Richard Prasquier, Président du CRIF : à propos de sa rencontre avec Mahmoud Abbas

Hélène Keller-Lind

vendredi 1er octobre 2010, par Desinfos

On vient d’assister à d’étonnantes attaques contre le Président du CRIF. Ce qu’on lui reproche ? D’avoir rencontré le Président de l’Autorité palestinienne lors du passage de ce dernier à Paris. Pourtant, Richard Prasquier, qui représente tout le poids de la deuxième communauté juive dans le monde en dehors d’Israël, lui a tenu un langage de vérité que Mahmoud Abbas doit rarement entendre. Et qu’il importait justement de lui tenir.


HKL : Que répondez-vous à ceux qui disent que vous n’auriez pas dû rencontrer Mahmoud Abbas ?

Richard Prasquier : J’ai été stupéfait de voir ces réactions. Le Bureau exécutif du CRIF, qui représente des sensibilités très différentes, était d’accord pour cette rencontre

Et j’ai cru comprendre que le Premier ministre Benyamin Netanyahou le rencontre. Ou que Ronald Lauder, Président du Congrès Juif Mondial, ami de Benyamin Netanyahou, et qui n’est pas un très grand gauchiste, l’a rencontré. Ou encore Malcolm Hoenlein, directeur exécutif de la Conférence des Présidents, Abe Foxman, directeur de l’Anti Defamation League....Je pourrais vous faire une très longue liste de tous ceux qui l’ont rencontré la semaine dernière à New York. On peut ajouter le Président Shimon Peres...Mais je suis peut-être dans l’erreur...Ceux qui m’ont critiqué ne pourraient finalement que se rencontrer entre eux...Et ils ont une méconnaissance totale de ce que sont les réalités. Il faut être lucide. J’ai un respect pour les opinions des autres même si je ne les partage pas. Je suis fermement serein, même si j’ai entendu des mensonges.

Et, en tant que représentant de la deuxième communauté juive dans le monde, en dehors d’Israël, j’ai pu longuement évoquer avec lui trois thèmes d’une très grande importance : la centralité de Jérusalem dans la spiritualité juive, la reconnaissance d’Israël comme État du peuple juif et la nécessité de remplacer l’enseignement de la haine par une éducation au respect.

HKL : Quelle a été sa réaction sur les deux premiers points ?

Richard Prasquier : Sur le premier point il a botté en touche et ne m’a pas répondu sur Jérusalem. Il m’a dit qu’il a reconnu l’existence d’Israël depuis longtemps et n’a jamais dit qu’il y a un État de trop dans la région, mais qu’il en manque un : un État palestinien.

Je n’étais pas là pour lui parler de frontières ou de constructions, mais je lui ai dit que ces constructions n’avaient jamais posé problème auparavant.

HKL : Vous lui avez parlé du problème posé par l’éducation à la haine dans les Territoires palestiniens.

Richard Prasquier : Je lui en ai parlé, en effet. Et j’ai peut-être été le premier à le faire, en lui donnant des exemples précis. Je lui ai parlé des discours qu’il fait à ses interlocuteurs occidentaux et qui différent de ceux qu’il fait à sa population.

Je lui ai dit que ce type d’enseignement de la haine allait subsister pendant les générations suivantes et qu’il portait là une grande responsabilité. Cela a été pour moi l’occasion de le lui dire en face. Il a pu constater que je me tiens au courant. Grâce à Palestinian Media Watch, notamment. Et il a vu que je n’étais pas là pour me faire instrumentaliser.

HKL : Quelle a été sa réaction ?

Richard Prasquier : Il a parlé de la haine de certains rabbins contre les Palestiniens. Je lui ai répondu que cela est inacceptable mais que cela ne se fait pas du tout sur la même échelle. Quelques déclarations n’ont rien à voir avec la quantité de déclarations anti-juives et antisémites dans les médias palestiniens ou le discours des imams. Je lui ai dit qu’en tant que Juif de France et Juif du monde, quand on traite les Juifs de bâtards, de porcs, de chiens ou de singes, je le prends pour moi.

Et je lui ai dit ma surprise de le voir poser devant des cartes du Moyen-Orient sans qu’on y voit Israël, cartes que l’on retrouve dans des documents officiels de l’Autorité palestinienne.

HKL : Sa réponse ?

Richard Prasquier : Que lorsque cesserait l’occupation, alors cette éducation à la haine finirait. Je lui ai dit que je ne le croyais pas. Que cela ne s’était pas arrêté après qu’Israël ait quitté le Sud Liban. Il m’a répondu qu’Israël occupe toujours les fermes de Sheba. Ma réponse a été que dire cela était une caricature, que la Syrie avait symboliquement transféré cette colline désertique au Liban, contre l’avis des Nations unies. Je lui ai indiqué que je connaissais bien la question et que c’est une mauvaise plaisanterie de dire que cet endroit est occupé par Israël.

J’ai ajouté qu’Israël avait complètement quitté la Bande de Gaza, ce qui n’avait pas empêché le Hamas de poursuivre cet enseignement de la haine. Il m’a fait une réponse étonnante, me disant que ce départ unilatéral n’était pas une façon de faire... et qu’il est totalement hostile au discours du Hamas.

Quant aux cartes sans Israël, il ma répondu que si les Israéliens lui indiquaient où sont les frontières, il les y mettrait...

Il n’est pas fréquent de pouvoir lui tenir ce genre de discours et il a compris que je n’étais pas là pour me faire instrumentaliser. Cela a servi plus que ces protestations que vous avez évoquées...Et je lui ai dit que je serai très vigilant quant à cette éducation à la haine et qu’à la moindre manifestation d’antisémitisme sous son autorité j’en aviserais l’Ambassadeur palestinien à Paris. .

HKL : Vous lui avez parlé de son courage.

Richard Prasquier : Les choses seraient bien plus faciles pour lui s’il tenait un discours comme celui du Hamas. Il se met vraiment en danger en ne le faisant pas.

Propos recueillis par Hélène Keller-Lind


Desinfos

Les textes

Mots-clés

Accueil