M. Claude Lamirand, à la suite de l’assassinat d’Ilan Halimi, et du courrier de Stéphane B. publié sur désinfos.

lundi 27 février 2006

M. Lamirand m’a profondément ému, aussi bien par sa sincèrité que par la délicatesse de ses sentiments.
Simon Pilczer


Cher Pilczer, et cher Stéphane B.

Ce doit être mon jour...Ce matin une amie de confession juive et de
nationalité française m’a appellé pour savoir si j’avais participé à la
manifestation à Lyon à la mémoire d’Ilan.

Je travaille le week-end et je n’ai pu m’y rendre. Mais je m’y associe.

Elle a deux enfants « profondément juifs » pour lesquels elle est
naturellement inquiète. Elle veut quitter la France avec toute sa famille
pour Israel. Je lui ai dit "Ne nous laissez pas seuls parce que vous n’êtes
pas seuls, même si vous êtes toujours une cible". Ma réponse, je l’ai compris
immédiatement après l’avoir faite, n’était pas celle de mon coeur mais
politique.

J’ai compris que j’aurais dû poser un jour de congé, et me rendre à la
manifestation, et je me suis senti « inconscient » quand elle m’a dit qu’il y
avait presque que des Juifs à cette manifestation.

J’ai donc compris l’intégralité de son inquiétude et de sa volonté de
quitter la France et j’ai mesuré le dérisoire et l’insuffisance de ma
réponse quand je lui ai dit "Mais la France, c’est votre pays. Vous (Je la
vouvoie parce qu’elle est plus âgée que moi) et moi nous sommes Français, du
même pays".

...mais alors j’étais oû ce matin ?

C’est à elle que j’avais demandé comment devenir Juif...

Et je suis « entré », du moins je le pense, dans la réalité du crime d’Ilan et
du sens qu’il a du côté Juif.

Ca ne m’a pas quitté de la journée et après quelques heures de cette
entretien o elle avait pris la peine de m’appeller au travail, ce qu’elle
n’avait jamais fait, j’ai cherché la réponse. Je ne sais pas comment
l’amener autrement que par la conversion, et je ne sais pas en plus si c’est
la bonne.

Ce que j’ai envie de faire, c’est de dire aux Juifs et à mon amie, que moi
aussi je suis Juif, que je suis concerné, que je suis atteint par ce crime.

Et pourtant, j’ai l’impression que le sentiment exact est celui de
l’abandon. Mais si vous partez, si vous ne nous faites pas confiance, nous
les Juifs « pressés » comme elle m’appelle, nous sentons aussi de l’abandon.

Il faut que nous nous battions ensemble, et elle me l’a proposé dans une
vague idée pour l’instant d’association à Villeurbanne entre les Juifs et
les non-Juifs. Je suis partant, je veux me battre pour que l’on reste
ensemble, et pour que moi, mais aussi d’autres comme moi, ne deviennent pas
un jour le sujet de votre défiance.

Nous avons en ce moment le fruit d’une génération d’importation du conflit
israélo-palestinien et de munichisme face au nazislamisme. Une génération de
mensonges sur la ressource idéologique de la « libération des peuples arabes ».
Nous sommes dans un pays dont le président de la République a fait des
funérailles de chef d’Etat à un terroriste anti-Juif, nous sommes dans un
pays où l’argent des contribuables français Juifs et non Juifs financent la
destruction d’Israel et la formation au nazislamisme dans les écoles du
Hamas.

Mais nous sommes aussi dans un pays ou tous les Français non-Juifs
n’approuvent pas la politique de leur gouvernement depuis une génération, et
cela, il faudrait aussi en tenir compte quand le moral baisse.

Je sais dans quel pays je suis. Je sais que je suis dans un pays qui a
participé à la Shoah. Je ne me sens pas de responsabilité moins coupable
que celle des Allemands. Je considère les Israéliens comme le témoin de
notre barbarie et j’aspire vraiment, idéalistement, à vivre un jour le
moment des retrouvailles.

