En 2011, Israël n’aura pas grand chose à attendre de la France de droite comme de gauche

Hélène Keller-Lind

samedi 1er janvier 2011, par Desinfos

Au premier jour d’une nouvelle année et à l’heure de traditionnels bilans, force est de constater qu’Israël n’a pas grand chose à attendre de la France


A droite

En décembre dernier, alors qu’il était reçu par l’UPJF, Jean-François Copé, patron de l’UMP, maire de Meaux, dont on connaît les ambitions présidentielles pour 2017, se disait être parfaitement en accord avec Nicolas Sarkozy à propos d’Israël. Certes, l’Iran des mollahs l’inquiète, mais « le blocage actuel du processus de paix » l’inquiète aussi. Blocage qu’il attribue « aux protagonistes actuels, » ce qui renvoie dos à dos Benyamin Netanyahou et Mahmoud Abbas. Il précisait néanmoins dans le même temps que « la colonisation et tous ces sujets ne feront rien pour débloquer la situation. »

Donc, ce blocage serait imputable quasi exclusivement à une pseudo colonisation... terme impropre utilisé pour décrire des implantations dans des territoires disputés – et non pas « occupés », terme choisi par les instances internationales, à l’instar de l’UNESCO, par exemple - faisant l’objet de négociations, même si celles-ci connaissent des hauts et des bas. On a vu que dans un espoir de paix Israël avait démantelé des implantations dans la Bande de Gaza, devenu depuis un territoire sous la coupe des islamistes du Hamas...

Quant au Quai d’Orsay, on sait que l’ancien ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, - peut-être pas de droite mais ministre d’un gouvernement de droite- s’est distingué en décernant le Prix des Droits de l’Homme à un portail d’ONG prônant un boycott anti-israélien ou que son dernier acte en tant que ministre aura été de décorer de la Légion d’Honneur un Palestinien, « ami de 25 ans, » qui déclare ouvertement ne pas être en faveur de la violence mais « qu’il faut frapper Israël là où ça fait mal... »

A propos du ministère des Affaires étrangères, on connaît également le rôle néfaste joué par le consulat français de Jérusalem qui est directement sous sa tutelle, entre autres par le biais de son réseau culturel dans les territoires palestiniens gérés par l’Autorité palestinienne et le Hamas pour la Bande de Gaza. Ainsi, et pour ne prendre qu’un des exemples les plus saillants, organisait-il une tournée de Stéphane Hessel dans ses centres culturels. Un Stéphane Hessel grand chantre de la campagne de boycott anti-israélien, qui rencontrait avec un plaisir évident des dirigeants du Hamas et pleurait sur « la Nakba »…

Autre exemple significatif de l’attitude de la France : on lit avec étonnement dans le n° 1146 d’Actualité Juive que « la représentante spéciale de la France concernant le processus de paix au Proche-Orient » estime que «  la stratégie palestinienne semble responsable et mesurée.... » Analyse étonnante au regard des réalités mais qu’elle motive ainsi : à propos « du boycott des produits israéliens par les Palestiniens, » « ces derniers lui avaient fait part de leur volonté de faire une différence entre Israël et les colonies. » Colonies, nous y revoilà donc...

D’ailleurs, fin décembre, le ministre de l’Economie palestinien, Hassan Abu Libdeh, qui venait de rencontrer cette représentante française, se glorifiait d’avoir éradiqué tous les produits des dites «  colonies  » des territoires gérés par l’Autorité palestinienne , avertissant que la prochaine étape serait de boycotter « tous les services liés aux colonies et les relations d’affaires là où ces services sont fournis. » On peut se demander si cette stratégie, pourtant qualifiée par une représentante officielle française, de « responsable et mesurée » peut être facteur de paix....Et, petit clin d’œil, ce boycott n’est pas mis en place pour les téléphones portables car il n’y a pas de compagnie de téléphonie palestinienne opérant localement nous apprend l’agence de presse palestinienne Maan News !

La veille de ces déclarations ministérielles un porte-parole de l’Autorité palestinienne, Ghassan Khatib, démentait le contenu d’un article paru dans Haaretz selon lequel elle serait revenue sur un décret de Mahmoud Abbas , et confirmait que les « responsables » palestiniens entendaient bien interdire à leurs administrés de travailler dans « les colonies » mais que cela ne serait pas mis en place aussi rapidement que prévu pour permettre à ces derniers de retrouver du travail purement palestinien...en effet, cette mesure menaçait de mettre 30.000 Palestiniens, le plus souvent parmi les plus pauvres, aux chômage.... Une menace qui n’est donc pas écartée.

