Fondation de Rothschild sous l’occupation : une exposition remarquable à ne pas rater...

Hélène Keller-Lind

samedi 6 novembre 2010, par Desinfos

On ne pourra jamais tout dire sur la Shoah. Mais quand l’occasion nous est donnée d’en découvrir un pan méconnu mis à jour grâce à un travail remarquable, il faut s’en saisir. L’exposition bouleversante, rigoureuse, détaillée, qui met l’accent sur l’humain, réalisée par Elisabeth Hernandez à la Fondation de Rothschild à Paris en fait partie... Il ne reste plus que quelques jours pour la voir ou la revoir.


Il y a, bien sûr, le cadre historique des années d’occupation, avec des documents, des explications claires : les lois anti-juives de Vichy, l’aryanisation des lieux juifs, l’évacuation, la réquisition. Mais il y a surtout une foule de visages très divers, les visages de ceux qui sont passés par la Fondation de Rothschild, rue Picpus à Paris, à un moment ou un autre de cette époque. Comme ceux d’enfants, tout petits, avec ou sans leurs parents. Comme celui de la petite Michèle Rosencher, née en avril 1943, entrevue avec sa sœur dans les bras de sa jeune mère radieuse, protégée un temps à l’hôpital Rothschild, puis déportée le 20 novembre de la même année et partie « dans un wagon plombé » pour ne jamais revenir, ni elle, ni de membres de sa famille...

C’est à elle qu’Elisabeth Hernandez a dédié l’exposition qu’elle a réalisée. Avec un grand souci de l’humain et grâce au travail d’historienne et de mémoire qu’elle a effectué méticuleusement dans les archives de la Fondation. Rien ne l’y aurait prédisposée, a priori, si ce n’est sa sensibilité d’aide-soignante dévouée à ses patients et qui n’a pu rester indifférente à « l’inhumanité  » qui se déroula en ces lieux. Cette prise de conscience lui est venue après qu’elle se soit intéressée au travail philanthropique de la famille Rothschild et qu’Eric de Rothschild eut reconnu la qualité de son travail et l’ait encouragée.

Parmi ces innombrables visages il y a ceux du personnel, médecins, infirmières, aide-soignantes, assistantes sociales...des photos qui sont une manière de leur rendre vie et hommage car la quasi-totalité œuvrèrent sans relâche à améliorer le sort de ceux qui passaient par l’hôpital. En soignant ceux qui devaient l’être mais aussi créant un réseau de résistance, en faisant évader des internés, puis en les faisant cacher, en veillant sur eux. A l’instar de Maria Errazuriz ou Claire Heyman...Internés juifs, dont des Argentins, mais pas uniquement. Il y eut aussi des résistants torturés qui y avaient été envoyés pour qu’ils y soient soignés avant de recommencer les interrogatoires....L’hôpital devint aussi un centre d’internement de Juifs qui étaient ensuite déportés via Drancy.

Certains visages manquent, bien que leurs écrits soient restés. Ce sont ceux qui, parmi le personnel, dénonçaient « les youpins » organisant des évasions...

Un catalogue très complet, abondamment illustré, très bien mis en page dans des tons sépia, accompagne l’exposition et en perpétue le souvenir. Une exposition qui devrait rester permanente tant l’histoire qu’elle relate est au cœur de ces lieux.

L’exposition dont l’entrée est libre, dure jusqu’au 21 novembre. Elle est ouverte de 13 h à 18 h, sauf le samedi au 76 rue Picpus, Paris 12ème.


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