L’Autorité Palestinienne chante les louanges du terroriste-suicide de Tel Aviv et condamne le choix du moment : saboteur et Shahid

Par Itamar Marcus & Barbara Crook - Jerusalem Post du 2 mars 2005

dimanche 6 mars 2005

L’une des stratégies les plus frappantes et les plus efficaces de l’Autorité Palestinienne sous Yasser Arafat consistait à diffuser un message en anglais destiné aux grands médias tout en envoyant un message différent et souvent contradictoire en arabe au peuple palestinien.


Dans la foulée de l’attentat terroriste du vendredi 25 février perpétré contre un night club du front de mer à Tel Aviv - le premier depuis la nomination de Mahmoud Abbas au poste de Président de l’Autorité Palestinienne - il est clair que les médias palestiniens qui sont sous le contrôle de Mahmoud Abbas continuent à appliquer la même politique que celle de Yasser Arafat.

Alors que les médias étrangers prennent pour argent comptant la condamnation officielle par l’Autorité Palestinienne de l’attentat-suicide du 27 février, les médias sous le contrôle de l’Autorité Palestinienne glorifient le terroriste en le qualifiant de shahid (martyr mort pour Allah) - le plus haut niveau que puisse atteindre un musulman. En accordant ce statut de shahid à ce meurtrier les médias de l’AP font du terrorisme-suicide un acte religieux positif.

Les condamnations officielles de l’attentat ne rejettent pas cet acte mais en déplorent les conséquences dans la mesure où il porte tort à la cause palestinienne.

La couverture en première page de cet attentat dans l’édition du dimanche 27 février du quotidien officiel de l’Autorité Palestinienne, Al-Hayat Al-Jadida, est illustrée par une énorme photo en couleur du terroriste en haut de la page avec cette légende : "Celui qui a exécuté l’opération de Tel Aviv opération, le shahid Abdullah Badran.

Le quotidien Al-Ayyam parle de « la famille du Shahid. »Al-Quds évoque la « famille du shahid Abdullah, » et l’arrestation des « deux frères du shahid » et une « tente de deuil à la mémoire du shahid. » Un article précédent dans Al-Ayyam disait du terroriste qu’il était un « Istish-hadi » - un shahid qui a cherché activement à mourir pour Allah et y est parvenu.

Pour comprendre ce qu’est le statut accordé par les médias contrôlés par l’Autorité Palestinienne au terroriste qui a frappé en ce vendredi 25 février en le qualifiant de shahid, il faut savoir ce que sont les récompenses réservées à un shahid, selon, par exemple, un dirigeant religieux palestinien s’exprimant à la télévision officielle palestinienne :

« Lorsque le Shahid rencontre son Créateur tous ses pêchés sont pardonnés dès que jaillit la première goutte de son sang et il ne souffre pas des tourments de la tombe. Il voit sa place au Paradis. Il est protégé du Grand Choc et épouse 72 [jeunes filles ] aux yeux noirs. Il devient l’avocat céleste pour 70 membres de sa famille. Sur sa tête est placée une couronne d’honneur dont une seule pierre vaut plus que tout ce qu’il y a dans ce monde. » (Dr. Isma’il al-Raduan, PATV, télévision officielle palestinienne, 17 août 2 001)

Et ce choix des termes « shahid » et « Istish-hadi » pour qualifier ce terroriste ne laisse donc aucun doute quant au message que les médias contrôlés par l’Autorité Palestinienne envoient aux Palestiniens à propos de cette attaque terroriste : ces meurtres et cette mort pour Allah, tout comme cela était le cas ces dernières années, est l’acte suprême que peut accomplir un musulman.

Etant donné que le fait de commettre un meurtre est vénéré, les condamnations de cet attentat suicide dans les médias contrôlés par l’Autorité Palestinienne se sont concentrés sur ce qu’ils considèrent comme étant une erreur dans le choix du moment et le fait que cet attentat ait été commis en violation de l’accord passé entre Mahmoud Abbas et le Hamas. Selon cet accord des civils ne devaient plus être tués pendant que le cessez-le-feu était en vigueur. Ces assassinats ont donc été critiqués parce qu’ils portaient tort à la politique mise en place par l’Autorité Palestinienne, sans plus. Et comme cela était le cas pendant les années Arafat, le fait de tuer des citoyens israéliens n’a pas été présenté comme étant immoral ou répréhensible.

Le lundi 28 février, Hassan Asfour, membre du Parlement de lAutorité Palestinienne, a exprimé les choses ainsi à la télévision officielle palestinienne, PA TV : « C’est là la première action qui ne satisfait personne. Tout le monde a eu le sentiment que le moment choisi n’était pas [le bon] et que cela ne servait strictement... Ce n’est pas parce que la résistance contre l’occupation est une erreur, mais parce que la nature de cette action, le lieu et le moment choisis étaient une erreur. »

Mahmoud Abbas et son conseiller Nabil Abu Rudueineh ne critiquent pas l’action en tant que telle en la qualifiant d’immorale mais ils dénoncent le tort qu’elle cause aux Palestiniens :

« Le Président Mahmoud Abbas a décrit cette opération... comme un acte de sabotage condamnable en blâmant une tierce partie de l’avoir commis afin de remettre en cause le processus de paix et de nuire à la réputation du peuple palestinien. »

« Le conseiller du Président, Nabil Abu Rudeineh [a déclaré que l’Autorité Palestinienne] condamne cette opération qui vient surtout après la hudna [trêve] et le retour au calme auxquels on était parvenu avec les factions... l’Autorité s’oppose à toute action qui prend pour cible des civils. Cela s’inscrit dans la hudna qui a été conclue à Sharm el-Sheikh. Nous nous opposons à toute violation de cette hudna.’ Il explique aussi que ce type d’action va à l’encontre de l’intérêt national supérieur du peuple palestinien. »

Sous la nouvelle direction de Mahmoud Abbas, le message envoyé à la société palestinienne reste donc inchangé pour l’essentiel par rapport à celui de l’ère Arafat :

Tuer des civils israéliens est positif. Assurez-vous simplement de choisir le bon moment


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