Après l’incendie d’un foyer social juif à Paris...les réactions habituelles...

dimanche 22 août 2004

« Des personnes âgées défavorisées fréquentaient ce foyer. Elles sont doublement traumatisées, après avoir connu les rafles pendant la guerre et, aujourd’hui ce feu », dit, écoeuré, le patron d’un café situé à 20 mètres du centre.


« Un groupe de jeunes moudjahidine ont mis le feu au temple juif à Paris à 04h00, heure de Paris », selon un communiqué signé de Jamaat Ansar Al-Jihad al-Islamiya (« groupe des partisans de la guerre sainte islamique ») diffusé dimanche sur un site internet islamiste et dont l’authenticité n’avait pu être établie.

L’incendie criminel qui a détruit dans la nuit de samedi à dimanche un foyer juif de la rue Popincourt, dans le XIe arrondissement de Paris, a provoqué une vague de réaction au sein du monde politique et des institutions juives.

Des inscriptions au marqueur rouge telles que « Sans les juifs, le monde est heureux », « Juives dehors », « Hitler = (croix gammée) » et « France = SS » ont été retrouvées sur les murs à l’intérieur du local ainsi que sur un réfrigérateur sorti dans la rue avec d’autres affaires brûlées.

Le sinistre, qui s’est déclaré vers 04h00 du matin, n’a pas fait de victime. Des inscriptions nazies et antisémites écrites au marqueur ont été retrouvées sur place. Ce local de 100 m2 situé au rez-de-chaussée d’un immeuble de cinq étages servait notamment de cantine ; on y distribuait de la nourriture casher aux plus démunis.

Le centre tenu par l’Union des israélites séfarades de France (UISF) servait de lieu de réunion et de cantine gratuite pour les personnes âgées et déshéritées du quartier.

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Roger Cukierman, a dénoncé dimanche le « laxisme » de la justice, après l’incendie criminel qui a détruit les locaux d’un centre social juif du 11e arrondissement de Paris.

Les juges qui ont traité récemment des affaires antisémites ont « créé un véritable sentiment d’impunité par des relaxes systématiques », a-t-il déclaré sur Europe 1.

« Ce laxisme permet aux antisémites de tous bords de s’exprimer librement. Pourquoi se priver quand on ne risque rien ? », s’est-il interrogé.

Jacques Chirac a condamné « avec force cet acte inqualifiable » et exprimé « sa pleine solidarité aux responsables et au personnel du centre ainsi qu’à l’ensemble de la communauté juive de France ».

Dans un message transmis par l’Elysée, le président de la République « rappelle la détermination absolue des pouvoirs publics à rechercher les auteurs de ces agissements inacceptables pour qu’ils soient jugés et condamnés avec la plus grande sévérité ».

De retour de Poitiers (Vienne) dimanche matin, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin s’est rendu rue Popincourt vers 11h30.

« Je voudrais dire que les auteurs de tels crimes - ici nous pouvons parler de crimes puisqu’il y a incendie volontaire et signature raciste - encourent des peines de prison pouvant aller jusqu’à 20 ans », a-t-il déclaré aux journalistes sur place.

« Le parquet requerra la peine maximale dès que les auteurs seront arrêtés. L’ensemble des forces du pays seront mobilisées pour que les criminels qui se livrent à de tels actes puissent être rapidement arrêtés et sévèrement punis », a ajouté le chef du gouvernement.

Condamnant également cet incendie, le ministre de l’Intérieur Dominique de Villepin a annoncé dans un communiqué avoir demandé au préfet de police de Paris de « mobiliser tous les moyens d’enquête nécessaires en vue d’en identifier les auteurs ».

« A l’heure qu’il est, il est impossible évidemment donner des indications précises sur les auteurs mais il s’agit à l’évidence d’un acte volontaire puisqu’on a retrouvé à l’intérieur des locaux de multiples inscriptions antisémites », a déclaré rue Popincourt le préfet de police de la capitale, Jean-Paul Proust, qui dit avoir mobilisé dans cette affaire « tous les services les plus spécialisés, les services de la brigade criminelle et toute la police scientifique et technique. »Nous n’aurons de cesse de retrouver les auteurs, de les interpeller pour les présenter à la justice", a ajouté Jean-Paul Proust.

Le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, s’est rendu sur place en début de matinée.

