Synagogues d’Istanbul : enquête conjointe des Turcs et des Israéliens

dimanche 16 novembre 2003

Au lendemain du double attentat meurtrier contre des synagogues d’Istanbul, les enquêteurs turcs rejoints par des experts israéliens parlaient dimanche d’actions parfaitement organisées, très probablement exécutées par des kamikazes en liaison avec des groupes terroristes internationaux tels qu’Al-Qaïda.


Signe des bonnes relations entretenues de longue date par les deux pays, le ministre israélien des Affaires étrangères Silvan Shalom a fait le voyage d’Istanbul pour exprimer sa solidarité avec la petite communauté juive (25.000 membres) de Turquie, un pays majoritairement musulman allié d’Israël.

« Ces attaques contre des personnes qui priaient sont des attentats lâches commis par des extrémistes qui ne veulent pas voir des pays partager des valeurs de démocratie, de liberté et d’Etat de droit », a déclaré le chef de la diplomatie israélienne, qui était accompagné de son homologue turc Abdullah Gul durant une partie de sa visite à Istanbul.

Même si six juifs figurent parmi les victimes décédées, le double attentat de samedi a tué principalement des passants musulmans. Le dernier bilan fait état au total de 23 morts et de 303 blessés, dont 66 étaient toujours hospitalisés dimanche.

« La probabilité que ces attaques soient des attentats-suicide est supérieure à 95% », a déclaré le ministre turc de l’Intérieur Abdulkadir Aksu, interrogé au téléphone d’Ankara par l’Associated Press. « Il est très probable qu’il y ait une connexion internationale. Nous n’excluons aucune possibilité, notamment celle d’une implication d’Al-Qaïda », a-t-il ajouté, en précisant que l’identité et la nationalité des auteurs n’étaient pas encore connues.

Interrogé d’Istanbul par la radio de l’armée israélienne, M. Shalom a préféré rester prudent sur les commanditaires de ces deux attentats survenus à quelques minutes d’intervalle. « D’après ce qui se dit ici, la direction (retenue par les enquêteurs) est plutôt celle d’Al-Qaïda selon le gouvernement turc, mais ce n’est pas encore définitif. Il y a des choses qui nécessitent encore enquête », a nuancé le ministre israélien.

En Israël, le porte-parole de la police Gil Kleiman a précisé qu’Israël avait envoyé sur place dès samedi soir deux experts en explosifs et deux experts en médecine légale.

La piste d’Al-Qaïda est évoquée bien que l’opération ait été revendiquée par un interlocuteur se réclamant du Front islamique des combattants du Grand Orient. Mais la police juge ce mouvement intégriste turc incapable de fomenter seul une telle attaque.

Quatre personnes qui avaient été interrogées dans le cadre de l’enquête sur ces attentats ont toutes été relâchées et mises hors de cause par les autorités, selon l’agence turque Anatolie.

D’après le quotidien turc « Radikal », les services secrets israéliens du Mossad avaient alerté en avril et en septembre les services de renseignement turc sur la préparation d’attentats contre les synagogues et contre des ressortissants israéliens et américains en Turquie.

Les premiers éléments recueillis par les enquêteurs turcs et leurs collègues israéliens dépêchés en renfort suggèrent que l’opération a nécessité une grande organisation.

Selon un haut responsable de la police cité par Anatolie, les deux camionnettes utilisées pour les attentats étaient piégées chacune avec 400kg d’explosif, un mélange de sulfate d’ammonium, de nitrates et d’un produit pétrolier compressé, le tout entouré de détergent. Les deux véhicules portaient de fausses plaques d’immatriculation.

Lors de son déplacement à Istanbul, Silvan Shalom a rendu visite au grand rabbin de la ville, Isak Haleva, qui a été légèrement blessé dans l’attentat. Le ministre a déposé une gerbe de fleurs sur les décombres devant les synagogues de Neve Shalom et de Beth Israel, distantes de cinq kilomètres.

Tenus à distance derrière des barrières de sécurité, des Turcs venus rendre hommage aux victimes ont lancé des oeillets blancs en signe de condoléances.


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