Quand la démocratie a bon dos

David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

mardi 4 juillet 2006

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La lecture des médias laisse parfois pantois......
Le Figaro du 4 juillet 2006 titrait, en première page : « L’Autorité palestinienne en sursis. La campagne israélienne contre le Hamas menace le processus démocratique  ».


En page 3, on découvre que cette façon de voir les choses émane d’un politologue palestinien, professeur à l’Université Bir Zeit ,de même que l’amalgame fait entre l’Autorité palestinienne, émanation du Fatah et le Hamas, qui a constitué, seul, pour l’instant le gouvernement palestinien.

Le quotidien parisien du matin doit, cependant, assumer seul le titre de cette page 3, qui présente le Hamas sous un jour sympathique : « le Hamas appelle à la libération du soldat Shalit « , tandis qu’ « Israël rejette l’ultimatum ».

Le Monde, daté du 5 juillet, est, lui plus équilibré, dans son titre à la Une : « Israël et Hamas cherchent un apaisement », tandis qu’en page 4 est annoncé en grand « A Gaza, expiration de l’ultimatum sur un échange de prisonniers ».

Mais, le « coup de pied de l’âne » se trouve plus bas, dans la même page.

A gauche, « d’anciens soldats de Tsahal » (quand on sait que tous les jeunes Israéliens sont pratiquement astreints au service militaire, cette qualification est dénuée de toute signification) « et activistes palestiniens » (on ne sait pas s’ils manient aussi bien la ceinture d’explosifs que la parole) « ensemble dans le combat pour la paix ».

Et à droite, le traditionnel reportage misérabiliste sur « Coupures d’électricité et manque de médicaments à l’hôpital Shifa ».

Mais - au risque de surprendre certains de nos lecteurs - c’est un sondage d’opinion réalisé par Jerusalem Media, publié dans Haaretz (et signalé dans la Newsletter du CRIF), qui nous a le plus surpris, du fait de l’absence de commentaires des journalistes du quotidien israélien et même des impressions encourageantes qu’ils semblaient en éprouver.

Or, ce sondage révèle que 54% des Palestiniens sont satisfaits du gouvernement du Hamas (le CRIF semble s’être trompé en indiquant 55%).

On comprend mal ce pourcentage, lorsqu’on apprend qu’en juin, les Palestiniens ne seraient plus que 30,8% à envisager de voter pour le Hamas, en cas de nouvelles élections, contre 41,4% en février (rappelons qu’aux élections de janvier 2006, le Hamas avait obtenu 42,9 % des voix ).

Le Fatah, parti du Président de l’Autorité palestinienne recueillerait, lui, 33,2% des voix (contre 31% lors d’un sondage en février, alors qu’en janvier il avait obtenu 42,9%).

Mais, surtout, ce qui nous paraît inquiétant c’est qu’il y a encore 44,8% des Palestiniens qui sont favorables aux attentats-suicides (contre 49,7% en février....Quel progrès !...).

Et cela nous amène, une fois de plus (v. ici même le 28 janvier dernier), à dénoncer la supercherie, complaisamment relayée par les médias français, voire par des responsables politiques, de la démocratie palestinienne.

Chacun sait que la Charte de l’OLP, sur laquelle repose le parti de Mahmoud Abbas contient toujours des dispositions visant à la destruction de l’ « entité sioniste », même s’il est vrai que ces dispositions déclarées caduques par Arafat, il y a une vingtaine d’années, n’ont toujours pas été formellement abrogées.

Du moins, le Président d’e l’Autorité (sic) palestinienne a expressément reconnu le droit à l’existence de l’Etat d’Israël, même s’il n’a jamais fait preuve d’un grand zèle pour faire rentrer dans le rang, ceux qui veulent toujours sa destruction et le manifestent par des attentats sanglants.

Mais le Hamas n’en est même pas là et on comprend mieux diverses statistiques précédemment mentionnées.

La Charte du Hamas est encore plus effrayante, par les ambitions impérialistes, dont elle témoigne.

Il est question de « hisser la bannière de l’Islam sur chaque pouce de la Palestine » (art. 6), la seule solution à la question palestinienne étant le djihad (art. 13).

Car, la Palestine est une « terre islamique » (art. 14), qui a été usurpée par les Juifs (art. 15 - la Charte utilise une minuscule, ce qui en dit long pour l’estime que l’on porte au peuple juif).

Enfin, mais on pourrait multiplier les citations qui témoignent des valeurs sur lesquelles le Hamas entend établir l’Etat palestinien, le Mouvement de la résistance islamique est « le fer de lance du cercle de lutte contre le sionisme mondial » (art. 32).

Seuls des esprits naïfs, ignorant la mise en oeuvre des idées développées dans Mein Kampf, pourront soutenir qu’il ne s’agit que de mots.

De même, il y a quelques jours encore (v. ici même le 1er juillet), nous dénoncions cette autre supercherie que serait une reconnaissance implicite, tandis que se poursuivaient les imprécations contre l’Etat d’Israël.

Au mieux, jusqu’à présent on n’a guère entendu parler que d’une trêve de longue durée (une sorte de couloir de la mort, en attendant une grâce hypothétique.....).

Certes, il n’y pas de définition officielle de la démocratie à laquelle Churchill, nous le rappelions, en janvier dernier, se ralliait, faute de mieux.

Toutefois, il ne suffit pas de mettre l’accent sur le fait que des élections se déroulent sans fraudes pour en déduire qu’on est en présence d’une démocratie.

Par ailleurs, il n’y a pas si longtemps encore, certains nous vantaient les mérites des « démocraties populaires »,

La démocratie implique l’adhésion à certaines valeurs parmi lesquelles la tolérance et le respect d’autrui.

Alors, aujourd’hui, la démocratie à l’iranienne ou la sauce du Hamas, non merci....

Comme le dit un slogan publicitaire : « Méfiez-vous des imitations ».


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