Texte du discours d’Ariel Sharon à l’Assemblée Générale de l’ONU, le 15 septembre 2005

Adaptation française de Simon Pilczer

vendredi 16 septembre 2005

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Mes amis et collègues, dirigeants et représentants des Etats membres de l’ONU, je suis arrivé ici de Jérusalem, la capitale du Peuple juif depuis plus de 3000 ans, et la capitale éternelle et indivisible de l’Etat d’Israël.

Dès le départ, je voudrais exprimer mes sentiments profonds d’empathie du Peuple d’Israël pour la nation américaine, et nos sincères condoléances aux familles qui ont perdu leurs chers disparus. Je souhaite encourager mon ami, le Président George W. Bush, et le Peuple américain, dans leurs efforts déterminés d’assistance aux victimes du cyclone, et de reconstruction des ruines après les destructions. L’Etat d’Israël, auprès duquel les Etats Unis se sont tenus dans les temps d’épreuve, est prêt à apporter toute l’assistance dont il dispose dans cette immense mission humanitaire.

Mesdames et Messieurs,

Je me tiens devant vous à la porte des nations comme un Juif et comme un citoyen de l’Etat d’Israël démocratique, libre et souverain, un fier représentant d’un Peuple antique, dont le nombre est peu élevé, mais dont la contribution à la civilisation et aux valeurs de l’éthique, de justice et de foi, emplit le monde, et recouvre l’histoire.
Le Peuple juif possède une longue mémoire, la mémoire qui a réuni les exilés d’Israël pendant des milliers d’années : une mémoire qui prend son origine dans le commandement de D.ieu à notre patriarche Abraham : « Va vers toi ! » et s’est poursuivie avec la réception de la torah au pied du Mont Sinaï et dans les errances des enfants d’Israël dans le désert, conduits par Moïse dans leur voyage vers la terre promise, la terre d’Israël.

Je suis né sur la terre d’Israël, fils de pionniers - des gens qui labouraient la terre et ne recherchaient pas les combats - qui ne sont pas venus en Israël pour déposséder ses résidents. Si les circonstances ne l’avaient pas exigé, je ne serais pas devenu un soldat, mais plutôt un fermier et un agriculteur. Mon premier amour a été, et demeure, le travail manuel, semer et récolter, les pâtures, le troupeau et le bétail.

Je tends la main aujourd’hui, comme celui dont la vie l’a conduit à être un combattant et un commandant dans les guerres d’Israël, à nos voisins Palestiniens dans un appel à la réconciliation et au compromis pour mettre fin à un conflit sanglant, et nous engager dans le chemin qui conduit à la paix et à la compréhension entre nos deux Peuples. Je considère cela comme ma vocation et ma principale mission pour les années à venir.

La terre d’Israël m’est précieuse, précieuse pour nous, le Peuple juif, plus que tout. Renoncer à une part de l’héritage de nos ancêtres brise le coeur, et c’est aussi difficile que diviser la Mer rouge. Chaque pouce de la terre, chaque colline et chaque vallée, chaque torrent et chaque rocher, est saturé d’histoire juive, empli de nos souvenirs. La continuité de la présence du Peuple juif sur la terre d’Israël n’a jamais cessé. Même ceux d’entre nous qui étaient exilés de notre pays, contre leur volonté, aux extrémités de la terre - leurs âmes, dans toutes les générations, sont restées attachées à leur patrie, par des milliers de fils cachés de désir ardent et d’amour, exprimés trois fois par jour dans la prière et les chants de nostalgie.

La terre d’Israël est la Bible ouverte, le testament écrit, l’identité et le droit du Peuple juif. Sous ses cieux, les prophètes d’Israël ont exprimé leurs revendications de justice sociale, et leur vision éternelle d’alliances entre les Peuples, dans un monde qui ne connaîtrait plus de guerre. Ses villes, villages, ses panoramas, ses crêtes, ses déserts et ses plaines conservent comme de loyaux témoins leurs noms hébreux antiques. Page après page, notre pays unique se déploie, et dans son coeur se trouve la Jérusalem unifiée, la cité du Temple sur le Mont Moriah, l’axe de la vie du Peuple juif à travers toutes les générations, et le siège de ses désirs ardents et de ses prières depuis 3000 ans. La ville à laquelle nous avons promis une éternelle fidélité, qui bat pour toujours dans chaque coeur juif. « Si je t’oublie, O Jérusalem, que ma main droite perde son habileté ! »

Je rappelle ces choses parce qu’elles sont l’essence de ma conscience juive, et ma croyance et dans le droit éternel et inaliénable du Peuple d’Israël à la terre d’Israël. Cependant, je dis cela ici également pour souligner l’immensité de la douleur que je ressens au fond de mon coeur en reconnaissant que nous devons faire des concessions au nom de la paix entre nous et nos voisins palestiniens.

