Banalité du mal

Jacques Tarnero - Primo Europe

samedi 25 février 2006

Pour qualifier l’action des nazis, Hanna Arendt, avait employé l’expression de « banalité du mal »,


Faudra t il en France parler de la « banalité barbare » pour qualifier l’assassinat d’Ilan Halimi ?

Nous restons abasourdis devant ce que nous apprenons depuis quelques jours. Cette horreur s’est déroulée en France, pas au Pakistan, pas en Irak. Durant des jours et des jours un homme a vécu un calvaire. Des petits voyous de banlieue ont torturé un homme et comme ils avaient estimé que juif voulait dire argent, alors ils en ont rajouté pour le laisser pour mort.

Cette histoire aurait pu paraître invraisemblable il y a quelques temps encore, mais ce passage à l’acte meurtrier était en fait un crime annoncé.

Déjà des jeunes filles, musulmanes avaient subi la loi des bandes et les codes culturels de ces bandes. Sohane avait péri brûlée vive et c’est ce qui a donné naissance à ce mouvement de Ni putes ni soumises. Tout récemment une autre jeune fille, Shérazade a aussi été aspergée d’essence et brûlée vive par son compagnon éconduit.

Avec Ilan Halimi c’est un échelon de plus qui a été franchi dans le passage à l’acte.

Or, il n’ y a de passage à l’acte que si des discours, un climat, des cautions sont présentes dans l’air du temps pour dire que c’est bien la haine des juifs, que cette haine est légitime et que ça fait plaisir de massacrer un juif.

Les bandes de tueurs nazis se recrutaient aussi dans le lumpen prolétariat allemand. Hitler leur avait soufflé, à ces abrutis sans cervelle, que les juifs étaient la cause de leur malheur.

Un film d’Ingmar Bergman, « l’œuf du serpent » raconte fantastiquement l’effondrement de cette Allemagne des années 30.

En sommes nous la ? Sommes nous arrivés en France en 2006 à un état de déréliction qui fait de la barbarie et de la haine antijuive, un menu quotidien, une chose banale ?

J’aimerais pouvoir répondre non.

J’aimerais croire que le virus antijuif n’a pas encore contaminé une partie de la jeunesse dite des banlieues qui voit dans le « juif riche » un ennemi à abattre

J’aimerais pouvoir dire qu’il y dans ce pays des forces suffisantes, des Churchill potentiels pour refuser cette insupportable déchéance.

Puisse la mort d’Ilan Halimi servir à ce sursaut.

Puisse ce crime ouvrir les yeux de ceux qui ne voulaient pas voir dès l’an 2000 ce qui s’est petit à petit installé dans ce pays.

Soyons des milliers, dans la rue dimanche prochain pour refuser la banalité de la barbarie.

Jacques Tarnero


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