L’affaire Dreyfus de l’antisionisme

Shmuel Trigano

dimanche 26 mai 2013, par Desinfos

Le récent rapport du gouvernement israélien sur l’affaire Al Dura vient confirmer, cette fois-ci de la part d’un État, que la mort de l’enfant Al Dura sous les balles de l’armée israélienne était un faux, en tout cas le produit d’une défaillance déontologique de la chaîne publique FR2. Et lorsque l’on connaît l’exigence des commissions d’enquêtes israéliennes, de telles conclusions peuvent être tenues pour crédibles.


Que cela ait pris 12 ans pour le faire est un gage de crédibilité mais aussi l’aveu d’une terrible insuffisance et d’une incompétence notoire de la diplomatie israélienne qui a perdu la bataille de la désinformation, c’est à dire de la guerre psychologique menée sur le plan mondial par les Palestiniens et leurs alliés.

Il faut à ce propos signaler que nous devons ce résultat surtout à l’obstination et à la résolution d’un seul homme, Philippe Karsenty, qui s’est voué à faire triompher la vérité depuis de longues années.

La chose, si elle est énorme est tout à fait plausible, si l’on en juge à la lumière du passé, où il fut démontré que les chaînes de télévision françaises (et les autres !) pouvaient produire des faux, comme « l’interview » de Fidel Castro par Poivre d’Arvor ou le « charnier » de Timisoara ! Nous sommes, par ailleurs, tous les jours, comme spectateurs des chaînes françaises et notamment de FR2, témoins du préjugé et du prisme idéologique qui gouvernent l’information sur Israël ou le monde juif (très subtils car ce biais s’accompagne toujours du service de célébration de la mémoire de la Shoah).

Mais ce faux, en l’occurrence, a engendré une histoire. Cette mort est devenue l’emblême d’une crise antisémite virulente dans le monde musulman. Ce fut le drapeau de l’Intifada et des « banlieues » d’Europe. Elle a redonné vie au mythe archaïque du crime rituel. La cruauté supposée d’Israël, accusé de « tuer des enfants » de façon préméditée, a nourri le « nouvel antisémitisme » dans le monde (rappelons nous le meurtre de Daniel Pearl au nom de Al Dura) et en Europe, jusqu’à inspirer à Merah le meurtre d’enfants juifs.

Dans l’ère nouvelle de la haine des Juifs, le mythe Al Dura a joué le même rôle cristallisateur que l’Affaire Dreyfus dans l’ère de l’antisémitisme - qu’il faut distinguer de l’antisionisme car ses modalités sont différentes. Il a été produit et s’est répandu, cette fois-ci, non plus dans les milieux de l’armée, comme au XIXème siècle, mais dans le nouveau centre du pouvoir qu’est le pouvoir médiatique. Dans l’ère de la mondialisation, ce n’est plus le complot juif contre l’Etat-nation qui est stigmatisé mais au contraire l’Etat-nation israélien qui apparaît comme une menace pour « l’humanité » (crime « rituel », « apartheid », etc).

Il est triste de constater que cela s’est à nouveau produit en France. A l’inverse de l’Affaire Dreyfus, cependant, l’opinion française ne s’est pas divisée face à cette opération. L’unanimité du haro sur Israël n’a pas souffert de faille. Une grande partie du leadership juif, quant à lui, a préféré opter, durant une longue période des années 2000, pour la politique pratiquée par les Israélites du XIXème siècle, à savoir la stratégie du « gros dos ». Mais comme au XIXème siècle, il s’est tout de même levé quelques Bernard Lazare.

Si les faits sont comparables, peut-on espérer qu’en France se produise quelque chose qui ressemblerait à ce qu’a aussi engendré l’Affaire Dreyfus, à savoir le sursaut que fut l’invention du sionisme politique, la réponse la plus efficcace et pertinente au nouveau type de défi que les Juifs avaient à relever ? Il faudrait en l’occurrence ré-inventer Israël. Cela ne dépend, cette fois encore, que des Juifs eux-mêmes !

*A partir d’une tribune sur Radio J, le vendredi 24 mai 2013.


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