L’Europe rate encore une occasion de faire l’histoire

Alain Rajchman

mercredi 27 octobre 2004

A l’heure où le Premier ministre Ariel Sharon imprime sa marque sur l’histoire de l’Etat d’Israël, l’Europe demeure bien silencieuse sur la portée de l’accord voté à la Knesset et sur le courage de celui qui l’a obtenu dans le respect de la démocratie.


La France aurait du être la première nation à se reconnaître dans le discours gaullien d’Ariel Sharon à la Knesset. Les démocraties d’Europe auraient du être les premières à saluer le courage de celui qui, dans le strict respect des règles démocratiques, a obtenu l’aval du plan de retrait de Gaza.

Une nouvelle fois, l’Europe politique rate l’occasion de faire l’histoire en accompagnant Israël dans ses choix les plus difficiles. Quel découragement d’entendre sur les ondes (Radio France) qu’enfin 8.000 colons juifs vont quitter Gaza, territoire occupé depuis 37 ans ! Imaginez simplement qu’un accord ait demandé un mouvement de population palestinienne d’une telle ampleur, les mêmes auraient crié à l’épuration ethnique.

Rien n’a été dit ni exprimé sur la douleur, le déchirement de ceux qui vont abandonner leurs maisons (depuis 37 ans, elles étaient leurs maisons), leur désespoir de tourner le dos à ce qu’ils ont bâti de leurs mains. Leur déracinement ne pèse rien ! Quels sentiments humains pourraient bien habiter dans le cœur de ces colons ?

Rien n’a été dit ou exprimé sur le courage d’Israël de mener un retrait majeur sans aucune garantie, ni interlocuteur fiable. La terre contre la paix, mais où est la paix ? S’interrogent de nombreux israéliens. C’est pourquoi, il était très important que le soutien international porté à Ariel Sharon soit large et visible pour éviter les conséquences désastreuses du retrait unilatéral du Liban.

Une nouvelle fois, l’Europe n’a rien compris des enjeux. Alors que le Premier ministre Ariel Sharon inscrit sa démarche dans sa volonté de voir naître un Etat palestinien, voisin d’Israël, dans un Proche-Orient en paix, les diplomates européens font la fine bouche.

Neuf ans après l’assassinat d’Y. Rabin, Ariel Sharon envoie un message dramatique au monde entier. L’Etat d’Israël vient de montrer qu’il ne disparaîtra pas dans le sang des batailles, ni dans les tourments d’une guerre civile. Cette force cache aussi une faiblesse : celle d’être enfin compris, accepté et soutenu par les démocraties qui lui marchandent le droit à l’existence. La journée historique d’hier méritait mieux que cela. Aujourd’hui, Ariel Sharon doit se sentir bien seul et en danger. L’Europe n’a pas été au rendez-vous !


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