Le droit du Peuple juif sur la terre d’Israël ne signifie pas ne pas prendre en compte les droits des autres sur la terre. Les Palestiniens seront toujours nos voisins. Nous les respectons, et nous n’aspirons pas à les gouverner. Ils ont aussi le droit à la liberté et à une existence nationale, souveraine dans leur propre Etat.

Cette semaine, le dernier soldat israélien a quitté la bande de Gaza, et la loi militaire a pris fin. L’Etat d’Israël a prouvé qu’il est prêt à faire des concessions douloureuses de façon à résoudre le conflit avec les Palestiniens. La décision de désengagement a été très difficile pour moi, et implique un prix personnel très lourd. Cependant, c’est la reconnaissance absolue que c’est la bonne voie pour le futur d’Israël qui m’a guidé. La société israélienne subit une crise difficile comme conséquence du désengagement, et elle doit aujourd’hui guérir ses désaccords.

Maintenant c’est au tour des Palestiniens de prouver leur désir de paix. La fin du contrôle israélien et de leur responsabilité sur la bande de Gaza permet aux Palestiniens, s’ils le souhaitent, de développer leur économie et de construire une société à la recherche de la paix, qui soit développée, libre, respectant la loi, transparente, et qui adhère aux principes démocratiques. Le test le plus important auquel la direction palestinienne sera confrontée sera de remplir leurs engagements à mettre fin au terrorisme et à ses infrastructures, à éliminer le régime anarchique des gangs armés, et à faire cesser l’incitation et l’endoctrinement à la haine envers Israël et les Juifs.

Jusqu’à ce qu’ils fassent cela - Israël saura comment se défendre lui-même contre les horreurs du terrorisme. C’est pourquoi nous avons construit une barrière de sécurité, et nous continuerons sa construction jusqu’à ce qu’elle soit achevée, comme le ferait tout autre pays défendant ses citoyens. La barrière de sécurité empêche des terroristes et des assassins d’arriver dans des centres de villes chaque jour, et de viser des citoyens allant à leur travail, des enfants allant à l’école, et des familles assises ensemble dans des restaurants. Cette barrière est indispensable, vitale. Cette barrière sauve des vies !

L’exécution réussie du Plan de Désengagement ouvre une fenêtre d’opportunité pour avancer vers la paix, en accord avec les séquences de la feuille de route. L’Etat d’Israël est engagé dans la feuille de route et dans l’exécution des accords de Sharm el Sheikh. Et j’espère qu’il sera possible, à travers eux, de renouer le processus politique.

Je suis parmi ceux qui croient qu’il est possible d’obtenir un compromis équitable et une coexistence en relations de bon voisinage entre les Juifs et les Arabes. Cependant, je dois souligner un fait : il n’y aura pas de compromis sur le droit d’Israël à l’existence en tant qu’Etat juif, avec des frontières défendables, en toute sécurité, et sans menaces ni terrorisme.

J’appelle la direction palestinienne à montrer sa détermination et sa capacité à diriger, et à éliminer le terrorisme, la violence et la culture de haine dans nos relations. Je suis certain qu’il est en notre pouvoir de présenter à nos peuples un horizon nouveau et prometteur, un horizon d’espoir.

Distingués représentants,

Comme je l’ai mentionné, le Peuple juif possède une longue mémoire. Nous nous rappelons des évènements qui ont eu lieu il y a des milliers d’années, et nous souvenons certainement d’évènements qui ont eu lieu dans cette salle il y a 60 ans. Le Peuple juif se souvient du vote historique de l’Assemblée de l’ONU le 29 novembre 1947, quand des représentants des nations ont reconnu notre droit à un renouveau national dans notre patrie historique.
Cependant, nous nous souvenons aussi les douzaines de décisions sévères et injustes rendues par les Nations Unies au cours de années. Et nous savons que, même aujourd’hui, il y en a qui sont assis ici comme représentants d’un pays dont la direction appelle à effacer Israël de la surface de la terre, et personne n’en parle.

Les tentatives de ce pays de se doter lui-même d’armes nucléaires doivent troubler le sommeil de chacun de ceux qui désirent la paix et la stabilité au Moyen-Orient et dans le monde entier. L’association d’un fondamentalisme opaque et le soutien aux organisations terroristes crèe une sérieuse menace contre laquelle chaque nation membre de l’ONU doit se dresser.

J’espère que les réformes d’ensemble que les Nations Unies entreprennent pour leur 60ème anniversaire inclueront un changement fondamental et une amélioration dans l’approche des Nations Unies, ses organisations et ses institutions, envers l’Etat d’Israël.

