Israël accuse le Hezbollah de recourir à des « boucliers humains »

Michaëla Cancela-Kieffer - Agence France-Presse - Jérusalem

mardi 1er août 2006

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Israël, stigmatisé par la communauté internationale pour la mort dimanche de plus de 50 civils dans le bombardement de Cana, au Liban sud, affirme avoir été piégé par le Hezbollah et l’accuse d’utiliser des civils libanais comme « boucliers humains ». « Le Hezbollah cachait des roquettes dans des églises et dans des mosquées », s’est insurgé lundi, lors d’une session extraordinaire de la Knesset, le ministre de la Défense Amir Peretz.


Dès le 24 juillet, le coordinateur des affaires humanitaires de l’ONU, Jan Egeland, avait accusé le Hezbollah de « se fondre lâchement parmi femmes et enfants ».

L’argument avancé par les Israéliens n’est pas nouveau : l’armée israélienne a régulièrement accusé les groupes armés palestiniens de s’abriter derrière des civils.

Et dans les années 1980, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) était déjà accusée de faire la même chose. « Elle se servait des maisons et des villages comme bases pour ses campagnes (militaires) », assure ainsi à l’AFP un ancien stratège de l’armée, Avraham Tamir.

Plus récemment, lors du précédent bombardement de Cana en 1996, où 106 civils avaient péri, l’armée avait aussi avancé cet argument.

Concernant la nouvelle tragédie de Cana, le chef de l’armée de l’air israélienne, le général Amir Eshel, a même laissé entendre dimanche que le Hezbollah pouvait avoir caché des explosifs dans le bâtiment visé par les bombardements, entraînant une explosion ultérieure.

Il a souligné que quelque 150 roquettes avaient été tirées sur le nord d’Israël à partir de cette localité, menaçant les populations civiles d’Israël.

Samedi soir, avant les bombardements de Cana, le général Shuki Shahar, commandant-adjoint de la région nord d’Israël, affirmait que le Hezbollah tirait depuis la « lisière des villages », voire depuis « les centres » de localités libanaises.

« Malheureusement, en temps de guerre, il y a des victimes, en particulier si le Hezbollah s’en sert comme boucliers », a-t-il dit lors d’une conférence de presse à Safed, dans le nord d’Israël.

« Dans certains villages, le Hezbollah empêche les populations d’évacuer la zone, car il cherche à s’en servir comme boucliers », a-t-il encore affirmé.

Mais des organisations de défense des droits de l’Homme présentes sur le terrain, contestent ces affirmations.

« Nous n’avons découvert aucune preuve déterminante d’une utilisation de populations civiles comme boucliers humains », affirme Neil Sammonds, le spécialiste du Liban chez Amnesty international, joint par téléphone à Londres.

« Et même si c’était le cas, cela ne justifie pas pour autant le fait qu’Israël vise des cibles civiles », ajoute Neil Sammonds.

« À quelques reprises, nous avons constaté des sites de lancement proches de villages, mais certainement pas dans les proportions avancées par l’armée israélienne », déclare pour sa part Peter Bouckaert, de l’organisation américaine Human Rights Watch (HRW), joint au Liban.

HRW souligne par ailleurs, comme Amnesty international, qu’une telle éventualité, qui constituerait un crime de guerre selon ces deux organisations, « ne relèverait pas Israël de ses obligations » à l’égard des civils.

« Cela ne justifie pas l’ignorance par Israël des conséquences civiles d’une attaque », écrit Human Rights Watch.

« Même en cas de localisation illégale d’armements par le Hezbollah, ou de recours aux boucliers humains, Israël doit éviter des attaques qui pourraient causer des pertes civiles excessives en comparaison avec les avantages militaires anticipés », indique aussi Human Rights Watch.

« Nous estimons que l’armée israélienne ne prend pas toutes les précautions nécessaires », a aussi affirmé Lucy Mair, du bureau israélien de HRW, à l’AFP


P.S. d’après une recherche sur Google, cette dépêche n’a été publiée actuellement (8h30, heure de Jerusalem) que par un site canadien - Cyberpresse.ca, pourquoi les « grands » médias si prompts d’ordinaire à se faire les porte-voix de l’AFP, ont-ils oublié cette fois-ci de faire état de doute sur l"affaire de CANA ? ...


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