Négocier comme le souhaite John Kerry ? Double langage palestinien habituel

Hélène Keller-Lind

mardi 4 juin 2013, par Desinfos

John Kerry soulignait le 3 juin, lors du Forum Monial de l’American Jewish Committee, qu’il s’est déjà rendu par trois fois au Proche-Orient depuis qu’il est Secrétaire d’État pour faire redémarrer les négociations entre Israël et les Palestiniens. Le négociateur en chef Saëb Erekat affirme que côté palestinien tout est fait dans ce sens, tout en posant des conditions préalables en prétendant qu’elles n’en sont pas. Mahmoud Abbas dit vouloir renégocier mais annonce qu’il n’y aura aucun compromis sur Jérusalem et accuse Israël de menacer les fondations de la mosquée Al-Aksa.


John Kerry rassure l’American Jewish Committee, lui demandant son soutien pour pousser Israël vers la table des négociations.

Le Secrétaire d’État américain ne ménage aucun effort pour tenter de relancer les négociations entre Israël et les Palestiniens, estimant que le temps presse si l’on veut parvenir à une solution satisfaisante pour les deux parties. C’est dans ce but qu’il s’est rendu par trois fois déjà au proche-Orient depuis sa nomination en février dernier et qu’il va s’y rendre à nouveau. Ce qu’il rappelait en prononçant un discours à la fois très amical, sur le plan personnel, et très rassurant, réaffirmant l’amitié des États-Unis ou du Président Obama pour Israël, leur engagement indéfectible pour sa sécurité.Discours prononcé devant l’American Jewish Committee à l’occasion de son Forum Mondial le 3 juin.

John Kerry affirmait être très conscient des dangers auxquels est confronté Israël et qu’il nomme : l’Iran, à qui « les États-Unis ne permettront pas d’acquérir l’arme nucléaire, les troubles en Syrie, un Hezbollah qui est une dangereuse marionnette terroriste de l’Iran qui a amassé des roquettes et a attaqué Israël, les retombées du printemps arabe »...

Le Secrétaire d’État partageait également une anecdote évoquant le jour où on lui laissa piloter un jet de l’armée de l’air israélienne, ce qui lui donna l’occasion de se rendre compte de l’exiguïté du territoire israélien, dit-il, ajoutant cette boutade : « j’ai bien failli violer à la fois l’espace aérien égyptien et jordanien ! ». Il se rendit compte, dit-il « à quel point la sécurité d’Israël est vulnérable. Il n’y a tout simplement pas de place pour la moindre erreur, cela je l’ai compris ».

Il répondait par ailleurs aux inquiétudes qu’il a entendues mainte fois concernant un éventuel retrait israélien, compte tenu de ce qu’ont provoqué le retrait de la Bande de Gaza et du Liban, avec l’implantation du Hamas dans un cas et celle du Hezbollah dans l’autre. Selon lui, la différence avec la paix avec la Jordanie et l’Égypte est que dans ces deux derniers cas il ne s’agissait pas d’accords négociés mais de retraits unilatéraux.

John Kerry évoquait la série de déceptions engendrées par les tentatives de négociations passées, citant même Yasser Arafat qui lors d’un déjeuner à Ramallah lui avait dit, à propos des négociations de Taba, « vous savez, c’est mon grand regret, j’aurais dû dire oui ». L’heure n’étant plus aux regrets, dit-il, il faut négocier dans ce nouveau contexte qui est celui de la région au lendemain des révolutions arabes. Et il demandait son appui dans ce sens à l’American Jewish Committee.

Pré-conditions habituelles portant sur un gel des « colonies », un accord préalable pour « les frontières de 1967 »

Côté palestinien, les efforts déployés par le Secrétaire d’État sont reconnus. Mais, déjà, on entend le double langage habituel. En effet, le négociateur en chef Saëb Erekat, bien qu’affirmant que les Palestiniens « font tous les efforts possibles » dans le sens d’une reprise, pose déjà des conditions qu’il prétend ne pas en être. Accusant Israël de vouloir « construire des colonies illégales et de démolir des habitations palestiniennes », il déplore que « vingt ans après des négociations en profondeur à Oslo, au Caire et à Amman, nous n’avons pas un seul dirigeant israélien qui puisse prononcer ces mots : « nous voulons deux États avec les frontières de 1967 »

Un diktat repris par Hussein al-Sheikh, un responsable palestinien qui déclare : « cesser les activités de colonisation est une obligation, pas une condition. Nous voulons deux États sur les frontières de 1967 »

Abbas mentionne les exigences palestiniennes connues et tente d’enflammer le monde arabo-musulman en prétendant qu’Al-Akas serait menacée

Mahmoud Abbas, quant à lui, ne s’embarrasse pas d’arguties, déclarant lors d’une conférence de presse : « les exigences palestiniennes sont connues par Israël et les États-Unis et il est temps qu’Israël les accepte pour commencer les négociations ». Il ajoutait : « j’ai souligné plus d’une fois que le monde arabe et islamique reconnaîtrait Israël s’il se retire des terres occupées et qu’un État palestinien avec Jérusalem comme capitale est établi » .

Étant donné qu’en interne et en arabe l’Autorité palestinienne proclame que c’est la totalité d’Israël qui occupe des terres palestiniennes on se demande de quelles « terres occupées » il parle ici.

Dans le même temps, des déclarations faites par Mahmoud Abbas à un journal saoudien étaient largement reprises par plusieurs quotidiens palestiniens cités par l’agence de presse palestinienne WAFA. Il déclarait notamment : « tant que les excavations israéliennes sous la mosquée al-Aksa, l’un des lieux saints de l’Islam dans la Vielle Ville de Jérusalem, menacent les fondations de la mosquée et pourraient provoquer son effondrement il n’y aura pas de compromis sur Jérusalem qui restera la capitale du futur État de Palestine ».

Parler de menaces contre la mosquée, d’ailleurs totalement inventées, équivalant à agiter un chiffon rouge devant un taureau en furie...on l’avait vu par le passé, ce type d’accusation ayant provoqué des émeutes particulièrement meurtrières.
Il affirmait également que toute négociation est inutile avec Israël tant que continue la colonisation .


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