Le Nobel de la Paix est-il un gage de Vertu ?

Par Simon Frajdenrajch, analyste

vendredi 28 janvier 2011, par Desinfos

La Ligue de Vertu Internationale met actuellement en avant Mohamed El Baradei, Directeur Général de l’AIEA de 1997 à 2009 (Agence Internationale de l’Energie Atomique dont le siège est à Vienne) : celui-ci se vit remettre le Prix Nobel de la Paix en octobre 2005 au nom de l’organisme à la tête duquel il a exercé au total trois mandats.


A-t-il efficacement lutté contre le programme d’armement nucléaire de l’Iran dont Israël s’était d’abord inquiété après les déclarations incendiaires et éradicatrices de son nouveau président Mahmoud Ahmadinejad dès son élection en 2005 ? Que nenni !

A-t-il, tout au long des années 2003 à 2008, fait bloquer la production d’uranium enrichi dans le respect du Traité de Non Prolifération (TNP) Nucléaire signé par l’Iran : que Nenni !

Les inspecteurs de l’AIEA se faisaient rouler dans la farine, et Mohamed el Baradei tout le premier, en y mettant beaucoup de ‘mauvaise bonne volonté’ : cet oxymore pour souligner combien il se laissait violer avec une concupiscence toute diplomatique.

El Baradei ne manqua pas d’exiger de se rendre en inspection personnellement sur le site de Dimona en Israël, site mythique de la production du nucléaire israélien, et certainement lieu de production de bombes nucléaires, alors que le pays entretient une ambiguïté volontaire sur sa détention de cet armement, et qu’Israël a refusé de signer le TNP.

Mohamed el Baradei fut donc accueilli en Israël mais il revint bredouille de son inspection. Cela servira néanmoins sa gloire auprès des masses arabes.
Les Israéliens n’avaient pas une confiance absolue en son objectivité ni son indépendance de jugement. Ils n’avaient pas l’intention de lui livrer des secrets de famille que la rumeur publique internationale alimentait des phantasmes de pacifistes iréniques : « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, y-a rien que les Israéliens qui sont des méchants fauteurs de guerre ; y-zon ka disparaître et bon débarras ! ».

Qu’importe : constatant que non seulement le programme nucléaire iranien n’était pas contrôlé, mais au contraire filait un train d’enfer vers sa réalisation, envers et contre les négociateurs de la molle ‘triplette européenne’ (Grande Bretagne, France, Allemagne), relayée par les USA d’une inefficacité tout aussi remarquable depuis la prise de fonctions de Barack Obama, les Norvégiens du comité Nobel attribuèrent leur prix ‘prestigieux’ à Mohamed el Baradei et à l’AIEA.

Onze ans plus tôt, en octobre 1994, le Comité Nobel avait décerné son prix au regretté Itzhak Rabin, à Shimon Peres l’opportuniste, et à l’épouvantable Yasser Arafat, qui prouva par la suite combien le soi-disant « processus de paix » entamé à Oslo devait lui servir à instrumentaliser son projet de destruction de l’Etat d’Israël par étapes.

Il n’en n’eut pas le temps, et l’on a beaucoup glosé sur ce qu’aurait fait Rabin s’il n’avait pas été assassiné : avec certitude, ce grand général, diplomate et politicien, abusé par le cercle des pacifistes colombophiles, aurait défendu la pérennité d’Israël sans la moindre hésitation. Rabin n’était ni un politicard à la Pérès, ni un toquard à la Olmert, ni un escroc à la Sharon.

Rappelons que ce même Comité Nobel de la Paix, qui a la spécificité d’être composé de Norvégiens et d’être remis à Oslo, et non pas de Suédois pour les autres Nobel remis à Stockholm, a été décerné à Barack Obama à la fin de la première année de son premier mandat en 2009, pour certifier que le « gratin de l’Europe bien pensante » avait vraiment trouvé son Messie et point n’était besoin de preuves avérées de ses bienfaits pacificateurs.

Que nous a prouvé Obama depuis ?

Rien, strictement rien, si ce n’est qu’il n’a fait que renforcer le camp des va-t-en guerre :

Depuis sa prise de fonction, observons qu’Obama a échoué dans ses tentatives de pacification au Moyen-Orient (Afghanistan, Irak, Soudan), avec des pays de la région qui se tournent vers le camp islamiste (Turquie, Syrie, Liban) quand l’Egypte est déstabilisée après la Tunisie.

La ‘Révolution du fellafel’ d’Egypte suivra-t-elle celle du Jasmin de Tunisie ?
Rien n’est moins sûr : le régime de Moubarak est fort, il s’appuie sur l’armée, qui n’hésitera pas à sacrifier des milliers, voire des dizaines de milliers de manifestants pour se maintenir.
Et s’il devait s’effondrer sous les coups de boutoir de la rue, sans doute ce seront les islamistes qui s’empareront du pouvoir, comme en Tunisie.

Sous le faux nez d’un démocrate, Mohamed el Baradei est prêt à s’allier avec les ‘Frères Musulmans’ qui se tiennent en réserve derrière les émeutes : aux dernières nouvelles, après un retour au Caire qu’il espérait, triomphal, il a été sagement placé sous mandat d’arrêt à son domicile. Pourvu qu’ils n’en fassent pas un martyr ! Puissent-ils dégonfler la baudruche.

Le processus révolutionnaire au Maghreb et au Mach’ek islamiques sera-t-il pacifique, ou bien les islamistes dissimulés en tapinois emporteront-ils tout sur leur passage ?

L’Histoire nous enseigne qu’une révolution commence de façon plus ou moins douce, mais que la violence déchaînée par les premières écluses débordées ne comble sa faim que dans l’ivresse du sang, et ne trouve sa fin qu’après des épisodes longs et douloureux de massacres populaires, où chaque peuple paie de lourds sacrifices le prix de la liberté, sans pour autant être assuré d’arriver à bon port.

Moralité :
L’attribution de Nobel de Paix par le jury d’Oslo nous garantit une chose : le choix de l’élu annuel est généralement aussi désastreux que celui de la Palme d’Or à Cannes !


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