Israël, le courage d’un geste historique

Par Avi Pazner*

mardi 9 août 2005

Dans une semaine, un tremblement de terre politique et psychologique déferlera sur le Moyen-Orient. Israël, dans un geste unilatéral, va retirer toute présence civile et militaire de la bande de Gaza. Pour la première fois depuis la guerre des Six-Jours en 1967, Israël, de son plein gré, abandonne un territoire palestinien, ouvrant par cela même une nouvelle page dans l’histoire de notre région.


Il y a un peu plus d’un an, cela paraissait impossible : Israël et ses voisins palestiniens étaient plongés dans les affres de l’intifada. Actes de terrorisme suicide et représailles se succédaient. Depuis sa Moukatta de Ramallah, Yasser Arafat prêchait encore le culte de la haine et de la violence. On s’était déjà presque habitués aux images de l’horreur.

C’est alors qu’Ariel Sharon avait annoncé son initiative. En guise de geste de bonne volonté et pour améliorer la situation de sécurité, Israël se retirerait de la bande de Gaza. Une déclaration à peine remarquée à l’époque. L’opinion publique était trop occupée à fustiger les réactions d’Israël contre les actes de terrorisme qui s’acharnaient à prendre des vies et à troubler profondément le quotidien des Israéliens. Et Ariel Sharon ? Peu croyaient que l’homme identifié de manière primaire avec son dur combat contre le terrorisme, serait capable d’un geste aussi révolutionnaire. On ne croyait pas à sa sincérité, on le jugeait incapable d’un geste d’une telle ampleur et d’une telle générosité.

Et pourtant, le premier ministre israélien était sérieux. Il était arrivé à la conclusion qu’il ne suffisait pas d’une victoire militaire sur le terrorisme, mais qu’il fallait ouvrir une fenêtre d’opportunité et une option politique. Chose peu facile pour un dirigeant politique, quand son parti, le Likoud, adhérait toujours à une ligne idéologique prévoyant une présence juive continue dans les terres ancestrales du peuple d’Israël. Pour avoir une majorité au sein de son parti, au sein du gouvernement, à la Knesset, Sharon a lutté inlassablement pendant des mois pour faire passer son idée de désengagement.

Dure joute politique et idéologique ! Israël est encore aujourd’hui divisé sur la question. Une majorité remarquablement silencieuse soutient le retrait de Gaza. Une importante minorité s’y oppose farouchement. Les opposants sont véhéments. Leur drapeau de ralliement est l’orange. On copie le succès ukrainien. Manifestations et démonstrations se poursuivent. Pour l’instant, elles sont relativement pacifiques, mais nul n’ignore que, dans les marges extrêmes, il y a aussi des fanatiques prêts à tout. Ainsi, un terroriste juif a assassiné quatre Arabes la semaine dernière, espérant semer le désordre à l’intérieur du pays. Les menaces sont même plus précises : les mesures de sécurité autour de Sharon et de ses principaux ministres ont été renforcées. Le traumatisme de l’assassinat d’Yitzhak Rabin est toujours présent. Israël ne veut pas, ne peut pas revivre la même tragédie.

Et cependant le coeur des Israéliens saigne. Qu’ils soient de droite, du centre ou de gauche. Le drame des familles que l’on devra arracher de leurs maisons, bouleverse les esprits. Ces gens ont été appelés par tous les gouvernements israéliens à peupler des terres désertes. On ne pensait pas alors qu’ils seraient condamnés à être toujours une infime minorité au milieu d’une population palestinienne parmi les plus denses de la Terre. Il n’y a pas d’avenir pour leur présence dans ces territoires, et cela, Sharon l’a compris. Avec un courage politique extrême, il a décidé de défaire ce qu’il a lui-même aidé à créer. Mais le prix politique est lourd. Au sein même de son parti, la dissidence gronde. Avant-hier, un de ses ministres les plus influents, le ministre des Finances, Benyamin Netanyahu, ex-premier ministre, a démissionné. Il ne veut pas prendre part au désengagement qui, selon lui, met en péril la sécurité d’Israël. Il est certain maintenant que cette démission présage d’un défi sérieux à Sharon pour le leadership du Likoud avant les prochaines élections.

Mais l’action de Netanyahu n’a pas réussi à déstabiliser le gouvernement. Sharon est bien décidé à aller de l’avant contre vents et marées. Le désengagement s’effectuera la semaine prochaine.

Israël aimerait coordonner son retrait de Gaza avec l’Autorité palestinienne du nouveau président Mahmoud Abbas (Abou Mazen). Plusieurs rencontres entre responsables israéliens et palestiniens ont eu lieu. On essaye de prendre toutes les dispositions afin que ces territoires soient contrôlés par l’Autorité palestinienne. Mais c’est sans compter avec les organisations terroristes - le Djihad islamique et le Hamas. Elles ont juré de continuer leurs attaques, avant, pendant et après le désengagement. Israël ne l’admettra pas. L’Autorité palestinienne pourra-t-elle les arrêter ? C’est là la question clé du désengagement. S’il s’effectue dans l’ordre et la tranquillité et qu’ensuite nous voyons un vrai cessez-le-feu, il pourrait alors se créer une situation nouvelle. Les perspectives d’un renouveau du dialogue politique entre Israéliens et Palestiniens se concrétiseraient.

Mais pour cela, il faudrait qu’Abou Mazen passe des déclarations à l’action. Lors du sommet de Charm el-Cheikh en début d’année, il s’était engagé solennellement à mettre fin aux agissements des organisations terroristes. Jusqu’à présent, très peu a été fait. Le futur d’un renouveau du processus de paix dépend maintenant de la question de savoir si l’Autorité palestinienne est prête à démontrer une détermination à contenir ces organisations, aussi forte que celle qu’Israël démontre, en allant de l’avant avec son plan de désengagement. Tous ceux qui, comme nous, espèrent voir une aube nouvelle se lever sur le Moyen-Orient, attendent impatiemment de voir la réponse palestinienne au geste d’ouverture d’Israël.



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