Quand les Juifs sont les nouvelles

Par Suzanne Fields - Jewish World Review - Adaptation française de Sentinelle 5767

mardi 31 octobre 2006

« La centralité juive » est une expression qui sonne comme si elle était frappée par un antisémite aigri. Mais c’est vraiment l’inspiration d’Adam Garfinkle, un Juif, écrivant dans le magazine « American Interest », pour attirer l’attention sur un phénomène qui a des racines dans l’antisémitisme, et va du stupide au sublime : « ...l’idée, ou l’information, ou l’hypothèse subconsciente... que les Juifs doivent d’une certaine manière se trouver au centre même des évènements historiques mondiaux ».


« La centralité juive » est bien évidente dans le recyclage des « Protocoles des Sages de Sion », texte fallacieux commandé par la police secrète du tsar pour un public russe à la fin du 19ème siècle, décrivant une cabale extravagante de Juifs qui s’organisent pour prendre le contrôle du monde. Certains critiques des néo-conservateurs, dont certains sont juifs, citent les Protocoles, soi-disant, dans leurs accusations sur le détournement de la politique étrangère américaine par les Juifs. D’autres, critiques d’Israël, font de l’hyperventilation sur la puissance du « lobby Israël ».

« Les Protocoles » sont bien sûr parmi les meilleures ventes dans plusieurs pays musulmans, dont la Turquie et l’Egypte, où elles ont fait l’objet d’une série télévisée. (Cependant, ce n’était pas « Sexe sémites dans la ville »). « Les Protocoles » ont été présentés sur les stands iraniens à la foire du livre de Frankfort l’an dernier « pour exposer le vrai visage de cet ennemi satanique » ; avec une édition abrégée du roman littéraire d’Henry Ford, « Le Juif International : le plus grand problème du monde » (qui ne fut jamais porté à l’écran). « L’emprise parasitaire de l’influence juive », affirme la préface de la nouvelle édition, « a grandi de plus en plus fort depuis [l’époque de Henry Ford] ».

De sérieux exemples de « centralité juive » sont reflétés dans l’obsession des médias au sujet de la mère juive du sénateur George Allen, née en Tunisie, à peine échappée de l’Holocauste ; et avant cela, avec les racines juives en Tchécoslovaquie de l’ancienne Secrétaire d’Etat Madeleine Albright. Les journaux nationaux, et les réseaux de télévision, ont passé beaucoup plus de temps à enquêter sur l’ascendance par le « sang » du sénateur et ses effets probables sur sa campagne de réélection, que sur le sang répandu au Darfour. « Pourquoi ? » demande Adam Garfinkle. « Parce que... les Juifs sont les nouvelles, et qu’il n’y a pas de Juifs au Darfour ». Cela n’empêche pas les théoriciens de la théorie de la conspiration dans d’autres pays, avec ou sans Juifs, d’être obsédés par le mythe de la sinistre puissance des Juifs.

La centralité juive de l’Allemagne est d’un ordre complètement différent. Aucune calomnie négative contre des Juifs ne demeure sans réponse dans les Cours de justice, ou dans les cours de l’opinion publique. Cela a à peine éliminé les préjugés contre les Juifs. Lors d’une gaminerie antisémite avec des échos du Troisième Reich, un étudiant de grande école d’Allemagne de l’Est a été contraint par de petites brutes, il n’y a pas longtemps, à porter un signe autour du cou dans la cour de l’école : « Dans cette ville, je suis le plus grand porc à cause de mes amis juifs ». L’enseignant le rapporta, le chef de la police resta ferme dans son indignation, et le ministre d’Etat de l’intérieur promit une enquête. L’Allemagne ne tolère pas l’exhibition publique de symboles nazis.

Mais la souche de l’antisémitisme dont beaucoup pensaient qu’elle allait disparaître après l’horreur de l’Holocauste a de nouveau surgi au Moyen-Orient, et parmi les compagnons de voyage européens des islamistes, dont la rhétorique a pour cible Israël, d’une manière que Hitler reconnaîtrait avec empressement. Israël est l’euphémisme pour le Juif diabolisé. Les Juifs deviennent, comme Jonathan Rosen l’a observé dans le ’New York Times’, des « emblèmes interchangeables du mal cosmique ».

Ce n’est pas seulement un geste sans signification que les cartes disponibles du Moyen-Orient montrent Israël effacé. Le Hezbollah a démontré sa capacité à envoyer des roquettes sur Israël, et la menace nucléaire iranienne est dirigée d’abord contre Israël.

Les Juifs demeurent des boucs émissaires commodes alors qu’ils continuent de hanter les fantasmes de ratiocineurs et de haïsseurs, qui veulent éviter la responsabilité de leur propre culpabilité. Dans les années 1930, on reprocha aux Juifs tout ce qui allait mal en Allemagne (et plus tard en Europe de l’Est). Aujourd’hui, ils sont perçus comme la cause séminale du terrorisme islamique, sujets aux mêmes vieux stéréotypes des médias qui prospéraient dans les journaux nazis. Se débarrasser des Juifs en Europe n’était pas assez.

« La centralité juive » sert un objectif spécifique à la fois au Moyen-Orient et en Europe. Elle unit les Musulmans contre un ennemi commun, et masque leurs propres divisions et mécontentements, qui seraient présents même s’il n’y avait pas d’Israël à haïr. Un nombre croissant de populations musulmanes en Europe menace la paix par des voies que les Juifs absents ne commettent pas. Mais on peut en faire le reproche aux Juifs, de toute façon.

Le récipiendaire du Prix Nobel de littérature hongrois, le romancier Imre Kertesz, observe que des Européens masquent leur critique d’Israël avec des accents mélancoliques sur l’Holocauste, mais usent du langage qui a conduit à Auschwitz. « Parce que Auschwitz est vraiment arrivé, il a imprégné notre imaginaire, il est devenu une part permanente de nous » dit-il. « Ce que nous sommes capables d’imaginer - parce que c’est vraiment arrivé - peut de nouveau arriver ».


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