Pas plus qu’un entrefilet

Alain Rajchman

mardi 30 novembre 2004

Il est des mesures simples de la désinformation. Celle qui consiste à ne faire état de la dernière déclaration du premier Ministre israélien que sous la forme d’un simple entrefilet en est un exemple.


Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, vient de déclarer au magazine Newsweek qu’il était prêt à rencontrer le chef de l’OLP, Mahmoud Abbas, quand celui-ci le souhaiterait. Signe encourageant, ce dernier a répondu que cette rencontre pourrait avoir lieu après les élections palestiniennes.

Décidément, les nouvelles positives ne méritent pas le traitement des informations négatives et dans ce combat inégal, elles percent difficilement. La preuve, cette déclaration n’a pas fait la une des journaux, mais a donné lieu à un simple entrefilet perdu en page 5 du Figaro du 29 novembre. Et encore, le Figaro a mentionné les propos tenus par les deux chefs israélien et palestinien. D’autres titres se sont abstenus.

De telles pratiques renforcent le sentiment dans l’opinion d’un Ariel Sharon inflexible et d’un Etat d’Israël jusqu’au-boutiste. Tout comme le large écho donné aux petites phrases perfides de Leïla Shahid entretenant l’idée d’un empoisonnement de Yasser Arafat. Elles ont produit leur effet dévastateur en collant l’image des juifs d’aujourd’hui avec leur image ancestrale d’empoisonneurs de puits…

Dans le climat ambiant qui consiste à faire coller les idées reçues les plus sommaires au conflit du Proche-Orient, la négation des nouvelles positives s’apparente à une entorse grave de la déontologie journalistique. En scellant à tout prix dans les esprits l’image destructrice, on ne prend aucun risque. Le méchant est désigné d’avance. Il suffit de s’inscrire dans la continuité. Cette attitude mène, comme on l’a vu dans les images relatives au petit Mohamed, à attiser les violences, mais aussi à renforcer le cliché. Laisser s’infiltrer le doute par la diffusion d’une image contestée ne participe plus au métier de l’information.

Ceux dont le métier est l’organisation et la présentation de l’information portent donc une responsabilité lourde. En s’arque boutant à l’idée que la paix ne pourra jamais venir d’un Ariel Sharon qui doit être toujours présenté comme un sanguinaire d’extrême droite, ces journalistes passent à côté d’un changement radical qui caractérise le premier ministre israélien. Après la mort d’Arafat, un journaliste du quotidien travailliste Haaretz montrait comment Arafat n’avait pas su prendre le tournant gaullien pris par Ariel Sharon pour amorcer un véritable processus de paix sans renouer avec l’illusion des accords d’Oslo pour les Israéliens et l’illusion d’une guerre de libération de la Palestine pour les Palestiniens.

Mais quand on rapproche cette volonté affirmée d’Ariel Sharon en faveur de la création d’un Etat palestinien avec l’intransigeance de Mahmoud Abbas qui a juré sur la tombe d’Arafat qu’il maintiendrait à jamais la revendication impossible du retour des réfugiés, on aimerait que la condamnation systématique d’Israël pour entrave à la paix soit enfin abandonnée. Par exemple en accordant plus qu’un mince entrefilet aux appels à la paix formulés par un Ariel Sharon qu’il faut diaboliser à tout prix.


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