Les envoyés spéciaux de FR2 tombent sur un gros os aux USA, 1ère partie

Par Serge Farnel © Metula News Agency

mardi 5 juillet 2005

(...) lorsqu’ils s’aperçoivent que vous vous êtes foutus d’eux, ils ont tendance à vous faire savoir ce qu’ils pensent de vous de façon fort directe (...)


Jeudi 23 juin, l’émission hebdomadaire de France 2 Envoyé Spécial proposait d’initier ses téléspectateurs au phénomène planétaire que constitue le blog, cette nouvelle génération de sites Internet qui se révèle aujourd’hui comme un véritable phénomène de société.

 

Le blog est un espace permettant la diffusion de ses idées sur le Net, sans qu’il soit pour autant nécessaire de posséder des connaissances techniques avancées en informatique. L’intérêt de ce média réside en grande partie dans la réception presque instantanée des réactions de vos visiteurs.

 

Blog globe est le titre du reportage que Florent Muller et son cameraman se sont chargé de réaliser pour le compte de la chaîne publique. Ils ne pouvaient, sur un tel sujet, contourner le blog américain de référence, Little green footballs (LGF) qui, en 2004, recevait, de la part du Washington Post, la distinction suprême de meilleur blog de l’année. Dans ces conditions, le 12 février dernier, le duo de choc de France 2 prit la direction de Los Angeles, allant à la rencontre de Charles Johnson, le fondateur de LGF.

 





Le blog “Little Green Footballs”

 

Ce à quoi Muller n’était pas préparé, c’est que, subissant les facéties de l’effet boomerang, il puisse passer en un instant du statut d’interviewer à celui de journaliste suspect et soumis à un interrogatoire en règle. C’est pourtant ce qui arriva au reporter français, lorsqu’au cours de la discussion avec Johnson, ce dernier décida de s’enquérir « des nouvelles de la controverse relative à Mohammed Al-Dura ». Pour être sûr que Florent Muller avait bien saisi sa question, Johnson précisa qu’il s’agissait de l’affaire « dans laquelle on prétend que France 2 aurait délibérément contribué à la propagande palestinienne ». Le fondateur de LGF confiera plus tard à ses lecteurs qu’ «au début, il (Muller) a semblé ne pas savoir de quoi je parlais » ; puis, heureusement, l’envoyé spécial français, retrouvant soudainement la mémoire s’exclama : « oh oui ! L’envoyé israélien (Charles Enderlin) m’a dit qu’il n’y avait plus de polémique. C’est complètement fini. »

 

C’était sans compter sur le fait que les bloggers de LGF sont des gens très sérieux et qu’ils suivent depuis le début de leur publication, méticuleusement et en analysant leurs moindres détails, les articles de la Ména consacrés à la Controverse de Nétzarim. Ainsi, l’hôte de Muller était-il parfaitement au courant qu’onze jours avant leur rencontre, le rédacteur en chef de l’Express, Denis Jeambar, relatait sur les ondes d’une radio parisienne les « mises en scène » qui truffent le reportage de Talal Abou-Rahma ainsi que  l’inexistence de l’agonie de l’enfant, qu’Enderlin avait toujours affirmé détenir.

 

Le reporter d’Arlette Chabot à Los Angeles, même en cherchant bien, n’aurait pas pu trouver de plus mauvaise oreille dans laquelle ânonner son « plus de polémique ». Ce d’autant que, cinq jours avant sa rencontre avec cet envoyé visiblement mal informé, les colonnes de l’un des quotidiens les plus lus aux USA, le Herald Tribune, reprenait en détail les péripéties de ce qui est bien la plus grande imposture audiovisuelle de l’Histoire.

 

Les intervenants sur Les petits ballons de foot verts, des gens généralement d’un niveau culturel remarquable, n’ont bien sûr pas du tout goûté cette recette de la cuisine française aux orties, et ils l’ont fait savoir sans tarder en déclenchant une avalanche de plus de 500 commentaires [1], particulièrement acerbes et cyniques, sur Charles Enderlin, ainsi que sur le pouvoir français, sa presse et leur interprétation très particulière de la liberté d’expression. Le problème avec les Américains, c’est que lorsqu’ils s’aperçoivent que vous vous êtes foutus d’eux, ils ont tendance à vous faire savoir ce qu’ils pensent de vous de façon fort directe.

