Prévisions inquiétantes de Arnon Soffer

Par Ruthie Blum - Edition francaise Jerusalem Post

samedi 29 mai 2004

« Je n’aurais jamais imaginé dire une chose pareille », reconnaît Arnon Soffer, sûr de lui, « mais Israël va devoir renoncer à la vallée du Jourdain. »


Soffer, professeur de géographie et de géostratégie au Centre de recherche sur la sécurité nationale de l’Université de Haïfa, n’a jamais été de ceux qui prenaient des gants. Personnalité proéminente du débat public sur le désengagement, voilà plus de trente ans qu’il prêche ses prédictions apocalyptiques autour du problème démographique que représentent les Arabes pour Israël.

Du fait de sa stature imposante et de sa visible confiance
en lui, il a l’air presque trop grand pour son minuscule bureau, qui, précise-t-il, est devenu le point de chute d’un grand nombre de figures publiques, depuis les hauts responsables de l’armée jusqu’aux députés de la Knesset.
« Beaucoup disaient que j’étais fou », dit Soffer, 68 ans, une lueur d’autosatisfaction dans les yeux. « Mais depuis, ils ont compris que j’avais raison. »

Les actions de Tsahal dans Rafiah sont nécessaires. Les bandes de terroristes qui contrôlent le secteur doivent être éradiquées, et les tunnels bloqués. La construction de douves est aussi une bonne idée, quoique difficile à mettre en place sur les plans technique et physique.

Après cela, je les ai emmenés à la ligne de séparation de Judée-Samarie. Et pendant 15 ans, une à deux fois par semaine, j’y ai accompagné les plus hauts responsables de la Défense.

En 1988, j’ai publié un pamphlet dans lequel je soulevais
la question suivante : Le Sionisme est-il un rêve ? Les 1 000 exemplaires ont disparu sitôt publiés. Arafat en a reçu un, et puis, pour la première fois, il a déclaré que la matrice des femmes palestinienne était une arme biologique.
C’est à peu près à cette époque que j’ai commencé à dire publiquement que les jours d’Israël étaient comptés. Cela n’a pas empêché Ouzi Dayan de m’inviter aux négociations d’Oslo en 1993.

Après avoir effectué plusieurs recherches sur le sujet, je me rendais compte qu’Oslo ne marcherait jamais, et j’ai dit à Bibi [Binyamin Netanyahou] que ce processus devait être stoppé immédiatement. Netanyahou a lu mes recherches et mes documents, et les a cités dans son livre A Place Under the Sun [Une place au soleil] dans un chapitre sur la démographie.

Je garde une carte du pays qui date de 1966 dans mon bureau, parce qu’elle définit l’emplacement véritable de la Ligne verte. J’ai également une carte qui montre comment les Palestiniens voient le pays. Dans cette carte, la totalité de l’Etat d’Israël est à eux. Et c’est quelque chose que la gauche israélienne aimerait oublier.

Dan Meridor a affirmé que je l’avais convaincu. Et il y a six mois, Ehoud Olmert a dit : « Le Pr Soffer m’a convaincu ; nous ne pouvons plus y échapper. » Et Sharon, comme vous le voyez, le comprend aussi.

Deux mois plus tard, on m’a présenté le Premier ministre Shamir qui m’a dit : « Ah, c’est vous qui embêtez tout le monde avec vos statistiques. » Je lui ai alors répondu que lui et Shoulamit Aloni avaient quelque chose en commun : mes statistiques les dérangeaient.

