Les ONG dénoncent l’« inaction » de l’Onu au sujet du Darfour

lundi 22 novembre 2004

La résolution sur le Soudan adoptée à l’unanimité vendredi à Nairobi par le Conseil de sécurité de l’Onu a été vivement critiquée par des organisations non-gouvernementales, qui attendaient des mesures plus concrètes sur le Darfour, région de l’ouest du pays ravagée par la guerre civile.


La résolution 1574 encourage la paix au Soudan, pays en proie à deux guerres civiles, mais ne contient pas de menaces de sanctions.

Le Conseil y promet une assistance financière au Soudan une fois qu’un accord de paix définitif sera signé. Gouvernement et rebelles se sont engagés à Nairobi à conclure cet accord avant la fin de l’année.

L’organisation humanitaire internationale Oxfam a dénoncé vendredi « la faiblesse » du Conseil de sécurité et lui a adressé une « gifle » pour son « inaction au Darfour ».

« Nous avions tous espéré que venir en Afrique aurait donné au Conseil l’occasion (...) de prendre des actions concrètes pour la population du Darfour », a expliqué Caroline Nursey d’Oxfam, dans un communiqué publié vendredi à Nairobi.

« Nous craignons que le gouvernement du Soudan prenne la résolution comme un chèque en blanc pour continuer ses persécutions contre la population civile du Darfour », a déclaré pour sa part l’organisation Human Rights Watch (HRW), dans un autre communiqué.

« Le Conseil de sécurité de l’Onu semble avoir édulcoré ses précédentes menaces de rendre le gouvernement du Soudan responsable des abus continus des droits de l’Homme au Darfour », a poursuivi HRW.

Dans ses deux précédentes résolutions sur le Darfour, adoptées le 30 juillet et le 18 septembre, le Conseil de sécurité avait menacé de sanctions le gouvernement de Khartoum s’il ne mettait pas fin aux exactions des milices arabes Djandjawids dans cette région.

Ces milices, soutenues par Khartoum, sont accusées d’atrocités à l’encontre des civils d’origine africaine.

Jeudi, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, avait estimé à Nairobi que la situation « continuait de se détériorer » au Darfour, et avait appelé le Conseil à prendre des « actions urgentes ».

Pour l’organisation Amnesty International, « le Conseil doit au minimum imposer un embargo sur les armes (au Soudan), pour signifier qu’il n’accepte pas la détérioration de la situation ».

« Certains vont dire, certains disent déjà, que ce n’est qu’une résolution de plus (...), que cet événement n’est que l’occasion d’une belle photo de famille », a reconnu le président en exercice du Conseil, l’Américain John Danforth, après l’adoption de la résolution.

« Nous ne sommes pas venus ici pour une cérémonie ou pour la photo, mais pour atteindre des résultats », a-t-il protesté.

Quelques dizaines de réfugiés soudanais ont manifesté vendredi devant le siège de l’Onu dans la capitale kényane, comme ils l’avaient déjà fait la veille.

« C’est une résolution terriblement faible », a dénoncé John Lasu, l’un des manifestants. « Cela ne va pas pousser Khartoum à entendre la demande internationale pressante pour faire cesser les combats au Darfour », a-t-il déploré.

Le Conseil voulait un vote unanime sur sa résolution, a-t-on confirmé en son sein.

Pour cela, il a fallu composer avec la Russie, la Chine, le Pakistan et l’Algérie, qui s’étaient abstenus sur deux précédentes résolutions mentionnant d’éventuelles sanctions.

« La coercition, nous l’avons appris, peut s’avérer contreproductive », a ainsi expliqué l’ambassadeur du Pakistan, Munir Akfam.

Le Conseil de sécurité, au cours de sa réunion extraordinaire à Nairobi, a essentiellement mis l’accent sur le conflit qui oppose depuis 21 ans le régime arabo-musulman de Khartoum aux rebelles du sud du Soudan, à majorité chrétienne et animiste. L’autre conflit soudanais en cours a fait 70.000 morts et 1,5 million de morts au Darfour depuis février 2003.


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