 

Cet éboulement déclenché par les Yankee bloggers sur la tête des imposteurs, des fauteurs de guerre, de la chaîne publique française et du gouvernement qui les couvrent, fit dire à Florent Muller, dans les premiers mots de son reportage, que « la voix de Charles Johnson est posée, ses manières aimables : tout le contraire de son blog. »

 

Il faut malgré cela reconnaître aux deux envoyés spéciaux de France 2, cueillis à froid par le phénomène qu’ils étaient venus décrire, le mérite de ne pas avoir annulé la diffusion de leur reportage au prétexte qu’ils avaient été pris en flag de gros bobard par les 80 000 lecteurs quotidiens de LGF, qu’ils décrivent eux-mêmes, parmi les blogs de la blogosphère,  comme « l’un des plus influents d’entre eux ». Après tout, Muller et son cameraman ne sont pas comptables des malversations commises par leur collègue de Jérusalem ni des faux rapports qu’il leur a faits, pas plus que des stratégies irresponsables d’étouffement exécutées par la chaîne pour laquelle ils travaillent.

 

Little Green Footballs avait déjà  exercé son influence de régulateur médiatique sur l’affaire qu’on appelle depuis le Rathergate. Le Rathergate, qui définit l’enchaînement d’événements ayant contraint Dan Rather, après 24 ans de bons et loyaux services en tant que présentateur-vedette du CBS Evening News, à tirer sa révérence le 9 mars dernier, suite à la diffusion d’un reportage frelaté relatif au service militaire du président américain Georges W. Bush.

 





Dan Rather

 

À l’origine du scandale, des documents contenant des critiques à l’encontre des qualités de service du président américain dans le Texas Air National Guard (TexANG, la Garde Nationale Aérienne du Texas, soit l’armée de l’air de l’Etat du Texas), critiques qui étaient censées être formulées par son ancien commandant, l’ex-lieutenant Colonel Jerry B. Killian. Ces documents servirent de base à l’émission hebdomadaire 60 minutes dont Mary Mapes était la productrice et Dan Rather l’animateur. Des documents, soi-disant écrits en 1972 et 1973, qui furent fournis à CBS par le lieutenant-colonel Bill Burkett, un ancien officier de la TexANG.

 

Dan Rather choisit de présenter ce dossier en date du 8 septembre 2004, soit en pleine période électorale américaine. Il ne fallut cependant guère plus de 19 minutes sur les 60 que dure l’émission à un internaute afin d’établir la fausseté des documents présentés.

 

Au micro de Florent Muller, Charles Johnson a quant à lui expliqué l’argument qui lui permit de se rendre compte de la supercherie : « Après avoir diffusé ce reportage », témoigne Johnson, « ils (CBS) ont affiché les documents sur Internet, où tout le monde pouvait les télécharger. Je les ai téléchargés et aussitôt que je les ai ouverts, j’ai observé que les caractères du texte avaient été tapés sur un ordinateur. » Il ne restait plus alors au fondateur de LGF qu’à constater qu’ « à cette époque, on utilisait des machines à écrire et pas des ordinateurs. »

 

Ce n’est pourtant qu’après avoir soutenu deux semaines durant l’authenticité de ces documents, que CBS décidera finalement de revenir sur ses précédentes déclarations. La grande chaîne de TV américaine le fit en ces termes : « à ce moment-là (lorsqu’ils les ont présentés), CBS News et notre journaliste croyaient pleinement en la validité du document. Ce soir, après une enquête plus approfondie, nous ne pouvons plus en garantir l’authenticité. »

 

CBS ordonna ensuite une enquête interne indépendante qui aboutit à la conclusion que les producteurs de l’émission ne s’étaient même pas donné la peine d’authentifier les documents qu’on leur avait amenés avant de les présenter au public. Mary Mapes fut licenciée, tandis que plusieurs autres cadres seniors furent invités à donner leur démission. CBS présenta ses excuses auprès des téléspectateurs.

 

Voilà comment, aux USA, un média s’apercevant qu’il a commis une erreur se comporte. Les bloggeurs féroces de Little Green Footballs ne conçoivent par d’autre conduite possible, c’est ce qui les insupporte dans le traitement de la Controverse de Nétzarim par la télévision d’Etat française et les médias tricolores associés à la pensée unique. Dans l’entre-temps, CBS a refait surface et se reconstruit une réputation avec des journalistes plus consciencieux, tandis que les nôtres s’enfoncent, ils s’enfoncent…

 

 

 

A suivre …

 

 

 

Notes :

 

[1] http://littlegreenfootballs.com/weblog/?entry=14683_LGF_vs_France_2#comments

 


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