Vous n’êtes pas seuls et nous qui ne sommes pas Juifs, nous savons votre
inquiétude mais nous n’arrivons pas facilement à comprendre pourquoi vous
pouvez avoir peur de vos voisins, ce qui se passe dans votre conscience,
dans votre coeur et cela, vous appartient.

J’ai lu votre texte, il me bouleverse et comme c’est la deuxième fois
aujourd’hui, il refroidit mon corps. Ne pensez pas ça de nous, restez avec
nous même si je comprend le pari que ça peut représenter pour vous.

Je vais aller voir mon amie demain. Je veux lui prendre les mains,
l’embrasser en espérant que ces gestes diront les mots que je n’arrive
toujours pas à trouver, parce que le crime d’Ilan me dépasse et parce que
votre peur me dépasse.

Du mieux que je peux comprendre et témoigner, conscient que je suis loin du
compte, déterminé à m’en approcher.

Claude Lamirand


From : <Pilczer
Subject : Trans. : Re : J’en ai marre.

Cher M. Lamirand,

Votre réaction chaleureuse me réconforte.

Vous semblez à un stade plus avancé que le Pasteur Niemöller qui fit un
véritable poème pour exprimer le délitement d’une société où la solidarité
est détruite.

J’ai adressé le texte de Stéphane B qui recouvre assez bien mon
sentiment.

Je me permetrai d’adresser le vôtre à mes amis en proposant de le publier.
Quant à vos réactions, chacun fait ses choix en son âme et conscience : la
conversion doit provenir d’une adhésion de foi plutôt que d’un sentiment
de culpabilité.

Mais la fraternité entre concitoyens est indispensable, de même que la
volonté de lutter avec acharnement et sans relâche contre
l’islamo-fascisme.

Très chaleureusement à vous,

Simon Pilczer


Cher Simon

Vous pouvez donner ma réponse si elle peut être utile au réconfort, a lutter
contre la solitude ressentie par les Français Juifs...et à celle que
finiront aussi par ressentir les Français comme moi, non-Juif mais "Juifs
friendly".

Vous avez raison, j’ai le sentiment de la culpabilité et il ne s’agit pas de
mon « travail de mémoire », mais du regard des Français Juifs sur moi, qui
avec leur idée de départ me laissent blessé et me font prendre conscience
que je n’ai pas posé les actes justes et pertinents qui leur permettraient
de compter sur moi, et sur les autres Français non-Juifs, pour conjurer leur
peur (que je comprends bien parce que je la ressens en partie mais forcément
pas comme un Juif). La vérité en fait est sans doute moins la culpabilité
qu’un déchirement. La France sans les Français Juifs, c’est comme un champ
de fleurs à une couleur ou un orchestre qui ne sait jouer qu’une seule
musique. Et personnellement, s’ils s’en vont, je perdrai l’accueil, la
gentillesse, les belles conversations pleines d’humour et de complicité
amicales et de confiance, d’estime qui rendent mes mots de description
impuissants à dire le bien être presque thérapeutique contre les aléas de la
vie qu’ils me donnent. Il ne s’agit pas de compte, pas de balance, mais je
crois que c’est tout simplement la peur de perdre des instants de purs
bonheurs qui marquent la pause dans les journées parfois éreintantes du
quotidien. Pour moi, ce n’est même pas de la politique, c’est personnel et
intime.

Après tout, si je ne peux devenir Juif, ça n’a pas grande importance parce
qu’il suffit simplement que je défende leur sécurité et leur tranquillité
pour préserver NOTRE bonheur comme s’il s’agissait, et en fait au final
c’est le cas, de ma propre sécurité et tranquillité, celle de ma famille, de
ma soeur, de mes neveux etc...

La description d’un sentiment c’est toujours quelque chose de borgne mais
pour moi c’est limpide et clair comme si on demande à un jeune marié s’il
aime la femme qu’il vient d’épouser : L’aimez vous ? Oui, je l’aime ! Net et
sans bavure.

Claude Lamirand


Le courrier des lecteurs

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