Elles ont des oreilles......

par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

dimanche 3 décembre 2006

Les médias ont largement couvert le déplacement, au Moyen-Orient, de la candidate socialiste aux prochaines élections présidentielles. Selon un itinéraire traditionnel, du moins du côté français, Ségolène Royal a débuté, de façon quelque peu mouvementée, son périple par Beyrouth, où elle a, notamment, rencontré les membres de la commission des affaires étrangères du Parlement libanais, réunis dans un grand hôtel, en marge de la manifestation de l’opposition.


Or, selon le compte rendu de Myriam Lévy, dans Le Figaro du 2 décembre et Isabelle Mandraud, dans Le Monde , daté des 3-4 décembre, le représentant du Hezbollah s’est lancé, dans une diatribe à la fois anti-américaine et anti-israélienne.

Or, de façon curieuse, Ségolène Royal prétend qu’elle n’aurait pas tout compris.....

Certes, selon les Psaumes, « (Leurs idoles)......ont des oreilles et elles n’entendent pas.... » (CXV ,6), mais il n’est pas écrit qu’elles ont une oreille sélective.

En effet, la candidate, après avoir déclaré « il y a beaucoup de choses que je partage de ce que vous avez dit, notamment votre analyse sur les Etats-Unis », a cru devoir faire, à la fin de la séance, une mise au point, en précisant que ses propos sur les Etats-Unis visaient l’action de l’administration Bush et ne valaient pas « condamnation globale » de l’allié américain.

De même, après avoir entendu le député libanais parler de l’ « entité sioniste », elle a effectivement déclaré : « ...je ne peux pas parler comme vous d’entité à propos d’Israël. L’Etat d’Israël existe et a droit à la sécurité ».

En revanche, ni dans sa réponse à Ali Ammar, ni après la séance, elle n’a jugé utile de réagir à la comparaison scandaleuse faite par ce représentant du Hezbollah entre les Israéliens et les Nazis, lorsqu’il a déclaré - et ce qu’ont bien compris les journalistes français présents -« le nazisme qui a versé notre sang, usurpé notre indépendance n’est pas moins mauvais que le nazisme qui a occupé la France ».

Par la suite, selon les médias - comme le rapporte Guysen.israel.News - Mme Royal a prétexté n’avoir pas entendu la déclaration de M. Ammar et que si cela avait été le cas, elle aurait quitté immédiatement la salle.

Pourtant, comme nous l’avons relevé, elle avait bien su répliquer, au bon moment, à l’appellation injurieuse d’ « entité », pour désigner l’Etat d’Israël, membre de l’ONU.

Et quand l’entourage de Ségolène Royal invoque des problèmes de traduction, explication reprise par les médias libanais, ceux-ci ne manquent pas de faire remarquer, que les mots ’’sionistes’’ et ’’nazis’’ sont compris par tous sans traduction...

Sans vouloir nous placer - et prendre position - dans le débat de politique interne française, nous ne pouvons, cependant, que déplorer que la candidate à la Présidence de la République fasse preuve d’un tel amateurisme et se fasse aussi facilement piéger.

La quête de voix ne peut tout excuser.

S’il n’existe pas de vote juif en France, il n’en est évidemment pas de même pour l’électorat français en Israël.

Sauf erreur de notre part, il est admis que l’électorat bi-national, en Israël, est plutôt enclin à voter à gauche, d’où, sans doute l’une des motivations du voyage.

Mais, si les électeurs juifs en France ne jouent pas de rôle déterminant, il n’en est évidemment pas de même de l’électorat beur, qui, lui, risque de compter, d’où ces contorsions libano-palestiniennes, le voyage en Israël ne venant qu’à la fin du périple de Ségolène Royal, dont on devra se souvenir au moment du choix....


Les textes

Mots-clés

Accueil