Mes chers collègues et réprésentants,

La paix est une valeur suprême dans la tradition juive, et c’est l’objectif désiré de notre politique. Après un long trajet d’errances et de duretés pour le Peuple juif ; après l’holocauste qui a fait disparâtre un tiers de notre Peuple ; après la longue lutte ardue pour le renouveau ; après plus de 57 années ininterrompues de guerres et de terrorisme qui n’ont pas arrêté le développement de l’Etat d’Israël ; après tout cela - le désir de notre coeur était et demeure d’obtenir la paix avec nos voisins. Notre désir de paix est assez puissant pour assurer que nous l’atteindrons, seulement si nos voisins sont de réels partenaires dans cet objectif tant attendu. Si nous réussissons à travailler ensemble, nous pouvons transformer notre parcelle de terre, qui est chère aux deux Peuples, d’une terre de dispute en une terre de paix - pour nos enfants et nos petits enfants.

Dans quelques jours dans le calendrier hébraïque, la nouvelle Année commencera, l’année 5766 depuis la création. Selon la croyance juive, les destins des gens et des nations sont déterminés au nouvel An par le Créateur - pour être épargné ou pour être condamné. Puisse le D. Un, le Saint, béni soit-il, faire en sorte que cette année, notre destin et le destin de nos voisins soit la paix, le respect mutuel, et de bonnes relations de voisinage.

De cette estrade distinguée, au nom du Peuple d’Israël, je souhaite à tous les Peuples du monde une heureuse nouvelle année.

ShanaTova !


Text of Ariel Sharon’s speech to the UN General Assembly, September 15, 2005

My friends and colleagues, heads and representatives of the UN member states, I arrived here from Jerusalem, the capital of the Jewish people for over 3,000 years, and the undivided and eternal capital of the State of Israel.

At the outset, I would like to express the profound feelings of empathy of the people of Israel for the American nation, and our sincere condolences to the families who lost their loved ones. I wish to encourage my friend, President George Bush, and the American people, in their determined efforts to assist the victims of the hurricane and rebuild the ruins after the destruction. The State of Israel, which the United States stood beside at times of trial, is ready to extend any assistance at its disposal in this immense humanitarian mission.

Ladies and Gentlemen,

I stand before you at the gate of nations as a Jew and as a citizen of the democratic, free and sovereign State of Israel, a proud representative of an ancient people, whose numbers are few, but whose contribution to civilization and to the values of ethics, justice and faith, surrounds the world and encompasses history. The Jewish people have a long memory, the memory which united the exiles of Israel for thousands of years : a memory which has its origin in G-d’s commandment to our forefather Abraham : « Go forth ! » and continued with the receiving of the Torah at the foot of Mount Sinai and the wanderings of the children of Israel in the desert, led by Moses on their journey to the promised land, the land of Israel.

I was born in the Land of Israel, the son of pioneers - people who tilled the land and sought no fights - who did not come to Israel to dispossess its residents. If the circumstances had not demanded it, I would not have become a soldier, but rather a farmer and agriculturist. My first love was, and remains, manual labor ; sowing and harvesting, the pastures, the flock and the cattle.

I, as someone whose path of life led him to be a fighter and commander in all Israel’s wars, reaches out today to our Palestinian neighbors in a call for reconciliation and compromise to end the bloody conflict, and embark on the path which leads to peace and understanding between our peoples. I view this as my calling and my primary mission for the coming years.

The land of Israel is precious to me, precious to us, the Jewish people, more than anything. Relinquishing any part of our forefathers’ legacy is heartbreaking, as difficult as the parting of the Red Sea. Every inch of land, every hill and valley, every stream and rock, is saturated with Jewish history, replete with memories. The continuity of Jewish presence in the Land of Israel never ceased. Even those of us who were exiled from our land, against their will, to the ends of the earth - their souls, for all generations, remained connected to their homeland, by thousands of hidden threads of yearning and love, expressed three times a day in prayer and songs of longing.

The Land of Israel is the open Bible, the written testimony, the identity and right of the Jewish people. Under its skies, the prophets of Israel expressed their claims for social justice, and their eternal vision for alliances between peoples, in a world which would know no more war. Its cities, villages, vistas, ridges, deserts and plains preserve as loyal witnesses its ancient Hebrew names. Page after page, our unique land is unfurled, and at its heart is united Jerusalem, the city of the Temple upon Mount Moriah, the axis of the life of the Jewish people throughout all generations, and the seat of its yearnings and prayers for 3,000 years. The city to which we pledged an eternal vow of faithfulness, which forever beats in every Jewish heart : « If I forget thee, O Jerusalem, may my right hand forget its cunning ! »

I say these things to you because they are the essence of my Jewish consciousness, and of my belief in the eternal and unimpeachable right of the people of Israel to the Land of Israel. However, I say this here also to emphasize the immensity of the pain I feel deep in my heart at the recognition that we have to make concessions for the sake of peace between us and our Palestinian neighbors.

