Pourquoi l’option d’un retrait américain d’Irak est écartée, y compris par les Démocrates ?

Par Alain Rajchman

mercredi 19 mai 2004

L’ancien conseiller pour les affaires stratégiques de Bill Clinton, Sandy Berger, apporte son appui à John Kerry, le candidat Démocrate dans la prochaine course à la Maison Blanche. Interrogé par le Washington Post sur l’attitude à avoir en Irak, il a déclaré qu’un retrait américain serait un désastre.


Selon Sandy Berger, quels que soient les problèmes que rencontrent les troupes américaines en Irak, un retrait ne pourrait qu’aggraver une situation déjà dramatique. Un chaos total en Irak menacerait toute la région en raison des immenses stocks d’armes qui s’y trouvent, d’une production pétrolière incontrôlée et surtout en raison de la présence de nombreuses forces étrangères participant à l’éclatement du pays.

L’ancien Secrétaire d’Etat, Henry Kissinger, partage également cette inquiétude sur un éventuel retrait à la hâte des troupes de la coalition. L’aspect le plus intéressant réside dans le rappel des précédents du Liban dans les années 80 et de l’Afghanistan dans les années 90. A chaque fois, la déstabilisation menée par des factions rivales, voire soutenue par des pays voisins, a permis l’installation d’un Etat terroriste ou terrorisé. Plus le chaos est grand, plus il sert l’essor de groupes terroristes.

Un américain musulman interrogé dans Le Monde d’hier soir expliquait pourquoi seule la dictature d’un Saddam Hussein avait permis le maintien d’un semblant d’unité nationale. L’éclatement de l’Irak, sous la pression des états voisins, ne pouvait que favoriser les tensions internes et le climat de guerre civile. Il expliquait comment son pays, les Etats-Unis, était entrain de perdre sur ce plan la guerre contre le terrorisme.

Cette désagrégation des états arabo-musulmans, minés par les luttes intestines dès le moindre signe d’affaiblissement de leur pouvoir central, amène à plus de réalisme au sujet d’un retrait des forces anglo-saxonnes d’Irak. Le Chancelier Schröder vient de lancer un vibrant appel aux pays musulmans pour envoyer des troupes en Irak et participer activement à sa pacification avec l’idée qu’elles seraient mieux acceptées que les troupes de l’OTAN.

La grande prudence de ces pays, dits modérés, à soutenir une telle initiative éclaire leur situation. Ils montrent aux américains que la dictature qu’ils exercent demeure fragile ; ils soulignent que, sans un appui clair des Etats-Unis aux pouvoirs forts en place, le chaos de la région pourrait être encore plus grand ; enfin, ces pays ne sont pas fâchés de rappeler au passage que l’exportation de la démocratie, chez eux comme dans les pays terrorisés, ne conduit pas forcément à la paix.

Cet ensemble de raisons, qui expliquent l’unité politique américaine sur la question d’un éventuel désengagement américain, rappelle avec intérêt la problématique que doivent affronter Ariel Sharon et le gouvernement israélien au sujet du désengagement de Gaza et de territoires de Cisjordanie.


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