Entre évidence et énormités

Par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

mercredi 23 février 2011, par Desinfos

Cependant que les médias tiennent en haleine l’opinion publique internationale sur les soubresauts, qui agitent plusieurs pays du Moyen-Orient, le journal Le Monde , daté du 23 février, croit devoir évoquer d’une part, le comportement de la population arabe en Israël et dans les Territoires palestiniens et d’autre part, certains documents confidentiels sur la négociation israélo-palestinienne dans les années 2008-2009.


Ces développements dus les uns, à l’actuel correspondant à Jérusalem Laurent Zecchini, les autres à son prédécesseur, Benjamin Barthe, ne manquent pas de surprendre.
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Laurent Zecchini, pour sa part, constate que « le vent des révoltes arabes épargne Israël et les territoires palestiniens ».
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Mais, le contraire eut été étonnant.
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S’agissant d’Israël, il n’y a aucune raison que la population arabe, qui, certes, atteint près de 20% de la population du pays, manifeste dans un sens, en faveur des dictateurs déchus ou en passe de l’être ou contre eux.
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D’ailleurs les autorités israéliennes ne manqueraient pas de prendre des mesures préventives pour éviter des manifestations trop importantes, en veillant, certainement, à ce qu’une bavure de celle, qui eut lieu en septembre 2000, au moment du déclenchement de la seconde Intifada, et qui provoqua 13 morts, ne se reproduise pas.
Une même attitude se comprend d’ailleurs également dans les Territoires.
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Certes, la démocratie n’est pas de mise ni dans la bande de Gaza, ni en Cisjordanie, mais, vraisemblablement, la population préfère se concentrer sur l’attitude à adopter face à Israël plutôt qu’à mettre en cause les dirigeants palestiniens actuels.
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Et si manifestations il devait y avoir ce serait plutôt – avec le soutien des dirigeants – contre les Etats-Unis, accusés, après leur récent veto au Conseil de sécurité, de soutenir, becs et ongles, leur allié israélien.
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Sans doute, s’agissant de l’attitude des responsables politiques des deux bords, tant Israël que l’Autorité palestinienne auraient, certainement, préféré un statu quo en Egypte, car le raïs avait su ménager « la chèvre et le chou » en rassurant d’une part les Israéliens quant au maintien de l’état de paix et d’autre part, les Palestiniens en soutenant leurs revendications, lors de ses contacts avec Israël.
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Et à l’heure actuelle, l’inquiétude est certainement plus vive du côté israélien, car si, pour l’instant, les événements démontrent – heureusement – que le conflit israélo-arabe n’est pas cause d’instabilité dans la région, il n’est pas sûr que la récupération du mouvement populaire par les Frères musulmans, qui soutiennent, déjà, le Hamas, puisse, à terme, être écartée.
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Mais, on regrettera surtout que, in cauda venenum, Laurent Zecchini termine son article par des affirmations scandaleuses sur Israël.
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En effet, le journaliste parisien se permet d’affirmer, de façon péremptoire, que « la crise égyptienne a été un révélateur parmi d’autres de sa relativité
 : démocratie parlementaire, respectueuse de l’indépendance de la justice et de la liberté de la presse, Israël l’est certainement. sa Pour les Juifs . Au delà de la « ligne verte », en territoire palestinien occupé, la pratique israélienne est celle d’un régime colonial aux « sa valeurs  » démocratiques aléatoires. Encore au delà, force est de constater qu’en Egypte, au Proche-Orient, comme en Afrique, en Asie comme en Amérique latine, Israël a un sa penchant certain pour les régimes autocratiques, voire les dictatures  » (souligné par nous).
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N’en jetez plus la cour est pleine…..
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On aurait aimé des exemples précis de ces dernières accusations et surtout l’indication de modèles vertueux à suivre.
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Pourquoi attendre d’Israël ce que Le Monde n’exige pas d’autres pays (il est vrai qu’il fut un temps où déjà à l’époque d’Hubert Beuve-Méry – dans le sillage duquel le nouveau directeur du journal entend se situer – ce journal avait un penchant certain pour le régime soviétique….de préférence au modèle américain).
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Ce parti pris anti-israélien se retrouve dans le choix par Benjamin Barthe, qui publie, sur une page entière, parmi des documents confidentiels (Palestine Papers), révélés en janvier dernier par Al-Jazira, une formule attribuée à Tsipi Livni, à l’époque où ministre des affaires étrangères, elle était associée activement aux négociations israélo-Palestiniennes.
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La ministre israélienne aurait déclaré – et Le Monde tient à le souligner dans un encarté - : « Je suis avocate, mais je suis contre le droit, surtout le droit international ».
Jusqu’à plus ample informé, nous n’avons pas de raison de mettre en doute la véracité – même s’il nous paraît stupide – de ce propos.
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Ce ne serait pas la première fois qu’en Israël ou dans d’autres pays, des responsables (sic) politiques n’hésitent pas à formuler des « énormités », en osant se prévaloir de leur formation (sic) juridique.
Mais est-ce une raison pour faire croire que ce serait une position de principe d’Israël ?
Nous pensons avoir, à de nombreuses reprises, témoigné de notre attachement au respect de la règle de droit, valable pour tous, en déplorant, précisément, que souvent, même, pour ne pas dire surtout, aux Nations Unies ou dans la bouche de dirigeants de nombreux pays (y compris français), Israël n’était pas traité de façon impartiale.
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On n’hésite pas, en effet, souvent à « créer » du droit pour les besoins de la cause – les prétendues frontières de 1967, qui ne sont qu’une ligne de cessez-le-feu, en sont l’exemple le plus criant.
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Or, il est évident que le conflit israélo-arabe ne pourra être réglé que sur la base du droit (droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, droit à la sécurité, etc…), des considérations historiques ou d’opportunité ne pouvant que conforter une base juridique et non la créer.
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Décidément cette présentation d’Israël ne laisse pas augurer un éclairage plus objectif de la part de la nouvelle direction du Monde .


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