Voyons cela d’un point de vue palestinien. Imaginons que vous et moi sommes Arafat et Abed Rabbo en train de contempler la carte. « Regarde ce que les Juifs vont nous laisser pour établir notre Etat. Ils vont nous laisser la bande de Gaza - qui n’est rien de plus qu’une ’prison’ bondée. Ensuite, il y a une autre ’prison’ appelée Hébron, et une autre plus large, la Samarie. Là il y a 1,6 million de personnes, là 1 million, et ici 1,5 million (bientôt 3 millions). Ces ’prisons’ sont isolées les unes des autres. Les Juifs ne nous permettront pas d’avoir une armée, mais leur puissante armée va nous encercler. Ils ne nous laisserons pas avoir une armée de l’air, mais leur armée de l’air passera au-dessus de nos têtes. Ils ne nous accordent pas le ’droit au retour’. Pourquoi ferions-nous un accord avec eux ? Pourquoi devrions-nous accepter un Etat d’eux ? Attendons patiemment dix ans, jusqu’à ce que les Juifs ne représentent plus que 40% de la population du pays, et que nous soyons 60%. Le monde ne permettra pas à une minorité de dominer une majorité, et ainsi, la Palestine sera à nous. Et peu importe que des gamins palestiniens se fassent tuer en attendant, parce que ce qui compte, c’est que la Palestine soit à nous. » N’est-il pas logique que les Palestiniens voient les choses sous cet angle ?

Et ainsi, tandis qu’Abed Rabbo discute avec Yossi Beilin, et que Sari Nusseibeh discute avec Ami Ayalon, le temps passe et les femmes palestiniennes tombent enceintes. Cela, ajouté au flux d’Arabes d’autres pays - 300 000 depuis 1948 - signifie qu’ils vont avoir raison de nous. C’est pourquoi je ne cesse de répéter qu’afin de sauver l’Etat d’Israël, nous devons avoir recours à la séparation unilatérale aussi vite que possible.

Deuxièmement, lorsque 2,5 millions de personnes vivront dans un Gaza isolé, ce sera une catastrophe humaine. Ces gens deviendront des animaux encore plus féroces, et ce avec l’aide d’un islam insensé. La tension à la frontière sera épouvantable. Cela va être une guerre terrible. Ainsi, si nous voulons rester en vie, nous allons devoir tuer et tuer et tuer. Toute la journée, tous les jours.

La séparation unilatérale ne garantit pas la « paix », elle garantit un Etat sioniste-juif avec une majorité écrasante de Juifs ; elle garantit le genre de sécurité qui va ramener des touristes dans le pays ; et elle garantit quelque chose d’autre de très important. Entre 1948 et 1967, la clôture était une clôture, et 400 000 personnes ont quitté la Judée-Samarie de plein gré. C’est ce qui va se produire après la séparation. Si un Palestinien ne peut pas venir à Tel-Aviv pour travailler, il ira voir du côté de l’Irak, du Koweït ou de Londres. Je pense qu’il y aura un mouvement de sortie de la région.

Et puisque nous parlons de cela, dites-moi pourquoi nous avons besoin de Jérusalem-Est ? Pourquoi avons-nous besoin de 300 000 Arabes citoyens israéliens ? Quel lieu sacré y a-t-il là-bas ? Oui, nous devons annexer tous les Lieux saints. Mais tout le secteur de Shouafat, de Tsour Baher ? là, voilà 200 000 personnes en moins, et soudain, il n’y a plus de problème arabe. Et si cela n’est pas assez pour vous, un jour nous dirons à Oum el-Fahem que nous allons prendre Ariel et qu’eux prendront Oum el-Fahem, et tout le monde vivra dans sa propre culture. En d’autres termes, nous devons agir avec sagesse, et cela implique parfois l’emploi de la carotte et du bâton. La plus grande tragédie aujourd’hui est avec les Bédouins. Et qui est responsable de ça ? Vous et moi. Dites-moi, pourquoi devrions-nous donner des allocations familiales à un homme qui a une ribambelle d’enfants ?

Vous buvez certainement du café. Combien vous coûte votre café au bistrot du coin ? Dix shekels. Ça fait 2 dollars. Vous savez combien d’eau on peut purifier pour 2 dollars ? Les Palestiniens n’en ont pas les moyens, mais nous oui.


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