« Je tenais en tant que maire de Paris à venir immédiatement, à affirmer la condamnation de Paris, la solidarité de tous les Parisiens avec les Juifs, qui sont blessés, atteints douloureusement », a-t-il déclaré.

A trois jours du 60e anniversaire de la Libération de Paris, Bertrand Delanoë a soulevé la nécessité de défendre des « valeurs de civilisation ».

« Si, il y a soixante ans, nos aînés ont été capables, au prix parfois du sacrifice de leur vie, de défaire les barbares, alors nous devons être capables aujourd’hui, nous, de ne pas céder à l’indifférence, à la banalisation. Nous devons tous ensemble, quelles que soient nos différences, défendre ces valeurs de civilisation », a-t-il dit.

« Nous faisons ce que nous pouvons, et les choses continuent (...) Il faut que le gouvernement agisse », a déclaré pour sa part le Grand rabbin de France Joseph Sitruk.

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a lui aussi fait part de son « indignation ».

« Il ne peut pas y avoir de doute sur les motivations stupides et criminelles de ceux qui brûlent un restaurant du coeur en inscrivant des graffitis antisémites », a déclaré une porte-parole du Crif.

« C’est bien la haine des Juifs qui les anime. Le Crif demande aux autorités de faire diligence pour arrêter et condamner de façon exemplaire les responsables de cet acte odieux qui défigure la France », a-t-elle ajouté.

« Devant l’incendie odieux et criminel qui a détruit le centre social israélite du 11ème arrondissement, j’exprime ma très vive émotion et ma solidarité avec l’ensemble de la communauté juive de France », a déclaré à l’AFP Dalil Boubakeur.

Jean-Paul Huchon, président PS de la région Ile-de-France, s’est déclaré dimanche « consterné et indigné » par l’incendie criminel dans la nuit d’un centre social juif du XIe arrondissement de Paris, et a « redit son entier soutien aux responsables de la communauté juive ».

« La lutte contre l’antisémitisme et le racisme sous toutes ses formes demande plus que jamais une réponse forte de la société française, de l’Etat et des pouvoirs publics », a affirmé M. Huchon dans un communiqué.

Il a réitéré « sa proposition de faire de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme une grande cause nationale » et rappelé que la région, « outre le renforcement en 2005 de son programme d’aide à la compréhension de la shoah, est prête à financer un grand programme pédagogique de lutte contre toutes les formes de racisme, de violence et d’intolérance pour que les jeunes apprennent à mieux vivre ensemble dans les lycées ».

Le PS « s’indigne et condamne » l’incendie criminel d’un centre social juif dans le 11e arrondissement de Paris, et demande au gouvernement de « se donner les moyens de mener une lutte contre l’antisémitisme qui ne soit pas seulement verbale ».

« Cette nouvelle agression s’inscrit dans une série insupportable », déclare dans un communiqué Julien Dray, porte-parole du PS.

« Au-delà de la condamnation, nous demandons maintenant que les auteurs soient arrêtés et sévèrement sanctionnés », ajoute-t-il, estimant que « le gouvernement doit enfin se donner les moyens de mener une lutte contre l’antisémitisme qui ne soit pas seulement verbale ».

Le Parti communiste français a condamné dimanche l’incendie criminel qui s’est produit dans la nuit de samedi à dimanche d’un centre social juif du 11e arrondissement de Paris, considérant ce « nouvel acte de violence antisémite » comme « totalement inacceptable et révoltant ».

« Tout doit être mis en oeuvre pour retrouver, juger et condamner les auteurs de ces actes », déclare le PCF dans un communiqué, dans lequel il « assure la communauté juive de sa sympathie et de son soutien ».

« Plus que jamais l’heure est au combat déterminé contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme », écrit encore le PCF.

Georges Sarre, maire du 11ème arrondissement de Paris, a exprimé dimanche sa « consternation devant le lâche attentat », commis dans la nuit contre un local associatif de la communauté juive de cet arrondissement.

« De tels crimes doivent être vigoureusement dénoncés et les coupables recherchés et punis », écrit dans un communiqué M. Sarre, qui est également porte-parole du Mouvement républicain et citoyen (MRC).

