Le Monde/ naïveté ou mauvaise foi ?

par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

dimanche 18 février 2007

A la veille de la rencontre tripartite entre Condoleezza Rice, Mahmoud Abbas et Ehoud Olmert, le correspondant du journal Le Monde, en Israël, dans le numéro daté du 17 février, s’interroge : « Proche-Orient, la paix impossible ? »


Certes, beaucoup de temps a été perdu depuis le discours du président américain de juin 2002 exprimant son souhait de voir « deux Etats côte à côte, en paix et en sécurité », qui devait donner naissance, l’année suivant, à la fameuse « feuille de route » laissant entrevoir un Etat palestinien à l’horizon 2005.

Mais à qui la faute ?

Bien évidemment, Michel Bôle-Richard, soucieux de maintenir la balance égale entre les deux parties évoque l’ « intransigeance » d’Ariel Sharon et la « mauvaise volonté » de Yasser Arafat.

Et, il n’est nullement question du geste courageux - mais nécessaire, quoique bien mal récompensé - d’Ariel Sharon évacuant la Bande de Gaza.

Nous ne pousserons pas le ridicule d’ajouter l’adverbe « unilatéralement », car, nous avons, maintes fois, ici même, souligné qu’un Etat n’avait pas à négocier la décision de retirer des citoyens civils et/ou des militaires en deçà d’une certaine ligne.

Dès lors qu’il ne s’agit pas de limiter les compétences territoriales d’une autre autorité politique, un Etat, ayant « la compétence de la compétence » est parfaitement en droit de limiter l’étendue territoriale de celle-ci.

Et lorsque le journaliste du Monde indique que l’espoir renaît, après l’élection de Mahmoud Abbas, considéré comme modéré, à la suite du décès de Yasser Arafat, il oublie d’évoquer ce que nous n’hésiterons pas à qualifier d’incompétence du nouveau président de l’Autorité (sic) palestinienne.

En effet, d’une part, les Israéliens ont raison de lui reprocher sa faiblesse, sinon sa complicité passive, avec les éléments terroristes de son propre mouvement, le Fatah, et d’autre part, la majorité du peuple palestinien l’a désavoué, aux élections législatives de janvier 2006, en raison de son incapacité à mettre fin à la corruption qui gangrène son entourage.

De fait, avec la victoire du Hamas à ces élections, l’espoir d’une paix s’éloignait de plus en plus, car le seul fait de refuser de reconnaître l’Etat d’Israël et d’envisager, seulement - et sous certaines conditions - une longue houdna (trêve) ne constitue, en aucune façon l’esquisse d’une future paix.

Pour l’instant, l’Etat d’Israël peut, encore, compter sur l’appui de la « communauté internationale », représentée par le Quartet (Etats-Unis, Russie - et non Union soviétique, comme nous l’avons écrit par erreur, précédemment - , Union européenne et Nations Unies) qui continue à exiger que le futur gouvernement palestinien s’engage, effectivement, sur les trois points suivants : renonciation à la violence, respect des accords conclus précédemment et reconnaissance de l’Etat d’Israël.

Or, à l’heure actuelle, l’accord récent, intervenu entre les « frères ennemis » du Hamas et du Fatah, à La Mecque a, tout juste, abouti à « reconnaître » - et même pas à approuver les accords conclus par l’OLP.

La poursuite incessante des lancements de roquettes Qassam en territoire israélien, même s’il n’ont pas causé, depuis quelques temps, de pertes en vies humaines, sont bien évidemment intolérables.

Et que dire, d’attentats terroristes périodiques, comme le dernier en date, à Eilat, il y a quelques semaines ?

Quant à la troisième condition, n’en parlons plus : il y a quelques jours nous avons souligné (www.desinfos.com/article.php?id_article=6619) l’insistance du Hamas à persister dans son refus de reconnaître la légitimité de l’Etat d’Israël.

Alors qu’on ne nous rabatte pas les oreilles avec la formule, reprise, à nouveau, par Michel Bôle-Richard, de « reconnaissance contre retrait ».

Combien de fois faudra-t-il répéter qu’entre 1949 et 1967 Israël n’a été reconnu par aucun Etat musulman, alors qu’il n’y avait pas de « territoires administrés » par Israël et que des milliers d’Israéliens sont morts pour assurer l’existence du nouvel Etat.

Que l’on cesse de prétendre que la ligne verte est « la frontière héritée de la création d’Israël ».

Cette délimitation n’a jamais été conçue, même et surtout du côté arabe, que comme une simple ligne de cessez-le-feu.

Ce qui ne signifie nullement qu’Israël - mais ce n’est que notre avis - serait en droit de réclamer, en dehors de quelques rectifications territoriales, d’importantes superficies, sans envisager, en contrepartie des échanges de terres.

Mais, précisément, tout cela doit faire l’objet de négociations.

Seulement, on ne peut négocier avec des gens qui d’une part - et ils sont logiques avec eux-mêmes - cherchent à tuer des civils et, d’autre part, contestent même le droit à l’existence de leur Etat.

Il ne faudrait pas croire d’ailleurs que l’évocation du seul sort des civils justifie pour autant les attentats contre des soldats et, encore, moins autorise à leur tendre des embuscades.

Notons, au passage, que le quotidien du soir évoque, parmi plusieurs autres griefs faits aux Israéliens, la question de la « libération des prisonniers », sans même mentionner le sort du soldat israélien kidnappé par des Palestiniens.

Aujourd’hui, le « droit au retour » auquel même Mahmoud Abbas n’a pas formellement renoncé entraînerait, à terme, la déliquescence de l’Etat d’Israël.

Alors s’il est vrai que « c’est le moment ou jamais », il serait temps que les Palestiniens fassent, enfin, le premier pas.


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