The right of the Jewish people to the Land of Israel does not mean disregarding the rights of others in the land. The Palestinians will always be our neighbors. We respect them, and have no aspirations to rule over them. They are also entitled to freedom and to a national, sovereign existence in a state of their own.

This week, the last Israeli soldier left the Gaza Strip, and military law there was ended. The State of Israel proved that it is ready to make painful concessions in order to resolve the conflict with the Palestinians. The decision to disengage was very difficult for me, and involves a heavy personal price. However, it is the absolute recognition that it is the right path for the future of Israel that guided me. Israeli society is undergoing a difficult crisis as a result of the Disengagement, and now needs to heal the rifts.

Now it is the Palestinians’ turn to prove their desire for peace. The end of Israeli control over and responsibility for the Gaza Strip allows the Palestinians, if they so wish, to develop their economy and build a peace-seeking society, which is developed, free, law-abiding, transparent, and which adheres to democratic principles. The most important test the Palestinian leadership will face is in fulfilling their commitment to put an end to terror and its infrastructures, eliminate the anarchic regime of armed gangs, and cease the incitement and indoctrination of hatred towards Israel and the Jews.

Until they do so - Israel will know how to defend itself from the horrors of terrorism. This is why we built the security fence, and we will continue to build it until it is completed, as would any other country defending its citizens. The security fence prevents terrorists and murderers from arriving in city centers on a daily basis and targeting citizens on their way to work, children on their way to school and families sitting together in restaurants. This fence is vitally indispensable. This fence saves lives !

The successful implementation of the Disengagement Plan opens up a window of opportunity for advancing towards peace, in accordance with the sequence of the Roadmap. The State of Israel is committed to the Roadmap and to the implementation of the Sharm El-Sheikh understandings. And I hope that it will be possible, through them, to renew the political process.

I am among those who believe that it is possible to reach a fair compromise and coexistence in good neighborly relations between Jews and Arabs. However, I must emphasize one fact : there will be no compromise on the right of the State of Israel to exist as a Jewish state, with defensible borders, in full security and without threats and terror.

I call on the Palestinian leadership to show determination and leadership, and to eliminate terror, violence and the culture of hatred from our relations. I am certain that it is in our power to present our peoples with a new and promising horizon, a horizon of hope.

Distinguished representatives,

As I mentioned, the Jewish people have a long memory. We remember events which took place thousands of years ago, and certainly remember events which took place in this hall during the last 60 years. The Jewish people remember the dramatic vote in the UN Assembly on November 29, 1947, when representatives of the nations recognized our right to national revival in our historic homeland. However, we also remember dozens of harsh and unjust decisions made by United Nations over the years. And we know that, even today, there are those who sit here as representatives of a country whose leadership calls to wipe Israel off the face of the earth, and no one speaks out.

The attempts of that country to arm itself with nuclear weapons must disturb the sleep of anyone who desires peace and stability in the Middle East and the entire world. The combination of murky fundamentalism and support of terrorist organizations creates a serious threat that every member nation in the UN must stand against.

I hope that the comprehensive reforms which the United Nations is undergoing in its 60th anniversary year will include a fundamental change and improvement in the approach of the United Nations, its organizations and institutions, towards the State of Israel.

My fellow colleagues and representatives,

Peace is a supreme value in the Jewish legacy, and is the desired goal of our policy. After the long journey of wanderings and the hardships of the Jewish people ; after the Holocaust which obliterated one third of our people ; after the long and arduous struggle for revival ; after more than 57 consecutive years of war and terror which did not stop the development of the State of Israel ; after all this - our heart’s desire was and remains to achieve peace with our neighbors. Our desire for peace is strong enough to ensure that we will achieve it, only if our neighbors are genuine partners in this longed-for goal. If we succeed in working together, we can transform our plot of land, which is dear to both peoples, from a land of contention to a land of peace - for our children and grandchildren.

In a few days time on the Hebrew calendar, the New Year will begin, the 5,766th year since the Creation. According to Jewish belief, the fates of people and nations are determined at the New Year by the Creator - to be spared or to be doomed. May the Holy One, blessed be He, determine that this year, our fate and the fate of our neighbors is peace, mutual respect and good neighborly relations.

From this distinguished podium, on behalf of the people of Israel, I wish all the people of the world a happy New Year.

Shana Tova !


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