Les mots de l’inquiétude

Par Alain Rajchman

lundi 12 juillet 2004

Le journal Le Monde titre « une femme prise pour une juive et son bébé agressés dans le RER ». Vous noterez que la phrase d’accroche de l’article préfère mettre en avant non pas l’agression elle-même, mais : « une femme prise pour une juive ».


Le journal Le Monde titre « une femme prise pour une juive et son bébé agressés dans le RER ». Vous noterez que la phrase d’accroche de l’article préfère mettre en avant non pas l’agression elle-même, mais : « une femme prise pour une juive ».

Il aurait été plus juste d’écrire : « Dans le RER, une femme et son bébé agressés parce que prise pour une juive ». Le choix des mots du journal Le Monde traduit l’inquiétude qui a brusquement gagné la société française. Cela rappelle les « Français innocents » de Raymond Barre qui renvoyaient à la crainte des citoyens non juifs d’être mêlés à des histoires qui ne les concernent pas.

Au cours du week-end qui a suivi l’agression, il était symptomatique de comparer la capacité des médias à dire clairement ou non l’origine des agresseurs. La dépêche de l’AFP soulignait une agression commise par six jeunes maghrébins. Pourtant, on a pu constater qu’il y avait un malaise à dire, comme pour la plupart des actes antisémites recensés, l’origine de ces jeunes. Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur toute une communauté, mais de prendre enfin la mesure des choses.

L’absence de témoins est un constat dramatique de l’étiolement du lien social. On peut comprendre qu’il soit difficile d’affronter seul six jeunes décidés pour venir en aide à la jeune femme agressée, mais comment comprendre le silence des témoins de l’agression. Cela veut tout simplement dire que la terreur locale qui s’est installée dans les banlieues est plus forte que la protection dont tout citoyen doit pouvoir bénéficier de la police et de la justice. Cette terreur locale impose sa loi contre celle de la République.

Sur l’échelle de la désagrégation de la société française, l’agression de vendredi apparaît donc comme un nouveau pic. L’épreuve de force qui s’annonce à la rentrée scolaire au sujet du port du voile sera un test difficile pour le gouvernement. Il devient urgent que la loi de la République s’impose à tous et que les mots qui décrivent le « tous » soient enfin plus précis.


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