Mais où va la France ?

Alain Rajchman

mercredi 17 novembre 2004

La France dont des municipalités appellent de leurs vœux la création de boulevards ou d’avenues en l’honneur du Président Yasser Arafat, la France qui vient de vivre à l’heure palestinienne, est-elle encore la nôtre ?


Je n’étais pas en France la semaine de l’hospitalisation de Yasser Arafat. Cela m’a permis de regarder avec une certaine distance ce qui se passait à Paris. L’adulation du chef palestinien n’avait rien de bien sympathique.

La vénération manifestée à l’égard du leader palestinien, la présence du chef de l’Etat, le ballet des voitures officielles, les honneurs militaires, l’utilisation de l’avion de la République m’ont tout simplement choqué. Par médias interposés, la France a donné le sentiment de vibrer à l’unisson les derniers instants de Yasser Arafat. Le grand homme s’éteignait en France et la France lui rendait le plus officiel des hommages.

Etaient oubliés les millions de dollars détournés au profit de la fortune personnelle d’Arafat (au détriment du peuple palestinien). Etaient oublié le passé terroriste de Yasser Arafat. Etait passé sous silence son refus d’accepter les accords de camp David permettant la création d’un Etat Palestinien. Comme était omis le soutien actif accordé à la seconde intifada avec son sinistre cortège d’assassinats de civils israéliens.

Le spectacle d’une institution militaire complaisante sur l’état de santé d’Arafat, le spectacle navrant et nullement dénoncé d’une épouse d’abord soucieuse de préserver ses intérêts financiers et le spectacle désolant de l’utilisation de l’argent public français, suscitent aujourd’hui de vraies questions.

La France qui laisse se développer une polémique insupportable sur l’empoisonnement du président palestinien, la France qui peine à dénoncer l’imposture médiatique de France 2, la France qui souhaite renommer ses rues au nom d’Arafat, cette France est-elle encore la nôtre ?

Hier soir, les louanges de Mahmoud Darwich en première page du journal Le Monde sur le thème « nous avons tous quelque chose d’Arafat » ont apporté, une bien cinglante réponse à mes interrogations.


La revue des infos

Mots-clés

Accueil