Le Sinaï devenu bastion terroriste, Israël préfère l’armée égyptienne au pouvoir, au chaos

Hélène Keller-Lind

lundi 19 août 2013, par Desinfos

A voir la situation anarchique dans le Sinaï devenu aujourd’hui repaire de terroristes particulièrement actifs on comprendra qu’Israël préfère une reprise en mains par l’armée égyptienne plutôt que le chaos qui menace ce pays clef du Proche-Orient. Celle-ci y opère d’ailleurs contre des groupes terroristes avec le feu vert d’Israël, condition sine qua non compte tenu des accords de paix entre les deux pays. Arabie saoudite et Émirats Arabes Unis soutiennent le nouveau pouvoir au Caire, le Qatar, soutien des Frères musulmans jurant ses grands dieux à Paris n’œuvrer que pour le peuple égyptien, ce que dément pourtant la tonalité de sa chaîne Al-Jazeera.


Des fuites reprises par le New York Times  : l’armée ou le chaos

Bien que le Premier ministre Netanyahou ait demandé aux responsables gouvernementaux de ne faire aucun commentaire sur la situation en Égypte les déclarations d’un « haut responsable » israélien ayant « préféré garder l’anonymat » ont été publiées par le New York Times le 18 août 2013. Selon lui il y aurait une activité diplomatique israélienne intense pour tenter de préserver la stabilité en Égypte avant toute chose. Avant même se soucier de démocratie ou droits de l’homme, commente le quotidien new-yorkais. Car, dit-il « à l’heure actuelle c’est l’armée ou le chaos ».

Un soutien qui, pourtant, est-il souligné, doit être des plus discrets pour ne pas provoquer de réaction hostile dans le monde musulman, traditionnellement très largement hostile à l’État hébreu. Des rumeurs circulant déjà prétendant que la mère du général al-Sissi serait juive, excellente manière de le délégitimer, ce que n’hésitent pas à s’empresser de faire, par exemple, certains soi-disant « pro-palestiniens » ...

« Il est hors de question de céder à la violence »

Tout ceci se jouant sur fond de violences un peu partout en Égypte ayant fait des centaines de morts et de blessés parmi les manifestants pro-Morsi, les forces de l’ordre, des Coptes – bouc émissaire local, avec nombre d’églises brûlées – des attaques terroristes perpétrées dans le Sinaï contre des forces égyptiennes, comme ce jour, près de Rafah, 25 soldats ayant été assassinés ; ou, il y a quelques jours, contre la ville d’Eilat – n’ayant pas fait de victimes -. « Il est hors de question de céder à la violence » déclarait le général El-Sissi, ajoutant « que faire lorsque des snipers tirent sur les forces de l’ordre ? » ou « dans un sit-in aussi vaste il suffit de 20, 30, 50 hommes armés pour provoquer un bain de sang ».

Laurent Fabius reçoit les ministres des Affaires étrangères du Qatar et de l’Arabie saoudite

A Paris le ministre des Affaires étrangères qatari – le Qatar soutenant les Frères musulmans – a été reçu par Laurent Fabius le 18 août, le ministre des Affaires étrangères français en appelant à un arrêt rapide des effusions de sang et à un dialogue inter-égyptien, aussi difficile soit-il. Laurent Fabius devant recevoir le ministre des Affaires étrangères saoudien dans la foulée – l’Arabie saoudite, avec les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, le Koweït, soutiennent l’actuel pouvoir en Égypte - . En réponse aux menaces américaines ou européennes de suspension éventuelle des aides financières à l’Égypte le Prince Saoud al-Faisal, après avoir rencontré le Président français à Paris, déclarait le 19 août que les pays arabes et islamiques se substitueraient la cas échéant à ces bailleurs de fonds

Le ministre qatari affirmait à Paris que l’aide de son pays n’avait pas été destinée à un seul parti mais pour le peuple égyptien dans son ensemble, se prononçant également pour un arrêt des violences et un dialogue impliquant tous les divers partis, Frères musulmans y compris, donc—egypt-and-not-for—a-party,-says-fm. Alors qu’il est désormais question en Égypte de dissoudre cette organisation à laquelle appartient le Président déposé. Elle avait gagné les élections à une très courte majorité, mais sa manière de gouverner avait suscité le rejet d’une grande partie de la population égyptienne descendue dans la rue pour y manifester et réclamer son départ.

La bénévolence impartiale du Qatar, soutien de la Confrérie des Frères musulmans, y compris de sa branche palestinienne, le Hamas, n’est cependant pas si évidente... Ce que l’on remarquera dans une émission de sa chaîne de télévision, Al-Jazzera, Inside Story – vu de l’intérieur -, du 19 août dont thème était « Quel avenir pour les Frères musulmans ? » La parole est donnée à trois intervenants, un journaliste britannique de The Independant, prenant clairement position contre l’armée, une porte-parole des Frères musulmans, qui nie qu’il y ait eu aucune violence de leur part au cours de leur histoire – ce qui est démenti par les faits-, Wael Nawara, cofondateur du mouvement Al Dostour, fondé par Mohamed ElBaradei, - qui avait demandé à l’armée d’intervenir pour protéger les manifestants anti-Morsi, avant de finir par démissionner de son poste de vice-Président devant l’ampleur des violences -. Wael Nawara fait remarquer au journaliste interviewer qu’il n’a pratiquement pas eu la parole au cours du débat...Ce qui est reflété dans le compte-rendu écrit de l’émission qui ne cite que les deux autres intervenants. Notamment Mona al-Qazzaz qui accuse le pouvoir en place aujourd’hui d’être, entre autres, une « mafia illégitime...arrivée sur des tanks ».


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