En attendant l’issue

Albert Capino © PRIMO-Europe

vendredi 3 septembre 2004

En attendant l’issue
Comme tout le monde, je suis le déroulement des prises d’otages. Tous les otages : les centaines « d’anonymes » dont plusieurs dizaines d’enfants, comme le relatent nos médias, retenus dans une école d’Ossétie, comme des deux journalistes français.


En ce qui concerne ces derniers, je ne me ferais toutefois pas trop de souci.

Pas par « manque de cœur », comme dirait notre ministre de l’Intérieur. Non. Tout simplement parce que je suis persuadé que leur vie n’est pas réellement en danger.

En effet, stratégiquement, les ravisseurs ont un triple intérêt :

Dernier argument, et non des moindres, il y aurait une rançon à la clef dont le montant et la date de remise seraient déjà fixés, permettant au gouvernement français d’annoncer la libération dans un grand effet de manches, que je n’en serais pas plus étonné.

L’attitude du gouvernement Français, consistant d’abord à quémander une « distribution de bons points » à ces brutes, puis de s’en glorifier ensuite, serait indigne.

Mais qu’importe la dignité ? Ne serait-ce-pas la façon de démontrer que nos choix sont justes, que les Italiens se sont trompés, que les Américains ont tort, qu’il ne fallait pas aller en Irak, qu’il faut soutenir l’Iran, la Syrie et se placer aux côtés des régimes arabes qui oppriment leurs populations et bafouent quotidiennement les Droits de l’Homme ?

Vous me direz que c’est pour la bonne cause : la libération de deux innocents enlevés. Le poids stratégique des enfants en Ossétie est dans l’autre plateau de la balance.

Quant aux 12 Népalais sacrifiés, eux, aux yeux de leurs assassins, ils ne valaient rien…et leur mort n’a pas suscité d’autre commentaire dans NOTRE presse que la crainte que NOS journalistes subissent le même sort !

Nos médias ne relatent même pas si ce sont des hommes ou des femmes, des jeunes ou des vieux, des célibataires ou des pères de famille…

À moins de tomber sur des fêlés de la pire espèce, je suis prêt à parier mon poids en pistaches que les otages vont être libérés, parce qu’aucun tyran arabe n’a envie que l’opinion française empêche son président de continuer sa politique inconditionnelle.

Et si NOS dirigeants n’ont pas les moyens de faire céder les groupes terroristes, les amis de nos dirigeants ont les liens avec eux et les arguments pour les convaincre.

Dans ce contexte, les dirigeants français auront obtenu une aide extrêmement efficace de la part des ravisseurs. Ces derniers seraient ravis d’apprendre la considération dont ils jouissent en France et les dirigeants français, quant à eux, exulteraient de pouvoir montrer que leurs bonnes relations avec les Arabes les mettent à l’abri du terrorisme qui menace l’ensemble de la planète sauf eux.

On dit qu’il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade.

Par les temps qui courent, on peut ajouter qu’il vaut mieux être journaliste et Français qu’enfant et Russe en Ossétie… ou simple passager d’un bus à Beersheba.


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