Institutions républicaines et conscience morale

Raphaël Draï, pour Radio J, le 7 mai 2012.

mercredi 9 mai 2012, par Desinfos

La campagne électorale pour les présidentielles est enfin achevée et c’est François Hollande qui l’a emporté. C’est donc lui qui succède humainement et politiquement à Nicolas Sarkozy. Reconnaître ces faits d’évidence n’est pas une simple formalité républicaine .C’est reconnaître qu’au regard de la paix civile le principe majoritaire est le seul qui corresponde à des institutions qui se veulent démocratiques dans leur lettre et surtout selon leur esprit. Cela dit, et tout en souhaitant au nom de l’intérêt général le meilleur pour la nouvelle équipe dirigeante, quelques observations s’imposent.


Cette campagne a surtout été marquée par un acharnement systématique, méthodique contre un homme de plus en plus isolé : Nicolas Sarkozy. Cet homme , que je n’ai jamais rencontré , y compris dans les dîners officiels de la communauté juive , et auquel je ne suis redevable de rien , n’a pas été combattu puis battu mais littéralement abattu .Exécuté .Ses ennemis qu’on aurait dit intimement personnels ne lui ont fait mérite de rien , grâce de rien , crédit de rien , même pas , et entre autres , d’avoir traversé sans casse majeure pour la France la terrible crise de 2008 . Un arc de haine insensé s’est formé contre lui, ad hominem, sans respect d’aucune distance symbolique ou institutionnelle, du Parti Communiste jusqu’au Front National, en passant par le Modem de François Bayrou.

Quant à la « honte » dont on l’a abreuvé jusqu’à la lie, ce sentiment doit d’abord être éprouvé par ceux qui l’invoquent pour leur en autoriser l’application à autrui, quel qu’il soit. Des fautes comment n’en aurait –il pas commises à l’instar de tout gouvernant effectif ? Mais il y a celles qu’il a commises et celles qu’on lui aura fait commettre, inexorablement. Dés lors, comme annoncé et malgré un deuxième tour farouchement mené, son sort était scellé. Car au bout du compte c’est bien Marine Le Pen et François Bayrou, objectivement coalisés , qui ont assuré le différentiel décisif d’un point et demi qui a permis à François Hollande de l’emporter , d’ailleurs de la manière la plus légale. Il est à craindre pourtant que cette attitude destructrice constitue désormais un précédent. Le nouveau président de la République ne pourra s’étonner si face aux difficultés qui l’attendent ses adversaires ne lui fassent non plus crédit de rien, grâce de rien, mérite de rien, sans se contenter de ses déclarations d’intentions. Et s’il s’avérait que l’ UMP ne résiste pas au départ de Nicolas Sarkozy puis à des mises en retrait telle celle d’ Alain Juppé, on peut compter, sur Marine Le Pen qui poursuit ses propres vues pour perpétuer et mettre en œuvre cette doctrine impitoyable .

Pour la communauté juive il faudra ne pas se payer d’avantage de mots ; ne tolérer d’aucune façon que l’antisémitisme à visage antisioniste ne rende l’air irrespirable à ses membres, ni que l’antisionisme lui même, virulent ou oblique, ne prévale à nouveau dans la politique arabe de la France. De l’avenir nul n’est maître mais du présent immédiat chacun est responsable directement, surtout lorsqu’on a prétendu aux plus hautes fonctions de l’Etat. Les Juifs de France sont des citoyens à part entière et à ce titre ils ne souffriront ni relégation mentale ni enclavement territorial. Autrement le moment ne tardera guère où l’on regrettera durement la présidence de Nicolas Sarkozy dont la sortie dimanche soir, quoi qu’on en dise et quoi qu’il en ait montré, s’est faite sans pathos, en président, par le grand portail de la République.


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