On lit, par ailleurs, non sans étonnement que la représentante française avait au programme de ses rencontres lors d’un déplacement dans la région « le programme d’éducation à la paix initié lors de la journée internationale de la paix. » Il n’est pas précisé avec quelle partie elle devait l’évoquer et nulle mention n’est faite de l’éducation à la haine palestinienne dispensée systématiquement et par tous les moyens possibles et pas uniquement dans les manuels scolaires palestiniens...On se souviendra, en effet, que quelques jours avant ces rencontres franco-palestiniennes dont la représentante semblait très satisfaite, Al-Hayat Al-Jadida, le quotidien officiel de l’Autorité palestinienne affirmait que « Israël est un pays qui propage la destruction et la perte de l’humanité.... » On ne parle plus des «  colonies  » ici mais bien de l’État que Mahmoud Abbas et ses ministres refusent de reconnaître comme État hébreu...sans que cela ne semble émouvoir la représentante française.

Compte tenu de tout ce qui précède, il n’a donc guère été très étonnant d’apprendre que, se démarquant de la plupart des démocraties occidentales qui ont voté contre la tenue scandaleuse de Durban III à New York en septembre de cette année, la France, elle, se soit abstenue dans le vote onusien qui avait pour but d’organiser « les célébrations » de niveau gouvernemental de la grand messe anti-israélienne, voire antisémite qu’avait été Durban I voici dix ans....

Point de désaccord radical entre les États-Unis de Barack Obama et la France de Nicolas Sarkozy donc. Mais il faut dire que la France brûle d’impatience de jouer un grand rôle au Proche-Orient par le biais de l’Europe...qui, sous l’impulsion de la France a versé en trois ans «  7,7 milliards de dollars d’aide à l’Autorité palestinienne »

Dans un long entretien avec le quotidien officiel palestinien Al-Ayyam «  l’architecte de la Conférence des donateurs de Paris pour l’Etat palestinien » Pierre Duquesne, donne un satisfecit à l’Autorité palestinienne qu’il pousse à mettre en place « une stratégie qui inclut tous les éléments de base de l’Etat palestinien au niveau économique et institutionnel. » Le concept d’État palestinien est d’ailleurs martelé à mainte reprises dans cet entretien. Et il affirme que « nous avons besoin d’un processus politique qui implique toutes les parties concernées, notamment le Quartet. Et quand je dis le Quartet cela comprend l’Union européenne, car l’Europe doit jouer un rôle. D’ailleurs l’Europe a clarifié sa position il y a à peu près un an le 9 décembre 2009 : nous avons désormais une position européenne unifiée au niveau des 27 pays et nous avons un rôle à jouer sur cette base. Les 27 pays regroupés représentent le plus important bailleur de l’Autorité palestinienne et l’Europe ne peut se limiter à un rôle de banquier, nous avons également un rôle politique à jouer ».

A gauche

En dépit de ces prises de position gouvernementales à divers niveaux, Laurent Fabius et le P.S. reprochaient en octobre dernier à l’actuel gouvernement français de faire preuve de « beaucoup d’indulgence envers le gouvernement actuel israélien qui continue la colonisation et doit arrêter la colonisation...ce qui est la condition qui est mise...  »

Le P.S. avait d’ailleurs dit clairement et très officiellement quelle serait sa position s’il revenait au pouvoir : "Nous romprons avec l’indulgence excessive du gouvernement français envers le pouvoir israélien à qui nous dirons qu ’il devra quitter rapidement les territoires colonisés ."] Pas un mot des Palestiniens qui, pour le PS, doivent donc être sans reproches...

Quant au reste de la gauche, il suffit de voir qui ont été les premiers signataires d’une pétition de soutien à Stéphane Hessel... Pour une liste plus complète voir les signatures recueillies par le « Collectif pour un Paix juste en Palestine »

Et pendant ce temps, s’inscrivant dans l’air du temps, la diabolisation médiatique d’Israël continue, notamment en français...comme on peut le voir dans cette mise à jour en ce 1er janvier 2011


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