« Lorsqu’Israël est diabolisé, les Juifs français souffrent »

Interview par Cécilia Gabizon - Le Figaro

samedi 19 juin 2010, par Desinfos

Réélu cette semaine à la tête du Conseil représentatif des institutions juives de France, Richard Prasquier se dit inquiet et veut participer à une meilleure compréhension d’Israël.


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LE FIGARO. - Votre réélection a été disputée. La communauté juive est-elle divisée ?

Richard PRASQUIER. - Lorsque Israël est diabolisé, les Juifs français souffrent. Certains sont tentés par un raidissement ou un repli. Or la communauté ne doit pas s’enfermer dans sa colère. Je reste partisan d’un judaïsme ouvert, intégré dans la république, qui s’enrichit des différences. Le Crif, aujourd’hui comme hier, n’est pas monolithique. Mais il ne faut pas exagérer l’ampleur des divergences. Dans le fond, chacun se soucie de l’antisémitisme et de la sécurité d’Israël, même s’il y a parfois des désaccords sur la politique à suivre.

Certains accusent le Crif d’être devenu le porte-parole de l’État hébreu.

Israël est essentiel pour les Juifs de France. Beaucoup y ont de la famille. Nous n’allons pas abandonner l’État hébreu dans les moments critiques, juste pour satisfaire l’opinion. Ou pour éviter des agressions antisémites. Elles ont, selon notre recensement, brutalement augmenté depuis l’assaut au large de Gaza. Comme organisation juive, notre rôle est de favoriser une meilleure compréhension d’Israël, de rétablir les faits. Car les Français semblent ignorer que le Hamas a pris le pouvoir par un coup d’État sanglant à Gaza et fait régner une dictature islamiste terrible. Sa charte prévoit l’anéantissement de tous les Juifs. Il faut absolument la lire.

Que dites-vous aux militants qui étaient à bord de la flottille arraisonnée au large de Gaza ?

Sur le navire turc, ces braves humanitaires criaient « return to Auschwitz » aux soldats israéliens qui tentaient de les arraisonner. Puis, ils les ont attaqués à coup de barre de fer et de couteaux. Ces militants-là sont tout sauf des humanitaires. Bien sûr, dans le convoi, beaucoup étaient sincères. Mais tous devraient se donner la peine de connaître la situation réelle à Gaza. Il n’y a pas de famine. Ce n’est pas comme au Darfour, qui, lui, n’intéresse personne. Israël concentre toutes les réprobations. Il est devenu le Juif des Nations, la raison de tous les maux.

Pourquoi organiser mardi une manifestation pour le soldat Gilad Shalit dans un climat tendu ?

Pour que tous ceux qui veulent défendre les droits de l’homme n’oublient pas ce soldat franco-israélien, enlevé par des militants du Hamas et retenu au secret depuis quatre ans. C’est une violation flagrante du droit. Et ces pratiques terroristes expliquent aussi le blocus.

Quelles sont vos priorités pour votre deuxième mandat ?

Les Juifs français sont inquiets, mais ne comptent pas quitter leur pays. Nous devons tout faire pour améliorer la compréhension entre les individus, les communautés, en France et apaiser cette part de la jeunesse contaminée par un antisémitisme importé. Nous devons apaiser et expliquer. C’est une tâche ardue. La République, elle-même, peine à endiguer la violence et la haine.


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