Allocution par M. Shimon Samuels, délégué permanent du Centre Simon Wiesenthal à l’Assemblée plénière de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) à Varsovie.

vendredi 7 octobre 2005

Je suis arrivé à Varsovie ce matin, après avoir accompagné la dépouille de Simon Wiesenthal de Vienne en Israël. Hier soir, j’ai assisté à une commémoration où l’éloge funèbre a été prononcé par le représentant du Président Chirac.


A la fin de sa vie, Simon Wiesenthal était extrêmement déçu. Malgré l’existence de preuves incontestables, le négationnisme de la Shoah persiste. Malgré la renaissance d’une souveraineté juive après la Shoah, les Juifs sont encore diabolisés et vivent en danger ; et ceci, tout particulièrement, durant les cinq dernières années de Simon Wiesenthal.

L’Holocauste n’est pas seulement nié, il est aussi banalisé. Nous nous félicitons que la Pologne ait protesté contre un site web hollandais qui faisait la promotion de « Housewitz », l’agent de concerts de haine-techno. Le clip intitulé « Tanzen macht frei » montrait, en toile de fond, des atrocités « Housewitz/Auschwitz », des DJ nazis et des Juifs squelettiques. Nous demandons aux Pays-Bas et à la Belgique de fermer leur cyberespace à ces grossiers abus.

Nous apprécions que la Grèce ait répondu aux protestations du Centre Wiesenthal en interdisant le « Premier camp de jeunesse pan-européen » qui devait avoir lieu ce mois-ci dans le Péloponnèse.

Fidèles à notre esprit, selon lequel la haine doit être indivisible, nous avons insisté auprès du Danemark pour qu’il interdise la diffusion de Radio Holger de Copenhague, qui incite à la haine contre les Musulmans. Cette radio n’a été suspendue que pour trois mois. Nous demandons au Danemark de s’assurer que ses diffusions ne se renouvellent jamais. Simon Wiesenthal faisait encore part récemment de sa préoccupation : après des années de dialogue judéo-chrétien, certaines Eglises appellent à désinvestir d’Israël. Je cite notre lettre à l’Archevêque de Canterbury :

"Quand une Eglise (quelle qu’elle soit) appelle au boycott des Juifs (où que ce soit sur la terre de Dieu), la mémoire collective juive se refocalise. Les lumières baissent et le film commence à se dérouler :

un rapide retour en arrière sur l’accusation collective de déicide, Judas, le péché originel, la malédiction de l’Exil et l’errance perpétuelle, l’accusation de crime rituel, l’Inquisition, les théories du complot universel, le Protocole des Sages de Sion, les expulsions, les boycotts. En bref, lorsque vous dites « désinvestissement d’Israël », nous entendons « kaufen nicht Bei Juden » (n’achetez pas chez les Juifs) et nous sommes emplis d’une immense tristesse devant les dégâts causés à des décennies de dialogue intellectuel."

Monsieur le Président, nous avons pensé que ce film s’était enfin achevé au bout de deux millénaires, que les lumières se rallumeraient et que nous pourrions regarder de l’avant vers une Chrétienté qui aurait banni à tout jamais ces ombres.

Monsieur le Président, nous proposons que ce sujet soit examiné au sein de l’OSCE, comme catalyseur du renouvellement de cette vieille version de l’antisémitisme que nous croyions disparue depuis longtemps.

Pour terminer, et en accord avec les démarches faites à l’Assemblée générale des Nations Unies et au Parlement européen, pourrions-nous proposer que l’OSCE recommande à ses 55 Etats membres d’adopter un Jour anniversaire de commémoration de la Shoah le 27 janvier (jour de la libération d’Auschwitz en 1945) ?

Bien que cela ait été déjà adopté dans certains Etats, cela n’est pas encore universel. Le rendre tel serait, Monsieur le Président, l’ultime mémorial dressé au travail de toute une vie de Simon Wiesenthal.

Merci, Monsieur le Président.


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