Qui sème le vent

Albert Capino

dimanche 19 octobre 2003

Beaucoup se sont émus de la position de l’Elysée sur les déclarations répugnantes du Premier ministre malais.


Alors que Franco Frattini, ministre des Affaires Etrangères italien voulait inclure un texte dans la déclaration du sommet européen pour dénoncer les propos inacceptables tenus devant les participants à la conférence de l’OCI par Mahathir Mohamad, M. Chirac a jugé « qu’il n’y avait aucune place, pour un texte de la sorte, dans une déclaration de l’Union Européenne ».

En refusant à l’Union d’inclure officiellement une position condamnant de tels propos, M. Chirac et le Premier ministre grec Costas Simitis, ont commis une forfaiture d’une grande gravité.

Tout d’abord, devant le monde musulman lui-même, envers lequel ils ont manifesté un immense mépris, en le rabaissant à des propos d’une inqualifiable bêtise, directement inspirés d’une fiction digne des « Protocoles des Sages de Sion ». Propos prononcés officiellement à la tribune d’une conférence internationale, en 2003, prétendant que « les Juifs gouvernent le monde par procuration et qu’il fallait que les Musulmans s’unissent pour les vaincre » ;
Envers les Juifs, en acceptant une allusion directe à l’Holocauste : « Les Européens ont tué six millions de Juifs, sur 12 millions... Cette petite communauté est devenue une puissance mondiale », profanant ainsi la mémoire de six millions de victimes innocentes ;
Envers les Chrétiens, dont il sape les efforts d’une immense majorité pour se rapprocher des autres religions.

La réaction n’a pas tardé et M. Chirac a récolté la tempête : je ne parle pas du tollé que son blocage a soulevé, mais des remerciements du Dr. Mahathir Mohamad, qui a exprimé sa gratitude au Président français pour sa « compréhension » :

« Je suis content que M. Chirac au moins me comprenne, J’aimerais le remercier publiquement » a-t-il déclaré au « New Sunday Times ».

M. Chirac se voit ainsi placé officiellement sur un piédestal par un champion infatigable de la diatribe judéophobe, devant le Premier ministre grec qui, lui, ne voit pas le problème que pose des expositions à la gloire des bombes humaines à Athènes, capitale qui accueillera les jeux olympiques en 2004.

La France n’est pas un pays antisémite ? Certes M. le Président. C’est juste sa politique étrangère qui dénie à l’Etat d’Israël son droit à l’existence, vote des deux mains avec les pays arabes qui qualifient son droit à la légitime défense d’agression, élève sa voix pour condamner des mesures de protection contre les attentats visant ses citoyens et - cerise sur le gâteau - bloque une initiative de l’Union européenne pour condamner des propos de sinistre mémoire appelant ouvertement à l’élimination du peuple juif.

Après Durban, les simples résolutions à caractère raciste sont désormais devenues des déclarations d’intention.

En bâillonnant la voix quasi-unanime qui tentait de s’élever de l’Union européenne pour les condamner, votre silence n’est pas seulement la pire des violences, M. le Président, mais, par sa volonté délibérée, il devient complice de déclarations assassines.


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