Le rapport de Jean-Christophe Rufin - Un « néophyte » dit la vérité

Richard LISCIA

jeudi 21 octobre 2004

On ne pouvait trouver d’homme plus impartial que l’ancien vice-président de Médecins sans Frontières pour rédiger le rapport sur l’antisémitisme. L’engagement de Jean-Christophe Rufin en faveur du tiers-monde et contre la misère témoigne de sa sincérité. Ses conclusions n’en soulèvent pas moins une polémique.


MEDECIN ENGAGÉ, prix Goncourt 2001, le Dr Rufin aurait pu éviter d’embarquer dans une galère où il n’y a que des coups à prendre. Sa candeur est précieuse : il reconnaît qu’il connaissait mal le problème. En d’autres termes, il ne pouvait avoir de position définie avant de l’examiner. Il montre dans son rapport, que Dominique de Villepin lui a commandé et que le ministre de l’Intérieur a adopté, qu’il faut séparer le racisme de l’antisémitisme, que l’antisionisme radical conduit à l’antisémitisme, notamment chez les jeunes issus de l’immigration, et qu’il est possible de passer de l’intolérance à la violence.

D’emblée, « le Monde », fidèle à sa tradition de partialité absolue, a qualifié le document de « provocateur ». Cela dépend pour qui. Le Mrap, qui a changé le libellé de son nom pour en exclure le mot antisémitisme, et la Ligue des droits de l’homme ne cachent pas leur fureur. Il nous semble pourtant que la dérive de ces deux organisations, censées combattre l’intolérance et la xénophobie sous toutes leurs formes, est exemplaire d’une vigoureuse inspiration de gauche qui a fini par clouer au pilori Israël en particulier et les juifs en général, mais ouvre les bras à Tariq Ramadan et consorts et à ceux qui, en attendant de passer à l’acte, crient « Mort aux juifs » et « Vive ben Laden ».

Cette dérive, beaucoup, heureusement, la dénoncent tous les jours et nous-mêmes ne nous privons pas de le faire. Qu’un homme comme le Dr Rufin, « français de souche », comme on dit, qui n’appartient en tout cas à aucune minorité, perçoive le danger auquel d’autres sont aveugles est réconfortant. Que le gouvernement fasse siennes les conclusions de M. Rufin l’est encore davantage. Que Michel Tubiana, président de la LDH, et Mouloud Aounit, président du Mrap, invoquent Amnesty International et l’ONU ne nous étonne guère : c’est quand même l’ONU qui a organisé cette épouvantable conférence de Durban (Afrique du Sud) où le sionisme, idéologie du retour à la terre, a été assimilé au racisme.

Le Dr Rufin a compris que le militantisme propalestinien s’exerce parfois, et même souvent, au détriment de l’équilibre des points de vue et qu’il consiste surtout à agonir d’injures Israël, présenté comme le mal absolu.

Eh bien, les choses ne sont pas si simples et cette coterie, qui regroupe la LDH, José Bové, les altermondialistes si séduits par l’intégrisme islamiste, des communistes et pas mal de Verts, poursuit un combat qui sent le soufre. Et ce n’est pas parce que M. Rufin dit la vérité qu’il faut l’exécuter.


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