Où en est-on ?

par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

mardi 5 décembre 2006

Guysen.Israel.News a publié deux informations que nous croyons devoir reprendre et commenter, en rapport, avec nos réflexions d’hier, ici même, sur les réactions, voire l’absence de réactions, d’Israël, devant des événements qui interpellent, pourtant, ce pays, et en tout cas la Communauté juive dans le monde.


La première information nous apprend que « la ministre de l’Education veut faire figurer la Ligne verte dans les nouveaux manuels scolaires ». La ministre Youli Tamir aurait décidé de faire figurer dans tous les nouveaux ouvrages de géographie le tracé des frontières de 1967, au motif (l’agence de presse utilise le terme « prétexte ») qu’il ’’est impossible d’exiger de nos voisins arabes de faire figurer les lignes du 4 juin 1967 si notre système éducatif l’efface des livres de géographie et de la connaissance des élèves’’.

Quant à la seconde information, elle nous apprend que la décision de Youli Tamir d’introduire la ligne Verte dans les manuels scolaires « suscite un tollé à droite ». Le Conseil des localités juives de Judée-Samarie « conseille à la ministre de l’Education de revoir son histoire si elle estime que la présence juive en Israël date de 1948 ».

Et le député national-religieux Itzhak Lévy accuse, quant à lui, Mme Tamir de vouloir « immiscer » (sic) la politique dans le système éducatif et de dicter le prochain accord de paix. Enfin, Ronit Tirosh (Kadima), ancienne directrice du ministère de l’Education, estime que la ministre a déjà ’’résolu’’ le problème des Palestiniens, et qu’il n’y a plus lieu désormais d’entamer des pourparlers avec eux.

Il ne nous appartient, évidemment, pas, de nous immiscer dans la vie politique israélienne, ni même de donner une interprétation officielle des paroles d’un ministre israélien.

Mais, en nous plaçant sur un terrain purement objectif, nous ne voyons pas ce qu’il y a de contestable dans l’initiative de la ministre de l’Education, du moins dans la première phrase que nous avons citée entre guillemets.

En s’en tenant au « sens ordinaire » des termes utilisés (méthode normale d’interprétation), il s’agirait de « faire figurer » la Ligne verte dans les manuels scolaires, autrement dit d’évoquer le tracé de la ligne de cessez-le-feu, retenu lors de l’accord d’armistice de 1949.

Là où naît l’ambiguïté et où il nous apparaît que les journalistes devraient prendre soin de distinguer l’information, en principe objective, du commentaire, susceptible de subjectivité, c’est quand il s’agit de savoir - ce que nous ignorons - si la ministre israélienne a parlé de « frontières » ou non.

Nous n’avons cessé, ici, même, de rappeler, à de nombreuses reprises, que tant selon la lettre de l’accord d’armistice de 1949 que de la pratique suivie, telle que l’attestent, notamment, les déclarations faites par le représentant de la Jordanie au Conseil de sécurité, en 1967, cette ligne de cessez-le-feu n’est pas une « frontière ».

Un cessez-le-feu est une expression qui ne vaut que sur le plan militaire, pour séparer des forces armées en présence, tandis qu’une frontière a une connotation politico-juridique et sert à délimiter le territoire de deux Etats.

Il nous paraît tout à fait normal que dans les manuels d’histoire israéliens, il soit fait mention de la Ligne verte qui a délimité la ligne de cessez-le-feu, après la guerre d’indépendance en 1949.

C’est un fait historique qu’il n’y a aucune raison d’occulter, indépendamment du fait que cette ligne pourra, sans doute, être prise comme base de départ de la négociation en vue d’établir la frontière définitive « sûre et reconnue », plusieurs fois évoquée dans les résolutions des Nations Unies.

En revanche, il nous paraît tout à fait préjudiciable pour l’image de marque d’Israël, de laisser entendre - à tort ou à raison - que pour la ministre de l‘éducation israélienne, cette ligne marquerait la frontière d’Israël.


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