Ma douce France, tes fréquentations m’inquiètent

par Roger Cukierman

mardi 30 novembre 2004

Ma douce France, je t’aime tant, toi qui m’as tout donné, toi, si belle, si généreuse. Mais tu devrais résister aux mauvaises fréquentations !


Tu as accueilli Yasser Arafat dans l’un de tes hôpitaux militaires. C’était un geste humanitaire qui ne peut être contesté.

Mais pourquoi as-tu honoré avec autant de faste - Marseillaise, drapeau tricolore, tapis rouge et garde républicaine - un homme dont tu savais que ses mains étaient tachées du sang de centaines de civils, dont celui de plusieurs Français. Pourquoi as-tu adopté le silence sur les causes de sa mort, permettant ainsi aux rumeurs d’un empoisonnement de circuler sur la Terre entière ?

Tu savais que Yasser Arafat n’était ni Mère Teresa ni Nelson Mandela. Tu savais qu’il avait conduit son peuple au malheur alors qu’il avait quasiment fait tout le chemin menant à la paix et qu’il s’était dérobé à la dernière minute - peut-être parce qu’il n’a jamais été qu’un chef de guerre.

Tu es allée au-delà de l’humanitaire. Pourquoi ? Aujourd’hui, tu laisses réécrire l’histoire en indiquant, dans le certificat de décès, Al-Qods (Jérusalem) comme lieu de naissance, alors que, dans toutes ses biographies, Yasser Arafat est né au Caire, en Egypte. Pourquoi es-tu consentante ?

Tu connais certainement cette série diffusée par la chaîne de télévision Al-Manar, dans laquelle des acteurs déguisés en juifs religieux égorgent, dans d’horribles gros plans, un enfant réputé chrétien et recueillent le sang dans une soucoupe destinée à la fabrication du pain azyme. Ces scènes barbares rappellent les accusations mensongères de meurtre rituel portées au Moyen Age contre les juifs. Elles ont été diffusées par satellite aux 2,5 millions de foyers français équipés d’antennes paraboliques. Et ce, pendant la période de ramadan de l’automne 2003, au risque d’attiser la haine contre les juifs.

Cette barbarie avait été dénoncée publiquement par Jean-Pierre Raffarin qui avait parlé d’« images insupportables à la vue, brûlantes au cœur, révoltantes à la raison ». Il avait alors annoncé son intention de faire interrompre la diffusion d’Al-Manar, la chaîne du Hezbollah. Pourquoi les promesses n’ont-elles pas été tenues ?

Comment as-tu pu laisser le Conseil supérieur de l’audiovisuel accepter que Al-Manar devienne « media grata » en France et dans toute l’Europe ? Veux-tu pour nous, tes enfants, des télévisions de haine qui incitent à la violence et qui exaltent les kamikazes ? Veux-tu que les penseurs du Hezbollah éduquent nos enfants ? Pourquoi as-tu autorisé de telles horreurs alors que se réunit, chaque mois, un comité interministériel pour lutter contre l’antisémitisme ? Pourquoi tant d’incohérences au risque de compromettre tous tes louables efforts contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les discriminations ?

Les membres du CSA ont-ils fait leur métier correctement ? Certainement oui, ils ont vu de quoi Al-Manar était capable. Il suffit de lire la lettre dont le CSA a accompagné la convention d’Al-Manar pour comprendre que les Sages ont agi à contrecœur. Tu dois lire cette lettre (www.csa.fr) où le CSA continue de pointer les programmes très récents d’Al-Manar, tous incompatibles avec la convention qui est désormais signée. Permets-moi d’en citer un extrait particulièrement éloquent : « Un clip musical, diffusé le 10 octobre 2004, met quant à lui en scène des enfants à des fins de propagande politique, ce qu’exclut l’article 2-4 de la convention. Ce clip incite au surplus à la violence, à travers des images ajoutées par Al-Manar. La signature par vos soins de cette convention implique donc que vous renonciez formellement à la diffusion de programmes de cette nature sur le signal empruntant un satellite relevant du droit français. »

Les membres du CSA ont certainement dû céder aux pressions des pays qui parrainent le Hezbollah. Comment peux-tu accepter le principe même de telles pressions ? Pourquoi ne leur résistes-tu pas ? Ne sais-tu pas que derrière leurs rêves d’aujourd’hui se profilent nos cauchemars de demain ?

Je sais que ton nom, ma douce France, est adoré, adulé, acclamé dans le tiers-monde. Nehru et Nasser seraient pâles d’envie s’ils entendaient les foules d’Afrique et d’Asie. Ma douce France, ne te laisse pas enivrer par des cris que tu ne souhaiterais pas entendre.

Ma mère me disait : « Quand on a de mauvaises fréquentations, on risque d’attraper de mauvaises maladies. » Ma douce France, sois plus prudente, tes enfants ont besoin d’une République saine physiquement, et surtout moralement !

Roger Cukierman est président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France)


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