mêmes mesures à une province sous dépendance... Ou, pour ne pas chuter, peut-être le tyranneau de Damas sera t-il contraint de se lancer dans la surenchère, tenté de fourbir ses nouvelles acquisitions militaires russes à la frontière du Golan... L’enjeu est de reporter aussi loin que possible et sur le dos du plus petit dénominateur commun, à savoir le couple antagoniste formé de la Syrie et d’Israël, les sombres perspectives d’un conflit général entre Shi’ites et Sunnites. Pour cela, il est nécessaire de s’entendre et de calmer l’agitation orchestrée par Téhéran dans les régions pétrolifères des pays du Golfe, via les minorités shi’ites. Une guerre « fratricide » n’aurait pour première et seule victime que le mythe de l’Unité musulmane, sacrifié sur l’autel des intérêts des grandes puissances : USA, Russie, l’Europe ou sur le plan régional, un seul vainqueur sans coup férir, Israël et deux perdants-perdants : l’Iran et l’Arabie Saoudite, qui ne peut en tant que protectrice des Lieux Saints, perdre tout honneur et n’être plus que « l’alliée des Américains ». Le calcul entraînant une conflagration des deux Islams désservirait les visées hégémoniques aussi bien des Wahhabites que celles d’un empire mollachique qui prétend survivre à toutes les pressions du Conseil de Sécurité. Il suffit, pour le moment, de s’accorder sur une sorte « d’équilibre de la terreur new look », à travers l’influence prise sur telle ou telle faction terroriste à la botte, extirpée des griffes de Damas : sauver le Hamas en soldats « perdus » aux yeux des Occidentaux, mais leur imposer une sorte de « Realpolitik » par la force de l’évidence, alors qu’il domine le Fatah au coeur de la société palestinienne... L’Arabie Saoudite joue la montre pour éviter tout embrasement global concernant en premier lieu son propre territoire difficilement contrôlable et assurer la pérennité de son propre régime face à l’agitation conjointe shi’ite et djihadiste d’Al Quaeda. Elle contribue accessoirement à en éliminer un autre devenu infréquentable (la Dynastie Al Assad) pour n’avoir jamais vraiment su choisir entre les deux camps de sa culture majoritaire sunnite dans le maintien des alliances stratégiques avec la République Islamique. A vouloir jouer sur tous les tableaux se sera t-il brûlé les doigts. Autant de temps gagné pour l’Iran qui essaiera toute voie possible afin de contourner les embûches sous forme de sanctions internationales qui sont mises sur ses routes d’exportation de la Révolution islamique...

Le deal du moment pourrait se résumer de la façon suivante : Riyad accepte de fermer les yeux sur les trafics iraniens en direction du Hamas et Téhéran de mettre la pédale douce au Liban, en demandant au Hezbollah de s’accorder provisoirement avec les forces du 14 mars et de s’émanciper de la tutelle allaouite, tout en restant une menace de long terme pour Israël, d’autant plus dangereuse que le Parti de D.ieu n’aurait plus à prouver sa « libanité »...

Ainsi se verraient temporairement régler les problèmes concernant au moins deux des trois pierres d’achoppement sunnite-shi’ite à l’heure actuelle : la question des territoires palestiniens, celle du Liban, sans que l’infrastructure ni du Hamas ni du Hezbollah n’en soient affectées... La hausse des enchères n’aurait lieu qu’au détriment d’Israël, à la faveur, par exemple, de coups d’éclats de nouveaux groupes proto-hezbollahnis libérés de/ou encore sous la tutelle allaouite sur le Golan ou toute autre partie à découvert, au nord comme au Sud. Iran tout comme Arabie Saoudite, à ce jeu, ne font, pour le moment que minimiser les pertes, réduire le coût d’éventuelles concessions, s’en tenir à une conflictualité limitée, sans rien avoir à promettre ni à Israël ni aux Américains, sauf à se présenter comme les deux Etats « stabilisateurs » de la Région, par peur de s’embraser l’un contre l’autre.

Là où la supervision occidentale paraît trop forte, l’Iran botte en touche, est prête à courber l’échine, à faire profil bas au Liban, pour mieux s’annexer une plus grande profondeur stratégique et politique en Syrie, quitte à se passer de sa marionnette, Bashar Al Assad, homme-sandwich de toutes les mauvaises causes au Proche-Orient et surtout les pires... L’homme idéal, en somme, du moins jusqu’à il y a peu, pour la réalisation des basses oeuvres, quitte à ce qu’il se voie progressivement débordé et submergé par des forces pro-iraniennes au sein même de son entourage et qu’il perde le contrôle de la situation, au profit d’une libanisation de la Syrie qui n’a jamais été qu’une voie d’échanges et de passage...Ce territoire de transit devenu incontrôlable, à qui, ensuite, s’adresser pour se plaindre de la porosité des frontières, des passages clandestins de Djihadistes aussi bien vers le Liban que vers l’Iraq ? On s’achemine à pas lents vers une situation de blocage, proche d’une nouvelle « guerre froide » à l’Orientale, où il n’y a ni solution viable ni intérêt pour aucun des protagonistes à déboucher sur une crise majeure, sauf à provoquer l’éclatement de la majeure partie des entités nationales encore fortes de cette partie du monde...


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