Christophe Girard, adjoint (Verts) au maire de Paris chargé de la culture, a exprimé son « dégoût et sa colère face à l’ineffable, l’immonde et l’inacceptable ». « Unissons-nous contre ce fléau qu’est l’antisémitisme pour enfin l’abattre », écrit dans un communiqué M. Girard qui est également vice-président du conseil d’admininistration du Musée d’art et d’histoire du judaïsme de Paris.

L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) a annoncé dimanche qu’elle s’apprêtait à solliciter « chacun des médias français » afin de lancer une campagne « de sensibilisation contre l’antisémitisme », après l’incendie criminel survenu durant le week-end d’un centre social juif.

« L’UEJF sollicitera dès demain par voie officielle chacun des médias français afin de demander la mise à disposition d’espaces publicitaires pour une campagne grand public de sensibilisation contre l’antisémitisme », écrit l’association dans un communiqué.

« L’UEJF dénonce un antisémitisme devenu le mode ordinaire d’expression de la violence » et « appelle à la responsabilisation de tous les acteurs de la société afin de soutenir les efforts des pouvoirs publics », ajoute-t-elle.

Le président de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) Michel Tubiana a indiqué dimanche dans un communiqué que son association « condamne avec force » l’incendie criminel d’un centre social juif survenu durant le week-end, « dont les auteurs doivent être recherchés et punis ».

« Après la récente dégradation d’un cimetière juif et les agressions commises contre deux personnes d’origine maghrébine, c’est une nouvelle violence antisémite qui s’ajoute aux violences racistes et antisémites qui se développent en France », écrit-il.

« Au-delà de l’impérieuse nécessité de retrouver les auteurs de tels actes et de les sanctionner, c’est bien une réaction collective qui doit s’exprimer dès la rentrée », ajoute Michel Tubiana.


La communauté sépharade du onzième arrondissement de Paris a pleuré dimanche la destruction du dernier morceau de son histoire, entamée dans les années vingt, un centre social juif ravagé par un incendie criminel.

Les flammes ont ravagé la porte en bois ornée de deux étoiles de David, avant de brûler presque tout le local. Une épave de moto calcinée traîne sur le trottoir, tandis que de l’autre côté de la porte, un vieux congélateur a été sorti par la police. Deux croix gammées rouges maculent ses flancs.

« On ne comprend pas, s’indigne Claire Romi, membre de l’association judéo-espagnole qui occupait ce local de 180 mètres carrés. C’était un lieu plein d’âme et de vie pour notre communauté, et on voulait même le faire rénover. Le voir dans cet état m’arrache le coeur, c’est un pan entier de notre histoire qui s’effondre ».

Dans les années vingt, la communauté juive sépharade, venue essentiellement de Turquie, s’enracine dans ce quartier proche de la place de la Bastille. A l’emplacement du centre social. Une synagogue y est construite.

L’omniprésence de la communauté juive dans ce recoin du 11e arrondissement, après-guerre, s’étiole peu à peu à partir de 1970. « Il y avait avant un épicier et un grossiste en tissus très connus, mais ils ont disparu », se souvient Mme Romi. Depuis cinq ans, le centre social, où étaient distribués des repas aux personnes défavorisées, était l’ultime lieu de vie pour les juifs du quartier.

Marcel Gotlib, trésorier de l’« Union israélite sépharadite de France », s’interroge sur les raisons d’un tel acte. « Depuis 60 ans il n’y a jamais eu aucun problème. Nous étions un havre de paix connu de tout le quartier. C’est écoeurant », soupire le vieil homme.

Pour lui, « on ne peut pas empêcher un fou d’agir », mais « les autorités doivent prendre des mesures draconiennes ».

Dans la rue, l’odeur de bois brûlé se répand encore. On discerne avec peine l’intérieur noirci et calciné de la pièce principale. La mezzanine, qui servait à la prière des femmes, menace de s’effondrer.

Jean-Claude Durbant, un enseignant chrétien qui habite à proximité, est venu avec ses enfants constater les dégâts. Il fait part de « sa honte d’être Français ». « Cela ne m’étonne malheureusement pas. Pourquoi le CSA autorise-t-il les chaînes arabes à diffuser des programmes racistes ? », interroge-t-il.

Mickael Carlisle, un juif du quartier, est encore plus vindicatif : « La police ne veut pas taper dans la fourmilière. A 300 mètres de là, il y a une librairie néo-nazie, tout le monde le sait. Selon moi, l’auteur du geste odieux habite dans le coin et regarde ce qu’il a fait en ce moment ».


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