Au nom de « l’alliance des juifs de France et de la République », je trouve la diplomatie française « particulièrement blessante » à l’égard d’Israël.

Par Alain Rajchman

vendredi 23 juillet 2004

Monsieur Robert Badinter s’autorise à parler au nom des juifs de France dans un entretien publié par le journal Le Monde. Il devrait, alors qu’il souligne « l’extraordinaire alliance » des juifs français et de la République, s’élever également contre l’hostilité marquée de la diplomatie française à l’encontre de l’Etat Juif.


L’ancien Président du Conseil Constitutionnel a jugé « extrêmement blessantes » les déclarations du premier ministre israélien. La forme de ces déclarations a pu choquer. De nombreuses personnalités se sont exprimées sur ce point et il n’est pas utile d’entretenir une polémique stérile. En revanche, nous n’avons pas à donner de nouveaux gages sur la qualité de notre citoyenneté française.

Nous ne sifflons pas la Marseillaise au Stade de France. Nous avons encore en mémoire l’image d’anciens poilus juifs de la grande guerre 14-18 qui espéraient que les décorations obtenues sur les champs de bataille et accrochées à leur veston leur permettraient d’échapper aux rafles de la police de Vichy. Nous n’en sommes pas là et Robert Badinter a raison de rappeler la position - sans aucune ambiguïté - du gouvernement de Jacques Chirac face au risque antisémite dans notre pays. J’ajouterais que si je suis reconnaissant des paroles prononcées, je serais rassuré de voir condamner, comme il se doit, les auteurs des forfaits antisémites.

Mais il est dommage que Monsieur Robert Badinter s’arrête en si bon chemin. L’occasion de la première page du « Monde » était unique pour également rappeler la blessure que nous ressentons comme juifs de France à chaque vote hostile de la France dans les instances onusiennes. Il aurait pu dire combien la réprobation d’Israël qui ressort des positions soutenues par la diplomatie française nous heurte.

Non, Monsieur Badinter ne peut exprimer de tels sentiments. Il se tortille sur sa chaise pour expliquer l’attachement des juifs de France à Israël comme si nous étions encore coupables de double allégeance. Le sort du pays du peuple juif est notre sort. Nous attendons de la République qu’elle le comprenne car cette compréhension est un élément fort de notre attachement au pays de la liberté et des droits de l’homme.

C’est justement au nom de notre alliance avec la République que je trouve la diplomatie française particulière blessante à l’égard d’Israël. Comment comprendre autrement la complaisance de La France avec une Assemblée Générale de l’ONU qui se refuse à mentionner le besoin sécuritaire des citoyens israéliens face au terrorisme le plus sauvage ? Le regard de la France sur la patrie du peuple juif est pour moi aussi important que le regard du Président de la République sur le sort des juifs de France. Je n’adhère pas au découplage que nous proposent de manière différente Robert Badinter et le Quai d’Orsay.


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