Entre inquiétude et culpabilité

Par Alain Rajchman

mercredi 23 juin 2004

Les Juifs de France sont gagnés par l’inquiétude. Dans le même temps, ils se sentent coupables d’exprimer cette inquiétude sourde qu’ils ressentent. Entre inquiétude et culpabilité, que faut-il penser du climat qui pèse actuellement sur la communauté juive française ?


Le témoignage de Stéphane R. de Pontoise paru sur le site de Desinfos a valeur de symbole. Il marque une époque où de simples citoyens ressentent qu’ils ont été tolérés dans ce pays, mais que leur avenir n’est plus ici. Ni de droite, ni de gauche, ni religieux, ni sionistes, Stéphane R. et sa famille ne veulent plus être des citoyens français en sursis. Cette réalité gagne et il serait illusoire de la masquer.

Face à des responsables politiques qui affichent un discours clair sur l’antisémitisme, les Juifs de France ne sont pas les victimes d’un antisémitisme d’Etat ou de partis politiques se déclarant ouvertement antisémites. En conséquence, les dirigeants de la communauté juive se sentent coupables de dénoncer un antisémitisme qui s’étend tout en étant condamné par le gouvernement. Résultat : comme la montée de l’antisémitisme s’est faite plus insidieuse et teintée d’une virulente haine d’Israël, les Juifs de France sont de plus en plus nombreux à affronter des situations où cette haine s’exprime ouvertement.

Au nom du conflit israélo-palestinien, la complaisance des autorités à l’égard de ceux qui se livrent à de tels comportements constitue une invitation à les poursuivre. Quand une employée d’Auchan peut librement prendre à parti une cliente pour déclarer haut et fort de ne pas acheter des avocats d’Israël -pourtant en rayon-, on mesure la profondeur du malaise légitime qui progresse au sein de la communauté juive.

Ce malaise est aujourd’hui une réalité. Il rend l’avenir des Juifs en France plus incertain qu’on le veuille ou non. Il leur rappelle aussi que dans l’histoire de France, ils ont été à plusieurs reprises tolérés, puis rejetés. Le rejet sourd qu’ils ressentent aujourd’hui ne peut que les inviter à la réflexion sur la dimension historique de leur destin. Depuis 2000 ans, l’espérance du « l’an prochain à Jérusalem » que chaque famille prononce pour commémorer la sortie de l’esclavage en Egypte, pourrait rapidement prendre pour les Juifs de France un sens particulier.

Entre inquiétude et culpabilité, que doit-on espérer ? Comme nous le dit Stéphane R. « que voulez-vous ! - le bonheur mérite qu’on le partage avec son peuple ».


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