Les groupes armés palestiniens frappés à la tête

Par Jean-Luc Alloucche - Liberation

lundi 28 juin 2004

Trois chefs importants ont été abattus lors d’un raid israélien qui s’est achevé hier.


  L’unité 101 des parachutistes israéliens, unité d’élite dans laquelle s’était illustré jadis le jeune officier Ariel Sharon, a réussi samedi un coup d’éclat, tuant au cours d’une même opération trois chefs palestiniens importants dissimulés dans une cache de Naplouse. La cible numéro un en Cisjordanie, depuis des mois, était Nayef Abou Charekh, 38 ans, chef des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa (Fatah) de Naplouse. Avec lui, Fadi el-Bouhati (dit « cheikh Ibrahim »), chef militaire du Jihad islamique, et Jaffer al-Masri, responsable de la branche armée du Hamas, ainsi que quatre membres du Fatah ont trouvé la mort.

Nayef Abou Charekh incarnait le 10 de pique dans un jeu de cartes qui circule en Israël, sous le nom de « La partie est finie », qui recense les hommes les plus recherchés, à l’instar de celui que distribue l’armée américaine en Irak. Israël l’accusait d’avoir commandité un attentat à Tel-Aviv, qui fit 23 morts, et surtout d’avoir ouvert la Cisjordanie à l’Iran et au Hezbollah libanais.

Caches d’armes. L’incursion israélienne, entamée jeudi, a cessé hier à l’aube : 10 Palestiniens ont été tués, dont 9 étaient armés. Selon les militaires, cette opération visait à découvrir des caches d’armes, dans une ville qui passe pour « le vivier du terrorisme », et à débusquer, dans la casbah de Naplouse, des fugitifs du Fatah, du Jihad et du Hamas. Cette intervention a été la plus importante depuis des mois et a été déclenchée après un attentat-suicide déjoué à Jérusalem la semaine dernière.

« C’est un véritable état-major terroriste que nous avons réussi à éliminer, s’est félicité le lieutenant-colonel israélien, Itzik Bar, qui commandait le bataillon parachutiste. Le fait que des chefs de différents groupes armés se soient retrouvés ensemble traduit les difficultés qu’ils ont pour se cacher et le degré de leur coopération. » Le Premier ministre palestinien Ahmed Qoreï a qualifié ce raid de « crime odieux », accusant Israël d’assassiner des « combattants de la liberté ». De son côté, le Premier ministre israélien Ariel Sharon a félicité l’armée pour cet « impressionnant succès dans la lutte antiterroriste ». Plusieurs milliers de personnes ont participé hier à Naplouse aux funérailles des Palestiniens tués. « Si Dieu le veut, les représailles des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa seront semblables à un séisme. Elles seront sans précédent », a déclaré un responsable de cette organisation.

Décrue des attentats. Si Nayef Abou Charekh jouait un rôle de premier plan dans la lutte contre Israël, son rôle politique dans les instances palestiniennes n’était pas moins important. Selon un officiel palestinien, « il avait menacé Arafat : si les demandes de démocratisation n’étaient pas acceptées, les groupes armés, qui forment le noyau de la jeune génération, abandonneraient le Fatah ou voteraient une motion de défiance à l’égard de la vieille garde ».

Ce succès militaire d’Israël intervient sur fond de décrue des attentats, dans la quatrième année de l’Intifada. Au cours du premier semestre 2004, l’armée a déjoué 103 tentatives d’attentats-suicides sur lesquelles elle avait été alertée ; seules 6 ont réussi. En 2003, 17 et, en 2002, plus de 60 avaient abouti. Depuis début 2004, près de 2 000 Palestiniens recherchés ont été arrêtés, dont 58 candidats à l’attentat-suicide. En 2003, 430 Palestiniens avaient été appréhendés ou se sont fait exploser. Le ministre israélien de la Défense, Chaoul Mofaz, a attribué cette « tendance à la baisse des tentatives d’actes terroristes » aux « efforts des forces de sécurité ». « Les organisations terroristes sont toujours très motivées, mais leurs capacités opérationnelles ont sensiblement baissé. »

Par ailleurs, sur le plan politique, la visite du ministre des Affaires étrangères français Michel Barnier auprès de Yasser Arafat, à Ramallah, prévue demain, suscite un vif mécontentement en Israël. « Cette rencontre constitue une grave erreur. Elle nuit aussi bien aux intérêts de la France qu’à ceux des Palestiniens, car il est clair pour tout le monde qu’Arafat est un obstacle à la paix, selon un haut responsable israélien qui a requis l’anonymat. Ce genre de rencontre ne rendra pas vie [politiquement] à Arafat qui s’est complètement discrédité. » Il est vrai qu’interrogé récemment à ce sujet, le Premier ministre israélien voyait bien le président de l’Autorité palestinienne demeurer « les quarante-cinq prochaines années » enfermé dans la Mouqataa, son siège en ruine de Ramallah.


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