Sirus Nasseri, responsable de l’équipe iranienne de négociation pour les affaires nucléaires : « Nous marchons sur des charbons ardents » ; l’Europe et les Etats-Unis devraient « se faire à l’idée d’un Iran nucléaire »

Par Ayelet Savyon * - MEMRI

jeudi 14 avril 2005

A l’issue des trois premiers mois de négociations prévus par l’Accord de Paris de novembre 2004, accord signé par l’Iran et l’Europe des Trois (la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne), un comité de pilotage composé des représentants de toutes les parties s’est réuni pour dresser en commun un bilan de la situation.


Introduction
Il a été convenu que les négociations se poursuivraient et que l’Iran maintiendrait la suspension de ses activités d’enrichissement d’uranium. Parallèlement, les commandants des Gardiens de la Révolution et des forces armées ont annoncé qu’ils étaient prêts à une éventuelle attaque militaire. Pour consulter l’enquête intégrale de MEMRI en anglais, suivez le lien http://memri.org/bin/latestnews.cgi?ID=IA21805 . Résumé :

Réaction iranienne à la nouvelle initiative des Etats-Unis

Les médias internationaux ont dernièrement rapporté un changement de politique des Etats-Unis vis-à-vis de l’Iran : les Etats-Unis se sont déclarés prêts à lever le veto sur la candidature de l’Iran à l’Organisation mondiale du commerce et à permettre à l’Iran d’acquérir des pièces à l’usage d’avions civils, en échange d’une coopération iranienne sur la question nucléaire, ceci afin d’obtenir la cessation complète des activités iraniennes liées à l’enrichissement d’uranium. Il convient toutefois de noter que le jour précédant ce « changement » de politique, le président George W. Bush a décidé du maintien, pour une année supplémentaire, des sanctions imposées à l’Iran.

L’Iran a rejeté l’offre américaine, qualifiée de « ridicule ». Les porte-parole iraniens ont estimé que l’Iran, en tant qu’Etat souverain, conservait le droit d’enrichir de l’uranium et de développer de l’énergie nucléaire, soulignant que ce droit n’était pas négociable.

L’impasse des négociations entre Européens et Iraniens

Les négociations en cours entre l’Iran et l’Europe des Trois se trouvent actuellement dans une impasse. L’Europe des Trois a, selon les rapports, exigé que l’Iran suspende définitivement ses activités d’enrichissement d’uranium, ce que l’Iran refuse de faire, en tant qu’Etat souverain signataire du TNP. Pour les responsables iraniens, l’exigence européenne constitue une flagrante infraction de l’Accord de Paris (par lequel l’Europe reconnaît de droit de l’Iran à développer de l’énergie nucléaire en pourcentage limité).

Sirus Nasseri, responsable de l’équipe iranienne chargée des négociations au sein du comité nucléaire, a déclaré qu’il n’était pas envisageable pour l’Iran de renoncer à ses activités d’enrichissement, précisant que les Etats-Unis et l’Europe « devraient se faire à l’idée d’un Iran nucléaire ».

L’ambassadeur de France à Téhéran, François Nicoullaud, a fait comprendre que la décision qui serait prise sur le dossier iranien servirait d’exemple aux autres pays du monde.

Position de l’Iran face aux négociations

Les porte-parole iraniens rapportent que les négociations portent actuellement sur les « garanties objectives » que l’Europe des Trois exige de l’Iran pour prouver que l’uranium est enrichi à des fins strictement civiles.

Hossein Mousavian, directeur du Comité des affaires étrangères du Conseil de sécurité, a déclaré à l’IRNA, le 23 mars, qu’il était « possible que les négociations se trouvent dans une impasse. » Il a estimé que l’Europe devait avancer des propositions de garanties objectives, en tenant bien compte du fait qu’il n’est pas question d’exiger une suspension permanente de l’enrichissement d’uranium.

Sirus Nasseri a déclaré, dans une interview, que « l’Iran présentera bientôt sa proposition finale (...) Nous marchons sur des charbons ardents. Rien ne garantit que nous parviendrons à un accord. (...) L’Union européenne doit accepter le programme d’enrichissement de l’Iran »

Il a ainsi analysé la situation : « Pour les Européens, le succès de ces pourparlers est vital - tout au moins à ce stade. Pour nous, il ne représente qu’un avantage (...) Si ces pourparlers échouent (...), il sera difficile pour l’Europe de jouer un rôle décisif sur les autres questions de politique internationale. » Il a ajouté : « Il y a un danger à ce que leur offre s’améliore et que nous la rejetions ; ils pourraient alors prétendre avoir fait une excellente proposition à l’Iran, et le refus iranien serait interprété comme la volonté d’obtenir l’arme nucléaire (...) Les pressions ont augmenté. »

Menaces iraniennes

Des menaces ont aussi été formulées par de hauts responsables iraniens. Le président iranien Mohammed Khatami a déclaré, lors d’une conférence de presse : « Les Européens souffriront plus que l’Iran s’ils décident de capituler face aux pressions américaines »

Lors d’une conférence internationale dernièrement tenue à Téhéran sur le thème de la technologie nucléaire dans le monde, Rowhani a renchéri : « Si les négociations échouent en raison des pressions américaines et si le dossier nucléaire iranien est transmis au Conseil de sécurité de l’ONU, la région devra faire face à de graves problèmes, et la sécurité régionale s’en trouvera menacée. » Le Dr Ali Salehi, ancien représentant à l’AIEA, a été encore plus clair : « l’Europe devrait comprendre que sa sécurité dépend étroitement de la sécurité de l’Iran ».

L’Iran se déclare militairement prêt

Ces derniers mois, les commandants des Gardiens de la révolution et les forces armées ont annoncé se tenir entièrement prêts à une éventuelle attaque militaire contre les installations nucléaires iraniennes et les autres sites sensibles. Les porte-parole iraniens ont précisé que les représailles iraniennes seraient terribles. Le quotidien Al-Hayat, édité en arabe à Londres, a publié un rapport affirmant que l’Iran était prêt à une offensive américaine ou israélienne, fournissant les détails suivants :

« Le commandement militaire iranien a prévu la possibilité d’un arrêt des communications entre les postes militaires et le commandement central (...) Le commandement a ordonné à tous les secteurs de réagir rapidement - en moins d’une heure et sans attendre les ordres - contre des cibles prédéfinies (...) L’objectif est de commencer par assener un coup dur aux Etats-Unis et à leur allié Israël puis (...) d’enflammer toute la région (...) »

L’article précise que tous les pays qui abritent des forces militaires américaines, nommant l’Irak, le Qatar et Bahreïn, seraient susceptibles de devenir des cibles iraniennes, précisant que « le plus gros de tous les poissons est Israël »

Selon Al-Hayat, des sources militaires iraniennes ont rapporté que lors d’un meeting avec un diplomate français, M. Rafsandjani, président du Conseil pour les intérêts supérieurs du régime, avait fait comprendre à son interlocuteur que quelles que soient les menaces encourues, l’Iran ne renoncerait pas à son programme nucléaire mais réagirait par de terribles représailles à une éventuelle attaque..


* Ayelet Savyon est directrice du projet de MEMRI sur les médias iraniens.


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