Le droit au retour des réfugiés palestiniens de 1948 mentionné pour la première fois, un retrait israélien du plateau syrien du Golan recommandé

samedi 9 décembre 2006

Le rapport de la commission Baker recommande également au président Bush de redoubler d’efforts sur le conflit israélo-palestinien, pour en faire la pierre angulaire de sa nouvelle approche de la guerre en Irak.


« On ne peut pas s’occuper efficacement de l’Irak en l’isolant des autres grands problèmes, intérêts et conflits non résolus de la région », indique le rapport. Le groupe recommande « un engagement renouvelé et permanent des USA envers une solution globale de paix » au Proche-Orient impliquant d’une part Israël et d’autre part les Palestiniens, le Liban et la Syrie.« Cet engagement doit comprendre des discussions directes avec et entre Israël,le Liban,les Palestiniens -ceux qui acceptent le droit à l’existence d’Israël- et la Syrie », précise le rapport, rappelant l’engagement de 2002 de Bush envers la création d’un Etat palestinien.

Pour une conférence internationale qui rassemblerait Israël, le Liban, la Syrie et les Palestiniens Dans une critique à peine voilée, le document souligne que « les Etats-Unis ne rendent pas service à leur allié israélien en évitant de s’impliquer directement pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Le Groupe se prononce pour l’organisation d’une conférence internationale qui rassemblerait Israël, le Liban, la Syrie et les Palestiniens pour négocier sur le modèle de la conférence de Madrid de 1991, qui avait conduit aux accords d’Oslo entre Israël et les Palestiniens deux ans plus tard.

Washington devrait presser Israël de restituer le Golan

Pour obtenir un accord de paix global dans la région, Washington devrait notamment presser Israël de restituer le Golan, pris à la Syrie en 1973, en échange d’un arrêt du soutien de Damas aux groupes palestiniens et libanais et des ingérences au Liban. Les USA devraient offrir des garanties de sécurité à Israël dans le cadre de cet accord, y compris en proposant le déploiement à la frontière d’une force internationale, à laquelle les Etats-Unis pourraient éventuellement participer, ajoute le document.

Ces recommandations reflètent clairement l’empreinte de M. Baker qui, en tant que chef de la diplomatie de George Bush père, avait exercé de fortes pressions sur Israël pour tenter de faire progresser la question palestinienne. Mais elles sont totalement contradictoires avec les opinions que Bush fils a professées jusque là. L’administration américaine a ainsi toujours refusé de reprendre le dialogue avec la Syrie ou de lier la situation en Irak à la question palestinienne, malgré l’opinion largement répandue que le manque de progrès vers un Etat palestinien renforce le sentiment anti-américain et stimule le militantisme islamiste dans le monde. L’administration a aussi rejeté à plusieurs reprises les appels à l’organisation d’une nouvelle conférence de paix sur le Proche-Orient, notamment ceux du président français Jacques Chirac ou du ministre espagnol des Affaires Etrangères ,Miguel Angel Moratinos.

Sous la pression de ses alliés arabes modérés, notamment l’Arabie saoudite, Bush a promis en septembre à l’ONU de lancer une nouvelle initiative diplomatique pour débloquer les efforts de paix au Proche-Orient. Et la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice s’est rendue à sept reprises en Israël ou dans les Territoires palestiniens depuis son arrivée à la tête de la diplomatie américaine en 2005. Elle y était encore la semaine dernière. Mais ces efforts n’ont permis aucun progrès, en raison du refus des USA et de leurs alliés occidentaux de discuter avec le Hamas,élu démocratiquement . Le rapport Baker approuve toutefois la politique américaine de boycottage du Hamas.

Israël : Le rapport Baker « préoccupant »

Israël a fraîchement accueilli le rapport américain, alors que les Palestiniens exprimaient leur satisfaction. Un haut responsable israélien a jugé mercredi que ce « rapport est préoccupant pour Israël, particulièrement du fait qu’il mentionne pour la première fois la question d’un droit de retour des réfugiés palestiniens de 1948 ». Tous les gouvernements israéliens depuis 1948 se sont opposés à un droit au retour des réfugiés, estimant que s’il se réalisait, il menacerait l’existence même d’Israël, les 5,3 millions de juifs israéliens risquant alors de se retrouver en minorité.

Le haut responsable parlant sous couvert d’anonymat a reproché par ailleurs à l’ancien secrétaire d’Etat américain James Baker, de « vivre toujours dans le passé ». Il a rappelé qu’il avait été l’artisan de la conférence internationale infructueuse de Madrid en 1981. Un autre responsable a cependant minimisé la portée du rapport, estimant qu’il serait « inapplicable » en raison de la position dominante dans le camp palestinien du mouvement terroriste Hamas qui refuse de reconnaître Israël.

Le rapport considère que « les Etats-Unis ne peuvent pas atteindre leurs objectifs au Proche-Orient s’ils ne s’occupent pas directement du conflit israélo-palestinien et de l’instabilité régionale ». « Cet engagement doit comprendre des discussions directes avec et entre Israël, le Liban, les Palestiniens -ceux qui acceptent le droit à l’existence d’Israël- et la Syrie », poursuit le rapport. « Des négociations doivent s’engager en vue d’un accord de paix final, sur la base de propositions du président Bush sur une solution par deux Etats en vue de répondre aux questions clé sur les frontières, les implantations, Jérusalem, le droit de retour, et la fin du conflit », stipule par ailleurs le document (recommandation 17). Il recommande en outre un retrait israélien du plateau syrien du Golan, pris en juin 1967 puis annexé, en échange d’un accord de paix entre la Syrie et Israël. Le document du Groupe d’étude sur l’Irak a été en revanche favorablement accueilli côté palestinien.

« Ce rapport a bien diagnostiqué les choses », a affirmé Nabil Abou Roudeina, le porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas. « Un règlement du problème palestinien ouvrira la voie au règlement de tous les problèmes au Proche-Orient », a-t-il ajouté.

« Toute solution doit commencer en Palestine ». Le mouvement terroriste Hamas, qui contrôle le gouvernement palestinien, a pour sa part émis l’espoir que le rapport servira d’instrument pour « résoudre la question palestinienne ». « Nous espérons que les hommes politiques américains vont tirer la leçon de ce rapport et se rendre compte que leur politique a échoué », a affirmé le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum. « Nous souhaitons tirer profit de ce rapport afin de résoudre la question palestinienne surtout après les changements aux Etats-Unis » et la récente victoire des démocrates, a insisté le porte-parole.


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