’L’inspecteur Borat’ recherche la haine antijuive dans tous les mauvais coins

Par Charles Krauthammer - Jewish World Review - Adaptation française de Sentinelle 5767

dimanche 26 novembre 2006

« Borat » représente beaucoup de choses : un triomphe tordant de comique tarte à la crème et de scatologie, un faiseur d’argent fugitif d’une franchise bourgeonnante, la pire des choses arrivées au Kazakhstan depuis les hordes mongoles, et, comme l’éditorialiste David Brooks le souligne astucieusement, une démonstration suprême du snobisme des élites se délectant de l’humiliation du péquenaud ridiculisé.


Mais c’est quelque chose de plus, quelque chose à quoi Brooks fait allusion en passant mais qui nécessite au moins une explication : une manifestation non intentionnelle, révélatrice de l’attitude malheureuse que beaucoup ont à l’égard des Chrétiens de la classe ouvrière américaine, en particulier les ’évangéliques’.

Vous connaissez l’argument. Borat voyage à travers l’Amérique en faisant des remarques antisémites de manière à susciter une réponse d’acquiescement antisémite. Et avec assez de liqueur et de cajolerie, il y parvient. Dans la scène la plus fameuse de ce type (sur « Da Ali G Show », où le personnage est né), Borat chante « Jetez les Juifs dans le puits » dans un bar de l’Arizona pendant que les gars du coin s’y joignent.

Sacha Baron Cohen, le créateur de Borat, a révélé l’objectif de cette réalisation dans un entretien non conventionnel peu courant accordé à la revue ’Rolling Stone’, en partie pour démentir des accusations de faire la promotion de l’antisémitisme. D’un côté, cela serait surprenant, étant donné que Cohen est lui-même un Juif observant le shabbat. Sa défense est qu’il utilise l’antisémitisme de Borat comme un « outil » pour le révéler chez les autres. Et que son coup monté dans le bar de l’Arizona révélait, si ce n’est de l’antisémitisme, au moins de « l’indifférence » à l’antisémitisme. Et cela, maintient-il, était le chemin vers l’Holocauste.

Whoaaooo. Croit-il vraiment à une telle bêtise. ? Est-ce qu’un homme aussi intelligent (Cambridge [université de Boston, USA, Ndt], banquier d’investissement et désormais brillant réalisateur de cinéma) croit vraiment que l’indifférence à l’antisémitisme et la route vers l’Holocauste doivent être trouvés dans un bar country de l’ouest à Tucson ?

De toutes les boites à gin, de toutes les villes à travers le monde entier.

Avec l’antisémitisme renaissant en Europe, et rampant dans le monde islamique ; avec l’Iran acquérant l’arme ultime de génocide, et proclamant son intention de faire disparaître la plus grande communauté juive du monde (Israël) ; avec l’Amérique, et en particulier, ses Chrétiens ’évangéliques’ demeurant le seul groupe de non juifs voulant partout défendre cet avant-poste juif assiégé - le cœur du pays américain est-il vraiment le lieu de l’antisémitisme ? Est-ce bien la seule place où il faut aller le chercher ?

Au Venezuela, Hugo Chavez déclare que les « descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, se sont emparé de toute la richesse du monde ». Ce mois-ci même, Téhéran a accueilli un festival international de caricatures de l’Holocauste, représentant suffisamment de nez crochus et de cornes pour offrir à Goebbels un sourire posthume. A travers le monde islamique, les journaux et la télévision, les livres de classe et les sermons sont abreuvés du plus vil antisémitisme.

Baron Cohen pourrait facilement avoir trouvé ce qu’il cherche plus près de la maison. Il vient, après tout, d’Europe, où des synagogues sont incendiées et des cimetières profanés dans une reviviscence de l’antisémitisme - non pas une « indifférence » mais active - jamais vue depuis l’Holocauste. Où un juif peut être la proie de la torture jusqu’à la mort, aux mains de voyous français d’origine africaine. Où un intellectuel norvégien de premier plan - et toi, Norvège ? - se moque du « Peuple Elu par D.ieu » (« Nous rions de l’extravagance de ce Peuple, et pleurons à ses méfaits ») et appelle à la destruction d’Israël, « l’Etat fondé... sur les ruines d’une religion nationale archaïque et guerrière ».

Pourtant, au sein de cette obscurité convergente, un nombre alarmant de Juifs libéraux sont étreints par la notion que la vraie menace est tapie profondément dans le cœur des Américains protestants, plus spécialement chez les ’évangéliques’ du sud. Certains craignent que leurs enfants ne soient convertis ; d’autres, que sous la surface ne repose un pogrom prêt à survenir ; d’autres encore, que les ’évangéliques’ s’empareront du pouvoir à Washington pour mettre en pratique leur propre loi de la sharia.

Tout cela est parfaitement stupide. L’Amérique est le pays philosémite le plus accueillant, tolérant religieusement, dans le monde. Aucune nation depuis la grande Perse de Cyrus n’en n’a fait plus pour les Juifs. Et sa récompense est d’être exhibée comme étant antisémite de façon latente par un Juif nomade cherchant à faire rire, et, il nous l’assure solennellement, le chemin de l’Holocauste ?

Voyez. Harry Truman avait coutume de raconter des blagues juives moqueuses. Richard Nixon disait des choses méchantes sur les Juifs au gouvernement et ailleurs. Qui s’en soucie ? Truman et Nixon ont été les deux plus grands amis des Juifs de toute la période d’après guerre : Truman leur a assuré un refuge dans l’Etat d’Israël, et Nixon l’a sauvé de l’extinction pendant la guerre de Kippour.

Il est très difficile d’être un Juif aujourd’hui, en particulier dans l’Europe de Baron Cohen, où il est de nouveau acceptable de se servir des Juifs comme appâts. Mais c’est un signe de la désorientation d’un peuple en détresse et confus, pour que nous trouvions si difficile de distinguer nos amis de nos ennemis.


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