Amin Maalouf renonce au projet de créer une œuvre musicale avec Michaël Levinas

Alain Rajchman

mercredi 24 novembre 2004

Michaël Levinas a souhaité créer une œuvre de paix dont le livret devait être écrit par Amin Maalouf. Le projet ne verra pas le jour. Amin Maalouf vient de renoncer en évoquant le « climat délétère » d’aujourd’hui.


Il y a deux ans, l’idée de faire une œuvre de paix écrite par un écrivain libanais et un compositeur juif a fait son chemin. Il s’agissait de livrer un message fort contribuant à créer un choc salutaire porteur d’exemple. Il était même question de produire cette pièce à Haïfa, mais cette intention ayant provoqué une première crise, elle a été écartée. Le projet a été sauvé par le Festival de musique de Montpellier dont Ronald Zollman avait accepté la représentation le 16 juillet, date hautement symbolique de l’anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv.

Au-delà des dérisoires tergiversations techniques, la raison avancée par Amin Maalouf pour décliner sa participation traduit un état d’esprit inquiétant surtout lorsqu’il s’agit de collaborer à une œuvre de paix. L’initiative était destinée à dépasser les tensions qui attisent les haines accumulées entre juifs et arabes pour montrer comment dans une création commune elles pouvaient être, un temps, oubliées. Cet ambitieux témoignage de paix ne verra pas le jour. Surtout, on peut regretter que c’est justement sur l’opportunité politique de cette œuvre que l’écrivain libanais vient de jeter l’éponge.

Dans un courrier à Michaël Levinas, Amin Maalouf s’inquiète que la pièce ne tombe à plat en ajoutant qu’elle pourrait être considérée comme une provocation plutôt que comme un geste de paix. En un mot, dans le climat politique actuel au Proche-Orient, le mieux était de s’abstenir en attendant des jours meilleurs…

Ecrire un hymne commun à la paix dans un climat tendu et difficile exige un peu de courage politique. Il a visiblement ici manqué, mais comme il manque souvent aux intellectuels arabes et musulmans pour dénoncer les excès du terrorisme ou des régimes autocrates du Proche-Orient. Non seulement c’est affligeant, mais cela entretient une complaisance nuisible aux efforts de rapprochement et de paix. Une nouvelle démonstration vient malheureusement d’en être faite.

Selon Michaël Levinas, qui aura tout fait pour la survie de cette création, la tristesse qu’il a ressentie à la lecture des raisons invoquées, ressemble fort à la désespérance de l’humain.


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